La prévention des dégâts causés par les barrages de castors
Session : 2024-2025
Année : 2025
N° : 173 (2024-2025) 1
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Question écrite du 11/04/2025
de FONTAINE Eddy
à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
Depuis 30 ans, les castors se sont multipliés en Wallonie. La plupart ont été relâchés illégalement et ont, aujourd'hui, colonisé la plupart de nos fonds de vallées. Dispose-t-on d'une estimation de la population actuelle et de son taux d'accroissement ?
Outre les dégâts causés aux arbres, la présence des barrages a un double impact. D'une part, ils créent des zones humides propices à la biodiversité. Cela étant, en cas de fortes pluies, ils peuvent aggraver les inondations voire créer des phénomènes de vagues en cas de rupture.
Détruire les barrages ne sert pas à grand-chose puisqu'ils sont reconstruits et le castor est une espèce protégée. Afin d'assurer une cohabitation plus harmonieuse, à Philippeville, les autorités communales avec le contrat de rivière Haute-Meuse, en concertation avec le Département de la Nature et des Forêts (DNF) et le service technique provincial, ont mis en place un dispositif expérimental : le placement d'un cube de Morency. Il s'agit d'un dispositif « importé » du Québec qui permet, grâce à une dérive et un tuyau, de contourner le barrage et prévenir ainsi des inondations.
Comment et par qui ce dispositif sera évalué ?
En effet, si ce dispositif fait ses preuves, Mme la Ministre entend-elle une généralisation en Wallonie ?
Quel est le coût d'implantation et d'entretien d'un tel dispositif ?
Quelle est la participation financière de la Wallonie dans ce projet ?
Réponse du 08/05/2025
de DALCQ Anne-Catherine
Profitant d’une série de réintroductions illégales et clandestines à la fin des années 90, le castor européen connaît, depuis les deux dernières décennies, une expansion démographique et géographique indéniable et fréquente aujourd’hui de nombreux cours d’eau wallons.
Le castor étant une espèce protégée par la directive 92/43/CEE « Habitats-Faune-Flore », le suivi de sa population fait l’objet d’un rapportage tous les 6 ans. Ainsi la population du castor européen en Région wallonne a été estimée à 800 individus en 2012 et à environ 3 000 individus en 2018. Une nouvelle estimation de la population pilotée par le Département de l’étude du milieu naturel et agricole est actuellement en cours en collaboration avec les Contrats de Rivières wallons en vue d’un rapportage à la Commission européenne en 2025 et une première estimation prudente placerait la population entre 3 000 et 5 000 individus. Ces chiffres devront être confirmés prochainement.
Dans son expansion, l’espèce se rapproche inévitablement des milieux anthropisés, avec la nécessité de veiller à une bonne cohabitation entre l’espèce et les activités humaines.
L’aménagement de barrages et la sécurisation de certaines infrastructures sont recommandés, mais doivent faire l’objet d’une évaluation tenant compte des spécificités du site et de l’activité du castor.
Ainsi, dans le cadre de l’aménagement du barrage à Philippeville, le placement d’une buse de drainage avec une cage de Morency a été proposé à la commune par le Contrat de rivière Haute-Meuse en vue de réduire la fréquence de démontage du barrage. Ce dispositif, qui a pu démontrer son efficacité sur d’autres sites, est moins sujet au colmatage, mais il doit impérativement faire l’objet d’un suivi et d’un entretien régulier pour maintenir sa bonne efficacité. Dans ce cas précis, le suivi et l’entretien restent de la responsabilité de la commune avec une participation active du Contrat de rivière Haute-Meuse.
Un monitoring de l’efficacité du dispositif et un retour d’expérience du Contrat de rivière vers le DNF sont prévus.
Selon les retours d’expériences de certains gestionnaires de cours d’eau, cette solution n’est pas efficace partout et ne peut être généralisée sans une meilleure compréhension de la dynamique d’occupation d’un site par le castor et de facteurs qui peuvent influencer l’efficacité du dispositif.
Concernant le coût d’une telle installation, il est assez réduit puisque le dispositif n’implique pas une technologie particulière et comporte des tuyaux de PVC et une cage qui peut être réalisée sur mesure avec des paillasses à béton.
Actuellement, il n’y a aucune participation financière de la Région prévue pour ce type d’installation. Le coût des matériaux, d’installation et de suivi est à charge du gestionnaire du cours d’eau ou des propriétaires impactés par le barrage.