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L’impact du déficit hydrique du début de l’année sur l’agriculture wallonne

  • Session : 2024-2025
  • Année : 2025
  • N° : 171 (2024-2025) 1

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  • Question écrite du 11/04/2025
    • de FONTAINE Eddy
    • à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
    Décidément, le métier d'agriculteur n'est pas un métier facile et force est de constater que le changement climatique n'y est pas étranger. En effet, après 15 mois de pluie quasi ininterrompue, on assiste depuis le début de l'année 2025 à un déficit hydrique important.

    D'après Marnik Vanclooster, hydrologue et professeur à la Faculté des Bioingénieurs de l'UC Louvain, cité dans une publication de la RTBF : « La Belgique est actuellement dans une situation similaire à celle de 1996, qui était l'une des années les plus sèches jamais connues », souligne-t-il. Sans parler de situation « exceptionnelle » - car « ces situations exceptionnelles deviendront la norme avec le changement climatique » - il la qualifie néanmoins d'« extrême » par rapport aux années précédentes.

    Dans les fermes, on commence à s'inquiéter. En Wallonie, ce sont principalement le pays de Herve et le Luxembourg qui sont touchés. Sans pluie, les cultures de printemps comme le blé, la pomme de terre, les pois ou les betteraves risquent d'être rendues difficiles.

    À partir de quand, la situation sera estimée comme préoccupante et impactante pour les rendements agricoles ?

    D'une manière générale, est-il possible de rendre notre agriculture plus résiliente aux aléas climatiques ?
  • Réponse du 12/05/2025
    • de DALCQ Anne-Catherine
    Il est important d’apporter des précisions sur le déficit pluviométrique. En effet, il se manifeste surtout depuis le début du mois de mars. Le mois de janvier a été largement au-dessus des normales saisonnières, tandis que février a été légèrement en dessous. Les précipitations de l’automne et de l’hiver derniers ont permis une bonne saturation des sols en eau. La situation actuelle ne peut donc être comparée aux épisodes de sécheresse que nous avons connus par le passé. La sécheresse observée à ce jour reste superficielle, et la situation sera réévaluée en fonction de l’évolution des conditions météorologiques.

    L’implantation des cultures d’hiver à l’automne 2024 s’est déroulée dans de meilleures conditions qu’en 2023. Les semis de printemps ont pu être réalisés sur de bonnes bases. Quant aux pommes de terre, les plantations sont bien engagées. La culture peut être affectée par une sécheresse comme en 2018, mais il est vraiment prématuré de se prononcer sur cette année. Ce sont des cultures qui s’effectuent sur une large période et qui sont récoltées en automne. Elles sont moins sensibles à une sécheresse qu’une culture courte comme du lin de printemps ou encore un pois. Pour ce dernier, il n’y a pas que le manque d’eau, mais encore des températures élevées durant la floraison qui sont préjudiciables. L’expérience révèle en outre que selon la date de semis du pois, les récoltes pouvaient être tout à fait satisfaisantes ou catastrophiques, selon que l’on a pu bénéficier d’une période favorable de pluies et/ou esquiver une période défavorable.

    Il n’est donc pas raisonnablement possible, à ce stade, de déterminer quand la situation pourrait avoir un impact sur les récoltes ni de généraliser. Par ailleurs, plusieurs épisodes de pluies ont eu lieu en cette fin du mois d’avril, ce qui a permis de rassurer les agriculteurs et de poursuivre les itinéraires techniques pour les cultures déjà implantées et les travaux d’implantation des cultures de printemps. Cependant, je suis consciente des craintes qui sont apparues au cours du mois d’avril.

    Pour monitorer la situation en cas de sécheresse, la plateforme Agromet.be apporte un soutien en mettant à disposition, en temps réel, les données météorologiques de 33 stations agrométéorologiques réparties en Wallonie. Sur base de ce réseau, le CRA-W est en mesure de quantifier la situation afin de soutenir les structures d’encadrement professionnel ainsi que les pouvoirs publics. On notera toutefois une limite importante : le caractère très localisé des précipitations orageuses, qui peuvent ne pas être captées par le réseau de pluviomètres.

    En complément, le CRA-W est en train d’équiper les stations météorologiques de sondes mesurant l’humidité du sol, dans le but de mieux suivre et comprendre l’évolution du stock d’eau disponible pour les plantes.

    Enfin, plusieurs projets relatifs aux changements climatiques sont en cours, portés par divers acteurs tels que le CRA-W et les centres pilotes. Je citerai notamment des programmes de recherche portant sur des espèces végétales plus tolérantes à la sécheresse. Tous les résultats des expérimentations et enseignements disponibles font l’objet des communications sous diverses formes : visites de terrain, articles de vulgarisation, conférences, et cetera. Ils sont systématiquement mis à disposition sur le portail de l'agriculture. Une page est d’ailleurs dédiée à l’adaptation des exploitations à la sécheresse. Le site Walakis reprend également toutes les publications visant à rendre notre agriculture plus résiliente aux changements climatiques. Il est nécessaire de conscientiser nos producteurs à la prise en compte de ce défi lors de leur installation.