L’impact du réchauffement climatique sur l’évolution des cultures en Wallonie
Session : 2024-2025
Année : 2025
N° : 91 (2024-2025) 1
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Question écrite du 30/01/2025
de BERNARD Alice
à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
Un récent reportage télévisé faisait état du déplacement de vignobles vers le nord du continent européen suite au réchauffement climatique.
Mme la Ministre dispose-t-elle d'indications concernant le même type de déplacements pour d'autres types de cultures ? Lesquels ?
Dans quels délais ?
Des mesures sont-elles à l'étude pour accompagner les agriculteurs et les maraîchers à se reconvertir ?
Réponse du 20/02/2025
de DALCQ Anne-Catherine
Les changements climatiques affectent différemment les systèmes agricoles (grandes cultures, maraîchage, polyculture-élevage, forêts). Les cultures devront être capables de résister aux excès d’eau en hiver, aux vagues de chaleur et aux sécheresses, ou au contraire à de grandes pluies printanières et estivales. Une gestion optimisée des ressources en eau deviendra essentielle.
Certaines cultures actuellement peu présentes en Wallonie pourraient s’implanter durablement grâce aux nouvelles conditions climatiques. Parmi elles, le pois chiche et le soja Edamame ont une expansion possible. Le blé dur et le tournesol, traditionnellement cultivés dans des régions plus méridionales, font l’objet d’études depuis respectivement 2018 et 2020 par le CRA-W afin d’évaluer leur intégration dans les systèmes agricoles wallons.
Les cultures d’hiver (carotte, poireau, chou-fleur, chou vert, salade, panais) bénéficieront d’un climat plus doux, d’une disponibilité accrue en eau et de l’augmentation du CO₂, améliorant ainsi leur croissance et leur rendement. En revanche, les cultures d’été seront plus exposées aux stress thermiques et hydriques, réduisant leur productivité et nécessitant des adaptations variétales et agronomiques.
Les essais menés depuis six ans sur le blé dur montrent que cette céréale peut s’intégrer aux rotations en Wallonie, avec des rendements atteignant, voire dépassant, ceux des pays producteurs, tout en garantissant une qualité adaptée à la production de pâtes et de couscous. Ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives pour la diversification agricole et la sécurisation de l’approvisionnement en céréales.
Le tournesol, quant à lui, présente plusieurs avantages : il nécessite peu d’azote, possède des variétés résistantes aux maladies et peut être cultivé en agriculture biologique. Suite aux évolutions climatiques, il devient envisageable d’intégrer cette culture dans les exploitations wallonnes. En plus de favoriser la diversification des rotations, le tournesol renforce l’autonomie protéique des élevages et contribue au développement des circuits courts.
Toutefois, l’introduction de nouvelles cultures ne peut réussir sans une structuration efficace des filières. Plusieurs projets en Wallonie visent à accompagner cette nouvelle filière, comme les initiatives autour du blé dur « Soutenir le développement d’une nouvelle filière basée sur la production agricole de blé dur » et « Structuration de la filière blé dur biologique » et le projet SunWall, qui appuie la mise en place d’une production locale d’huile de tournesol.
Pour compléter les essais de nouvelles cultures en Wallonie, des essais agronomiques, encadrés par le CRA-W, pour évaluer la tolérance des variétés de pommes de terre au stress hydrique, en identifiant celles qui résistent le mieux aux périodes de sécheresse, sont également en cours. D’autres essais sont également réalisés pour étudier des variétés de pommes de terre robustes en agriculture biologique. Ces pommes de terre robustes sont principalement étudiées pour leur résistance au mildiou, mais les études s’intéressent également à la résistance contre d’autres ravageurs ou des conditions climatiques plus extrêmes.
En parallèle des grandes cultures, des recherches portent sur l’adaptation des productions maraîchères et fruitières. L’intention est d’identifier les changements et l’émergence des ravageurs, et de proposer des solutions pour adapter les cultures à ces changements climatiques. Une plateforme d’étude (SYCMA) étudie différentes cultures maraichères comme le maïs doux, la courge, le haricot en plein air et analyse le comportement d’une dizaine d’espèces en suivant l’impact du climat sur celle-ci.
Des projets tels que ceux soutenus par Biowallonie et le CIM ont déjà permis à plusieurs maraîchers de se diversifier en cultivant des légumes issus de régions plus chaudes, en réponse aux changements de conditions climatiques. Parmi ces cultures innovantes, on trouve : des melons et des patates douces cultivés sous abris froids, mais aussi, du maïs doux, des courges, des asperges et des artichauts cultivés en plein air.
La production locale de semences potagères représente un enjeu stratégique. Le projet "Semences d’Ici" vise à développer des variétés adaptées au maraîchage wallon, afin de sécuriser la filière et de renforcer l’autonomie des producteurs face aux aléas climatiques.
Dans les systèmes polyculture-élevage, des rotations innovantes sont testées, notamment en centre Ardenne, avec l’objectif d’optimiser la production alimentaire à destination humaine. Certaines terres labourées sont ainsi consacrées à des cultures peu exploitées en Wallonie (colza, froment, légumes de plein champ), avec une valorisation secondaire pour l’élevage en cas d’échec.
Le CRA-W joue un rôle clé dans cette dynamique. Par le biais de ses recherches, de sa communication et de son accompagnement technique, il aide concrètement les agriculteurs à s’adapter aux nouvelles contraintes climatiques. Il fournit des recommandations pour la gestion des cultures, l’optimisation des rotations et l’adoption de pratiques plus résilientes, afin d’assurer une agriculture durable et adaptée aux enjeux du futur.