à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
Avec un cheptel d'environ 14 000 chèvres laitières réparties sur des exploitations souvent à taille humaine et diversifiée, le secteur caprin en Wallonie est certes modeste, mais il est en développement constant depuis quelques années. Si la production laitière caprine trouve peu à peu sa place dans le paysage agricole wallon, une problématique persistante restait jusqu'il y a peu sans réponse : celle de la valorisation des chevreaux mâles, sans intérêt économique pour les éleveurs et souvent destiné à l'exportation ou à l'élimination précoce.
Depuis peu, grâce au travail du Collège des producteurs, une filière viande caprine s'est cependant récemment mise en place. Elle offre aujourd'hui une solution concrète pour intégrer les chevreaux mâles dans une filière locale, en créant un circuit court, incluant l'abattage, la découpe et la mise en marché, notamment via des accords avec des distributeurs et des bouchers. L'objectif est double : offrir une rémunération décente aux éleveurs et sensibiliser les consommateurs à une viande de qualité, pourtant peu connue en Wallonie.
Cependant, malgré cette dynamique prometteuse, la filière reste fragile. La récente annonce de la fermeture des magasins Cora, partenaires initiaux de la distribution, met en évidence la nécessité de pérenniser et diversifier les débouchés. Les volumes restent également limités, et des freins structurels — logistiques, économiques, ou technologiques — freinent encore son essor. Le recours à des techniques telles que l'insémination sexée, bien que prometteur pour orienter les naissances, reste encore inaccessible ou peu maîtrisé dans ce secteur.
Dans ce contexte, quelles mesures Mme la Ministre envisage-t-elle pour soutenir activement la consolidation et le développement de cette filière caprine viande en Wallonie ?
Un accompagnement spécifique est-il prévu, tant pour les infrastructures (abattage, découpe, transformation) que pour la recherche de nouveaux débouchés commerciaux ?
Plus largement, envisage-t-elle d'étendre ce type de soutien structurant à d'autres filières dites « alternatives », comme l'ovin, qui rencontre des enjeux similaires en matière de rentabilité, de reconnaissance du produit et de circuits de valorisation ?
Réponse du 01/07/2025
de DALCQ Anne-Catherine
La question de la filière viande caprine est effectivement une préoccupation de la Wallonie. En effet, le manque d’affinité pour la viande de chèvre génère des prix aux éleveurs ne dépassant généralement pas 4,5 euros par kg/carcasse dans les filières traditionnelles de marchands d’animaux.
C’est pour cette raison que le Collège des Producteurs a été mandaté pour initier le développement de circuits de commercialisation plus structurants. Le travail a été initié en 2024 avec la commercialisation d’une centaine de chevreaux, poursuivi en 2025 avec plus de 300 chevreaux et il est envisagé de passer à 500 chevreaux en 2026. Cette dynamique a permis aux éleveurs d’obtenir des prix variants entre 9 et 11 euros par kg/carcasse, soit le double du prix.
Il s’agit donc d’une filière en cours de construction pour laquelle de nombreux défis subsistent, dont le défi du coût logistique qui nécessiterait des volumes plus importants. Vis-à-vis du conditionnement de la vente, les magasins partenaires ont validé la proposition de viande de chevreaux en barquettes d’un demi ou d’un quart de chevreau. Les consommateurs semblent apprécier aussi puisqu’aucun article n’a dû être mis en réduction « vente rapide ».
L’arrêt des activités de Cora est effectivement un autre défi. Le Collège des Producteurs recherche activement un nouveau partenaire de distribution en notant qu’il reste quelques mois avant la prochaine saison de chevrotage.
Pour les chèvres de réforme, les essais commerciaux ont été initiés il y a 2 mois et ont permis de valoriser 90 chèvres de réforme afin d’établir une grille de prix. Les prix varient entre 2 et 2,5 euros kg/carcasse auquel il faut ajouter 0.2 euro/kg pour la livraison des chèvres dans les abattoirs partenaires à savoir Ath et Virton pour l’instant. Cela représente une hausse moyenne de 30 % du prix producteur par rapport aux prix pratiqués par les marchands. Le succès est encore mitigé, mais les progrès sont réels et concrets.
La Wallonie reste active sur des éléments leviers importants pour les filières caprine et ovine tels que la disponibilité de capacités d’abattages.