Le retard de la Wallonie en matière de stockage d'électricité et le blocage de centaines de mégawatts de batteries
Session : 2024-2025
Année : 2025
N° : 208 (2024-2025) 1
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Question écrite du 11/06/2025
de DEVIN Laurent
à NEVEN Cécile, Ministre de l'Energie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports
Le développement du stockage par batteries est aujourd'hui indispensable pour stabiliser le réseau, intégrer les énergies renouvelables et garantir la flexibilité du système.
En Wallonie, près de 590 MW de projets sont pourtant gelés chez ORES, faute de cadre réglementaire clair, ce qui bloque environ 350 millions d'euros d'investissements, pendant que la Flandre avance.
Ce retard inquiète les acteurs du secteur, qui dénoncent à la fois l'attentisme des GRD et l'absence de pilotage stratégique du Gouvernement, alors que ces batteries sont cruciales pour la viabilité économique des projets renouvelables et la compétitivité industrielle.
Mme la Ministre confirme-t-elle que près de 600 MW de projets de batteries sont actuellement bloqués en Wallonie, notamment par ORES, dans l'attente d'un cadre réglementaire spécifique ? Dispose-t-elle d'un état des lieux consolidé des projets concernés (nombre, puissance, localisation, statut) ? Où en est précisément l'élaboration de ce cadre réglementaire ? Un calendrier de finalisation a-t-il été arrêté avec la CWaPE et les GRD ?
Des principes techniques ont-ils été posés (distinction derrière/devant le compteur, tarification, gestion des pointes) ?
Comment explique-t-elle le différentiel d'avancement entre la Flandre et la Wallonie, alors que la situation réglementaire n'y est pas plus avancée formellement ? La Wallonie risque-t-elle de perdre des porteurs de projets au profit d'autres Régions ?
Quel rôle le Gouvernement entend-il jouer dans la sécurisation du cadre d'investissement et la clarification des règles d'accès au réseau pour les batteries, notamment pour éviter des refus préventifs ou des gels sans base juridique claire ?
Quelles mesures urgentes sont envisagées pour permettre la relance immédiate des projets « derrière le compteur », qui n'impliquent pas de surcharge du réseau, mais sont actuellement traités de manière indistincte ?
Réponse du 13/06/2025
de NEVEN Cécile
Je confirme que près de 600 MW de projets de batteries de taille intermédiaire sont actuellement en demande de raccordement sur le réseau d’ORES. Ces chiffres reflètent bien l’intérêt croissant pour le stockage électrique en Wallonie.
Cette attente ne relève cependant pas d’un blocage délibéré, mais bien de la volonté d’encadrer ces raccordements de manière technique et responsable, afin d’éviter toute saturation locale et garantir l’intégrité du réseau. Les gestionnaires de réseau doivent en effet anticiper l'impact, même des batteries dites « derrière le compteur », qui, bien que ne sollicitant pas de capacité supplémentaire en injection ou en prélèvement, modifient sensiblement le profil de charge des installations raccordées au réseau et peuvent générer des congestions.
Cette situation s’est détériorée rapidement ces derniers mois, en raison d’une forte accélération des demandes.
Par ailleurs, s’il peut y avoir une perception de « redirection » des investissements vers d’autres régions, il est important de souligner que les besoins en batteries sont généralisés sur tout le réseau européen. Ces projets trouvent naturellement leur place là où ils répondent à une utilité locale - notamment pour résorber des congestions - ou pour optimiser la valorisation d’actifs renouvelables existants.
Le lien entre cette situation et l’accès à la flexibilité pour les industriels doit également être nuancé : il s’agit de deux sujets distincts.
Pour répondre à l’ensemble des défis liés au stockage, mon cabinet travaille activement avec les parties prenantes concernées à la mise à jour et la complétion du cadre réglementaire entourant la flexibilité.
La Wallonie a été précurseur dès 2016 en adoptant un premier cadre pour la flexibilité en injection. Une mise à jour de ce cadre a été amorcée lors de la précédente législature, incluant une première intégration du stockage. Cette mise à jour n’a cependant pas été finalisée en l’absence de l’adoption d’un arrêté, surnommé arrêté T-flex, visant à exécuter les modifications décrétales. Celui-ci, attendu depuis trop longtemps par le secteur, est en préparation pour une adoption en première lecture dès le mois de juillet.
Concernant le prélèvement, la Flandre avance également sur l’établissement d’un cadre législatif. En attente de l’adoption de ce cadre, la VREG a, effectivement, mis en place une solution transitoire qui permet le raccordement de certaines unités avant cette adoption.
Du côté wallon, il n’existait pas de cadre lors de ma prise de fonction. Je soumettrai au Gouvernement début juillet une proposition de base juridique permettant l’établissement de contrats de raccordement flexible en prélèvement, en transposant les dispositions européennes. En parallèle, la CWaPE élabore avec les gestionnaires de réseau les futurs contrats types. Une consultation du secteur est également en cours.
Concernant les batteries derrière le compteur, nous allons mener dans les prochaines semaines, des échanges avec les gestionnaires de réseau et les représentants du secteur pour analyser leurs impacts techniques réels et identifier des solutions spécifiques et adéquates.
Enfin, de manière plus globale, nous discuterons avec ces acteurs pour aborder de manière plus large les mises à jour nécessaires pour permettre l’accélération des solutions de flexibilité.