à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
L'incertitude climatique rend la planification agricole extrêmement complexe. On a des années humides, on a des années sèches et on s'attend à ce que les extrêmes deviennent de plus en plus importants. Pour l'agriculteur, c'est difficile de s'adapter parce qu'il faut prévoir ça six mois à l'avance. Est-ce qu'on parie sur une année sèche ou pas ?
Pour faire face aux risques de sécheresse, plusieurs pistes existent. L'irrigation n'est pas encore la norme pour l'ensemble des cultures au sein de la Région wallonne, mais de plus en plus d'agriculteurs commencent à s'équiper.
D'autres cherchent une adaptation structurelle en matière de traitement et d'occupation des sols, avec des cultures hivernales, qui permettent de limiter l'évaporation. D'autres encore sélectionnent des variétés plus résistantes à la sécheresse ou des plantes qui développent vite leurs racines pour aller chercher l'eau là où elle se trouve encore.
Enfin, certains mettent en avant les bénéfices de la permaculture, qui permet la couverture des sols. Cela garde l'humidité plus longtemps au niveau de la terre.
Mme la Ministre a-t-elle une vue sur l'évolution des pratiques agricoles face aux risques de sécheresse ?
De quelle façon peut-elle suivre cette évolution ?
Quelles sont les tendances les plus significatives ?
Quelles solutions donnent les meilleurs résultats ?
Et a contrario, quelles sont celles qui sont les moins efficaces ?
Réponse du 12/05/2025
de DALCQ Anne-Catherine
Depuis toujours, les agriculteurs optimisent leurs pratiques et techniques agricoles qui permettent une meilleure conservation et utilisation de l’eau dans les sols.
Pour commencer, les techniques culturales évoluent, notamment par le décalage des dates de semis afin de bénéficier de conditions hydriques plus favorables, l'association de cultures aux besoins différenciés en eau selon le moment ou la profondeur d'enracinement, ou encore la diversification vers des espèces plus tolérantes à la sécheresse, le tournesol ou le blé dur. Il est cependant important de souligner que le changement climatique implique également des périodes de fortes précipitations qui peuvent être néfastes pour certaines cultures tolérantes à la sécheresse. En effet, elles peuvent être sensibles aux maladies, au retard de croissance par manque d'ensoleillement, et cetera. Des essais sont cependant menés sur l'amélioration variétale de ces espèces du sud pour leur adaptation à notre contexte pédoclimatique afin de réduire ce risque.
Face aux défis croissants posés par le changement climatique, les agriculteurs sont également de plus en plus soucieux d’améliorer la réserve utile de l'eau du sol. L’apport de matière organique dans le sol favorise la création d’un complexe argilohumique qui améliore l’infiltration et la rétention d’eau du sol et apporte ainsi une solution aux sécheresses tout en limitant les risques d’érosion et d’excès d’eau.
Cette évolution se traduit par un intérêt croissant pour des approches novatrices dans les systèmes agricoles tels que, par exemple : l'implantation de couvertures ou de manière générale l’agriculture de conservation des sols. La Wallonie soutient des pratiques rendant nos sols plus résilients (couvertures végétales en interculture, amélioration de la matière organique, travaux simplifiés des sols …) au travers d’organismes d’encadrement des agriculteurs et de mesures d’aides incitatives.
Les techniques d’irrigation sont également revues afin d’éviter les gaspillages d’eau et de permettre d'appliquer l'eau et les nutriments à la plante au bon moment et au bon endroit.
L'agriculture de précision est également importante pour maintenir une agriculture performante et compétitive en adaptant et optimisant les pratiques agricoles. Le projet DURATECHFARM illustre parfaitement cette évolution en intégrant des outils technologiques avancés - tels que les capteurs d’humidité du sol, les stations météo connectées, les données collectées par des drones et des satellites - dans la gestion fine de l’eau et des intrants à l’échelle intraparcellaire. L’objectif est double : mieux valoriser le potentiel agronomique du sol tout en optimisant l’utilisation des ressources en collectant une information géolocalisée précise pour une prise de décision éclairée. Grâce à ces technologies, l’agriculteur peut ajuster précisément les apports en eau, engrais ou produits phytosanitaires en fonction des besoins réels des cultures et des microvariations de la parcelle. Ce pilotage intelligent permet non seulement de réduire les gaspillages et les coûts de production, mais aussi de limiter l’impact environnemental tout en améliorant la productivité.