L’impact de la hausse des tarifs douaniers américains sur l’agriculture wallonne
Session : 2024-2025
Année : 2025
N° : 172 (2024-2025) 1
2 élément(s) trouvé(s).
Question écrite du 11/04/2025
de FONTAINE Eddy
à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
Le 2 avril dernier, le Président des USA a décidé de relever les tarifs douaniers pour une série de productions importées aux États-Unis. Depuis, c'est la panique sur les marchés internationaux.
Relativement à la fixation des prix des produits agricoles, on sait que la bourse de Chicago joue un rôle prépondérant au niveau mondial. Comment se porte cette bourse spécifique sur les dernières semaines ?
Au-delà des prix mondiaux, la question est de savoir si l'agriculture wallonne va être impactée par les nouveaux tarifs douaniers.
Selon l'état de l'agriculture wallonne publié par le SPW : « en 2023, le solde de la balance commerciale wallonne reprenant les produits agricoles et alimentaires (transformés) est de 1,1 milliard d'euros. Cela signifie que les exportations ont dépassé les importations en valeur, pouvant refléter donc une bonne santé du secteur agricole en Wallonie ».
Les USA figurent-ils parmi les « bons clients » de l'agriculture wallonne ? Le cas échéant, si impact négatif il y a, ce seront encore les éleveurs laitiers qui risquent de payer le prix fort puisque nos principales exportations les concernent.
Eu égard aux évolutions des marchés, et notamment si le dollar s'affaiblit, existe-t-il des risques de voir les marchés européens inondés de produits agricoles américains exportés ?
Les ministres de l'Agriculture se concertent-ils au niveau européen pour envisager une riposte ?
Réponse du 12/05/2025
de DALCQ Anne-Catherine
En concertation avec mes collègues du Gouvernement wallon, je suis avec attention l’évolution du contexte commercial avec les États-Unis, sur base notamment des analyses de l’AWEx, mon administration (SPW ARNE), mais aussi de notre délégation wallonne auprès de l’UE.
La situation évolue de jour en jour...
Nous faisons face à plusieurs types de risques : d’une part, les échanges directs entre la Wallonie et les États-Unis ; d’autre part, des impacts indirects liés à nos exportations vers des pays qui, eux-mêmes, commercent avec les États-Unis. Enfin, il existe un risque de débordement : si la Chine ne peut plus écouler certains produits sur le marché américain, cela pourrait entraîner une pression accrue sur nos entreprises.
En ce qui concerne la bourse de Chicago, les marchés américains sont déprimés depuis un mois sur fond du sujet des droits de douane américains, et cette déprime de la bourse de Chicago influence le monde entier. Cependant, les prix des céréales et du soja connaissent de nombreuses fluctuations, notamment à la hausse, car ils sont fortement influencés par les estimations de production et de récolte dans le reste du monde et l’évolution de ces dernières, suite, notamment, aux conditions climatiques.
Les USA ne figurent pas dans les principaux clients de la Wallonie pour les principaux produits agricoles proprement dits. Le secteur agroalimentaire dans son ensemble représente néanmoins 1,2 % des exportations wallonnes vers les États-Unis pour la période 2016-2024, et 2,5 % pour la seule année 2024. Sur la période 2016-2024, nos principales exportations sont les légumes préparés ou conservés autrement qu’au vinaigre ou à l’acide acétique (0,3 %), la bière (0,3 %), les produits de boulangerie, pâtisserie et biscuiterie (0,2 %) et les confitures (0,2 %). Au niveau belge, les principales exportations agroalimentaires relèvent du secteur de la pomme de terre (1 % des exportations belges vers les USA). Les USA représentent 5 % des exportations belges dans ce secteur.
Au niveau européen, la balance commerciale agroalimentaire est largement positive. L’UE exporte notamment des produits de haute valeur ajoutée comme les vins, fromages et jambons. En cas de restrictions américaines, les marchés européens, notamment pour les produits laitiers (beurre, fromages), pourraient être impactés. En revanche, les USA n’importent pas significativement de poudre de lait européenne.
À plus long terme, une guerre commerciale plus large pourrait aussi ouvrir de nouveaux débouchés, notamment en Asie. L’UE et les États-Unis y sont en concurrence directe sur les marchés du porc par exemple.
En ce qui concerne nos importations et donc les contre-mesures mises en place par l’UE certaines vulnérabilités existent pour des acteurs présents sur notre territoire. C’est notamment le cas pour les filières dépendantes des amandes, des pistaches ou encore du soja en provenance des États-Unis, qui jouent un rôle important dans plusieurs secteurs de l’agroalimentaire européen. Il est donc essentiel de pouvoir diversifier nos sources d’approvisionnement tout en renforçant la résilience de nos filières locales.
Des négociations entre la Commission EU et l’administration américaine sont en cours. Les récentes déclarations américaines, à travers les médias, pointent un accès insuffisant de leurs produits agricoles au marché européen, en particulier pour le bœuf du fait de l’interdiction des traitements aux hormones et pour la volaille, en raison des normes sanitaires strictes de l’UE. Sur ce point, la Commission européenne a clairement rappelé que, si elle est disposée à envisager un accord de type « zéro droit de douane » sur les produits industriels, les produits agricoles restent, eux, un domaine particulièrement sensible pour l’Union.
L’actualité évolue très rapidement, et ces initiatives pourraient être ajustées en fonction des développements futurs.