à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
Le 15 janvier 2025, le quotidien L'Avenir (Le Courrier de l'Escaut) revenait sur les dommages subis par les habitants du village de Blaton, dans l'entité de Bernissart, liés à la prolifération des sangliers aux abords de la réserve naturelle de la Grande Bruyère.
Certes, le phénomène n'est pas nouveau, mais il semble s'intensifier depuis quelques années, notamment au sein des communes de Belœil et Bernissart et plus encore aux alentours de sites tels que la forêt de Stambruges ou de la réserve de la Grande Bruyère. J'avais d'ailleurs déjà interpellé le prédécesseur de Madame la Ministre pour l'alerter de la situation de la surpopulation de sangliers au sein de la forêt de Stambruges, en septembre 2023.
À Blaton, les traces du passage de sangliers sont de plus en plus nombreuses et ceux-ci n'hésitent plus, outre les importants dégâts agricoles qu'ils causent déjà, à entrer dans les jardins des habitations et à traverser les routes, même l'autoroute E42.
Les dégâts occasionnés sont souvent très importants pour les particuliers qui découvrent leurs pelouses complètement ravagées. Les accidents de roulage impliquant des sangliers sont également en hausse au sein de la commune voisine de Belœil, indiquaient encore les autorités communales il y a quelques mois.
D'une manière générale, le nombre de sangliers dans les forêts wallonnes est en augmentation constante. On en décompterait quatre fois plus qu'il y a trente ans. Un phénomène qui trouve en partie son explication dans le réchauffement climatique, les mammifères appréciant les hivers plus doux de ces dernières années. Ajouté à cela la capacité de reproduction d'une laie, qui peut avoir jusqu'à cinq petits par an et le nombre part rapidement en flèche.
Dans sa Déclaration de politique régionale 2024-2029, le Gouvernement s'engage à « poursuivre les mesures de restauration des habitats naturels de plaine en concertation avec les secteurs environnementaux, agricole et cynégétique. Afin d'endiguer les dégâts occasionnés aux productions agricoles, des mesures de maîtrise des populations de sangliers seront prises et adaptées annuellement en concertation avec les conseils cynégétiques et le DNF ».
Qu'en est-il de la mise en place concrète de cet objectif ?
Quels sont les objectifs poursuivis en termes d'évolution de la population de sangliers ?
De quels recours dispose la commune de Bernissart afin d'apporter des solutions à la problématique de la prolifération des sangliers ?
Plus largement, quels sont les moyens d'action pour les communes concernées ?
Comment la Région peut-elle intervenir afin d'aider les autorités communales à lutter contre cette surpopulation de sangliers ?
Réponse du 17/02/2025
de DALCQ Anne-Catherine
En Wallonie, comme partout en Europe, les populations de sangliers sont en nette augmentation depuis quelques années. Avec ce développement des populations, l’espèce élargit son aire de répartition et est désormais présente dans des zones où le sanglier était peu ou pas présent auparavant. Autre constat, les sangliers, plutôt inféodés aux forêts, ont trouvé des habitats propices au sein des zonings, friches industrielles, réserves naturelles, mais aussi dans les cultures hautes telles que le maïs ou le miscanthus.
En 2024, le taux de reproduction du sanglier a été plus faible qu’attendu, ce qui constituerait un élément positif pour limiter l’expansion des populations. Il reste cependant complexe d’estimer les populations de sangliers en raison de la variabilité du taux de reproduction et de la difficulté d’effectuer des comptages nocturnes aux phares pour cette espèce.
En matière de prélèvement, la tendance, confirmée par les chasseurs et les marchands de gibier, est plutôt à la baisse pour l’année écoulée. Cette tendance peut notamment s’expliquer par les conditions climatiques de 2024 qui ont favorisé la croissance de la végétation dans laquelle le gibier trouve refuge. L’abondance de cette végétation et la présence plus tardive du feuillage sur les arbres ont limité l’efficacité des battues en raison de la difficulté à débusquer les sangliers.
Le développement des populations en zone périurbaine augmente les risques d’accident et les risques de dommages aux biens et aux personnes. Autre conséquence du développement des sangliers dans ces zones, le prélèvement par la chasse y est particulièrement délicat pour des raisons évidentes de sécurité liées à la proximité de riverains, de routes, etc.
Afin de compléter les efforts de prélèvement des sangliers par la chasse, des mesures de destruction ont été validées par le Gouvernement wallon et peuvent être autorisées par le Département de la Nature et des Forêts : battue, approche et affût de jour, affût de nuit, piégeage, tir à partir d’un engin agricole pendant la récolte. Les demandes d’autorisation de destruction sont introduites en ligne via « Mon espace » sur le site environnement.wallonie.be. Ainsi, un agriculteur victime de dégâts de sanglier peut solliciter une autorisation auprès du DNF pour effectuer du tir depuis un engin agricole durant les récoltes.
Les communes concernées par une surpopulation de sangliers peuvent agir au niveau du cahier des charges des lots de bois communaux en fixant un plan de tir contractuel du sanglier. Cette démarche a davantage d’effets sur des lots de grande taille au sein desquels les densités de sangliers sont moins variables que sur les plus petits territoires. Toute commune qui serait gestionnaire d’un espace vert subissant des dommages a également la possibilité d’introduire une demande de destruction du sanglier.
Pour se prémunir des dégâts dans les jardins, il est conseillé aux habitants d’installer une clôture empêchant l’accès des animaux à leur terrain. Un contact peut également être pris avec les chasseurs les plus proches afin de signaler les dégâts et envisager une augmentation de la pression de chasse.
Les communes confrontées à des problèmes de sangliers peuvent prendre contact avec le Département de la Nature et des Forêts pour obtenir des renseignements et des conseils sur les mesures les plus appropriées pour réduire les densités.