La réforme du paysage hospitalier et ses conséquences sur la médecine de proximité
- Session : 2025-2026
- Année : 2026
- N° : 1121 (2025-2026) 1
2 élément(s) trouvé(s).
Question écrite du 21/05/2026
- de BERNARD Alice
- à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
La réforme du paysage hospitalier actuellement discutée au niveau interfédéral suscite de vives inquiétudes en Wallonie, particulièrement dans les zones rurales. Plusieurs hôpitaux de proximité, comme ceux de Marche-en-Famenne, Dinant, Chimay ou encore Saint-Vith, pourraient perdre des services essentiels tels que les urgences ou les maternités, faute d’atteindre les seuils fixés par les experts.
Or, dans des territoires déjà confrontés à des pénuries médicales et à de longues distances, ces restructurations risquent d’aggraver fortement les inégalités d’accès aux soins. Pour de nombreux habitants de la province de Luxembourg, de l’arrondissement Dinant-Philippeville ou encore de la Communauté germanophone, la maternité ou le service d’urgence le plus proche pourrait se retrouver à plus d’une heure de route. À cela s’ajoute, à l’est du pays, la question cruciale de l’accessibilité linguistique des soins pour les patients germanophones.
Cette réforme ne peut se faire au détriment de l’égalité territoriale et de la sécurité des patients.
Quelle position le Gouvernement wallon défendra-t-il dans les discussions à venir afin de garantir le maintien d’une offre hospitalière accessible dans les zones rurales ?
Quels critères concrets d’accessibilité géographique et linguistique M. le Ministre entend-il défendre pour garantir l’accessibilité des soins pour toutes et tous et éviter que cette réforme ne crée une médecine à deux vitesses entre centres urbains et territoires ruraux ?
Réponse du 15/06/2026
La réforme du paysage hospitalier actuellement en discussion au niveau interfédéral s’inscrit dans un contexte bien identifié, marqué par des défis structurels importants : pénurie de personnel, vieillissement de la population, augmentation des besoins en soins complexes, pression financière croissante et fragmentation de l’offre hospitalière.
Les travaux du groupe d’experts ont, à juste titre, mis en évidence la nécessité de renforcer la qualité et la sécurité des soins tout en assurant la soutenabilité du système. Dans ce cadre, l’orientation évoquée - « des soins de proximité lorsque c’est possible, la concentration lorsque c’est nécessaire » - constitue une base de réflexion pertinente.
Toutefois, cette réforme est aujourd’hui toujours au stade exploratoire. Aucune décision définitive n’a été arrêtée à ce stade, et les recommandations des experts et des instances consultatives se font encore l’objet d’analyses approfondies.
En ce qui concerne la Région wallonne, l’avis du Comité santé de l’AViQ s’articule autour de trois piliers fondamentaux :
- la qualité, la sécurité et la pertinence des soins ;
- une accessibilité réelle, à la fois territoriale, financière, sociale et linguistique ;
- la soutenabilité du système, tant sur le plan humain qu’organisationnel et financier.
Une attention particulière est portée aux zones rurales et à la Communauté germanophone, confirmant pleinement les préoccupations exprimées par plusieurs intervenants.
Le Comité insiste de manière très appuyée sur le fait que :
- la proximité des soins et l’équité territoriale constituent un prérequis non négociable ;
- la concentration des activités spécialisées peut être pertinente, mais une désertification hospitalière est inacceptable.
Il souligne que certaines propositions pourraient entraîner une dégradation significative de l’accessibilité, en particulier dans plusieurs zones de Wallonie déjà fragilisées.
À cet égard, il plaide pour :
- une approche différenciée selon les territoires ;
- la prise en compte des temps réels d’accès, et non uniquement de distances théoriques ;
- la mise en place de dérogations pour isolement géographique lorsque nécessaire.
L’avis propose des balises concrètes en matière d’accessibilité, notamment :
- assurer une première réponse aux urgences vitales dans un délai de 15 à 20 minutes pour la grande majorité de la population ;
- garantir un accès aux urgences dans un délai d’environ 30 minutes pour 90 % de la population.
Ces seuils sont présentés comme des références de santé publique, qui doivent guider toute reconfiguration du paysage hospitalier.
Le Comité identifie plusieurs conditions indispensables :
- un renforcement préalable de l’aide médicale urgente et du préhospitalier ;
- le développement simultané de l’aval des soins (revalidation, soins intermédiaires, domicile) ;
- un renforcement effectif de la première ligne ;
- une gouvernance territoriale claire ;
- et un financement suffisant et sécurisé.
Il insiste également sur la nécessité d’une transition progressive, s’inscrivant dans des horizons réalistes pouvant aller de 5 à 15 ans, au regard des expériences internationales.