à JEHOLET Pierre-Yves, Ministre de l'Economie, de l'Industrie, du Numérique, de l'Emploi et de la Formation
Le 13 novembre 2024, Engie et Carmeuse ont annoncé par un communiqué de presse commun l'arrêt du projet Columbus, pourtant présenté comme un projet emblématique de la décarbonation de l'industrie wallonne.
Dans le cadre de ce projet, Engie et Carmeuse, en collaboration avec John Cockerill, promettaient d'investir 300 millions d'euros dans notre région et de lui faire réaliser une économie de 162 000 tonnes de CO2 par an.
D'importants subsides publics ont donc été promis à Engie et Carmeuse par le précédent Gouvernement wallon, composé du PS, du MR et d'Ecolo. Le projet Columbus était en effet l'un deux projets industriels sélectionnés pour recevoir des subsides dans le cadre du projet no 47 Plan de relance de la Wallonie (PRW). Celui-ci, censé soutenir le déploiement d'une filière wallonne « hydrogène », était doté d'une enveloppe de 87 420 000 euros.
Compte tenu des montants élevés en jeu, la décision d'Engie et Carmeuse d'abandonner leur projet m'amène à me poser les questions suivantes :
Quel montant exactement avait été promis au projet Columbus dans le cadre du projet 47 du PRW ?
Combien d'argent sur ce montant la Région wallonne a-t-elle effectivement versé à Engie et Carmeuse ?
Combien d'argent les deux entreprises ont-elles déjà dépensé ?
Quelles sont les possibilités de récupérer les montants versés à Engie et Carmeuse ?
Quelles pistes Monsieur le Ministre envisage-t-il pour réinvestir l'argent non utilisé, notamment dans le cadre de l'objectif de développer des filières industrielles propres ?
Enfin, quel bilan tire-t-il de l'approche retenue dans le Plan de relance, à savoir subsidier des entreprises dans le cadre de projets dont elles déterminent la nature et dont elles seules ont le contrôle ?
Réponse du 06/12/2024
de JEHOLET Pierre-Yves
Le projet Columbus, inscrit dans le cadre du projet 47 du PRW, a été entièrement financé via le PNRR - le Plan national pour la reprise et la résilience. Un montant total de 78 920 000 euros avait été promis aux entreprises Engie et Carmeuse pour des activités de RDI - Recherche, Développement et Innovation - et pour les investissements industriels nécessaires. Ce projet visait à structurer une filière européenne de l’hydrogène vert.
Jusqu’à présent, la Région wallonne a versé 19 730 000 euros, soit 25 % du montant initialement prévu, pour soutenir les travaux de RDI. Ces avances de fonctionnement avaient pour objectif de financer le développement de la propriété intellectuelle nécessaire au projet. Les premières estimations indiquent que moins de 10 millions d’euros ont été effectivement dépensés par les entreprises pour les activités de RDI. Le montant restant, destiné aux installations industrielles, n’a pas été mobilisé.
Conformément aux conventions signées avec les bénéficiaires, la Région wallonne récupérera la différence entre les avances versées et les dépenses réellement engagées dans le cadre des travaux de RDI. Cela devrait représenter un montant de plus de 9 millions d’euros, qui sera restitué une fois les vérifications administratives et financières finalisées.
Les fonds récupérés pourraient être réorientés vers des projets industriels propres et stratégiques, en particulier dans les domaines de l’hydrogène vert, du captage et stockage du carbone ou du soutien à l’innovation au sein des PME.
Le projet Columbus reflète les opportunités, mais aussi les limites de l’approche basée sur les « IPCEI » - Important Projects of Common European Interest - qui visent à corriger des défaillances de marché à travers des aides d’État ambitieuses. Bien que cette stratégie ait permis de soutenir des projets de RDI innovants, des facteurs externes ont considérablement freiné la transition vers une phase industrielle.
Cette situation illustre les défis structurels auxquels font face les projets IPCEI en Europe. En effet, on peut cibler les difficultés majeures suivantes rencontrées par le consortium : - l’immaturité des marchés de l’hydrogène décarboné et des carburants de synthèse en Europe ; - l’incompatibilité du timing du Plan national pour la reprise et la résilience avec le nouveau timing du projet Columbus, qui occasionne la perte du subside ; - l’impossibilité d’approvisionnement en énergies renouvelables suffisantes en Belgique.
Les récentes annonces d'industries européennes suspendant ou ralentissant leurs investissements dans la décarbonation traduisent des difficultés structurelles et conjoncturelles similaires à celles rencontrées par ce projet. Toutefois, les acteurs impliqués dans le projet Colombus ont pu acquérir des connaissances et développer les briques technologiques qui pourront être exploitées dans le futur, ce qui participe au développement et au dynamisme de notre tissu industriel.
La Wallonie a rempli ses obligations de suivi et de monitoring, conformément aux exigences de la Commission européenne. Cependant, l’échec partiel du projet met en lumière des problématiques systémiques dépassant le cadre régional. Un bilan approfondi au niveau européen est indispensable pour permettre l’émergence de projets aussi ambitieux dans le futur.
Je rappelle, pour conclure, qu’un plan stratégique existe au niveau wallon pour le développement de la filière hydrogène et est piloté par ma collègue, la Ministre Cécile Neven.