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Les actions du Gouvernement en matière de sensibilisation face à l’usage des cigarettes électroniques jetables

  • Session : 2024-2025
  • Année : 2025
  • N° : 591 (2024-2025) 1

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  • Question écrite du 22/07/2025
    • de DURENNE Véronique
    • à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
    En dépit de l'interdiction des cigarettes électroniques jetables, les fameuses « puffs », celles-ci continuent d'être consommées et sont surtout très populaires auprès des jeunes. Leur aspect ludique, leurs saveurs, leur faible coût et leur marketing agressif sur les réseaux sociaux les rendent particulièrement attractives pour les jeunes.

    Au-delà de leur illégalité, leur banalisation pose de graves questions en matière de santé publique : addiction à la nicotine, banalisation du geste de fumer, consommation cachée, voire initiation vers d'autres produits du tabac ou de la vape. S'y ajoute un manque d'information tant chez les jeunes que chez leurs parents, parfois eux-mêmes mal conscient des risques que ces produits représentent.

    Face à ce constat, quel est l'état de la situation de l'implémentation des mesures wallonne de la « stratégie interfédérale 2022-2028 pour une génération sans tabac ».

    Endéans la fin de cette stratégie interfédérale et son évaluation, M. le Ministre envisage-t-il des mesures complémentaires ou adaptées permettant de mieux lutter contre les puffs notamment ?

    Enfin, un renforcement de l'information/sensibilisation en matière de vapotage et de lutte contre l'e-tabagisme est-il envisagé ?
  • Réponse du 05/08/2025
    • de COPPIETERS Yves
    En effet, l’honorable membre mentionne très bien le risque que représente l’utilisation de l’e-cigarette à travers, d’une part, la banalisation de son usage avec un risque accru d’initier un comportement tabagique plus tard et, d’autre part, les effets sur la santé de ces nouveaux produits, encore trop peu monitorés.

    Selon une enquête menée par la Fondation contre le Cancer - Première grande enquête belge sur l'e-cigarette - Fondation contre le cancer - (FCC), 35 % des 15-20 ans ont déjà utilisé l’e-cigarette, 32 % l’ont fait au cours de l’année écoulée et 16 % déclarent l’utiliser actuellement. 61 % de ces jeunes ont un ou plusieurs amis qui en consomment et 59 % connaissent une personne de moins de 16 ans qui vapote. Ce qui représente une part non négligeable des jeunes qui utilisent le produit !

    On peut lire dans une étude réalisée par Sciensano (Microsoft Word - EC_report_2018_FR_V3) que l’expérimentation de l’e-cigarette en Belgique atteint plus largement les personnes issues du secondaire supérieur (20,5 %) par rapport à celles issues de milieux moins éduqués (9,4 % parmi celles sans diplôme ou de primaire) ou issues de l’enseignement supérieur (13,7 %). Les usagers actuels se concentrent aussi davantage parmi les personnes issues des classes d’éducation du secondaire (4,5 % à 6,3 %) pour seulement 2,1 % à 2,8 % parmi les moins éduqués et les plus éduqués. En matière de spécificités régionales, le profil socio-économique présenté au niveau national reflète ceux obtenus au niveau de la Région flamande et wallonne. Ce qui est spécifique à Bruxelles, c’est de ne trouver aucun lien entre le niveau d’instruction et l’expérimentation de la cigarette électronique. En revanche, les usagers actuels (quotidiens et occasionnels) sont plus nombreux parmi les diplômés du secondaire inférieur.

    Les personnes diplômées du secondaire (inférieur ou supérieur) qui utilisent la cigarette électronique le font depuis moins longtemps (plus de 50 % depuis moins de 1 an) que les individus sans diplôme (78,5 % de confirmés) ou avec un diplôme de l’enseignement supérieur (61,3 % de confirmés).

    Dans un article publié dans Le Spécialiste (la cigarette électronique, alternative au tabac, reste déconseillée par des professionnels - Le Spécialiste), l’OMS indiquait que « bien que les effets à long terme sur la santé ne soient pas entièrement compris, il a été établi que les cigarettes électroniques génèrent des substances toxiques, dont certaines sont connues pour causer des cancers ou augmenter le risque de troubles cardiaques et pulmonaires. Leur utilisation peut également affecter le développement du cerveau et entraîner des troubles de l'apprentissage chez les jeunes ».

    Outre l'impact des cigarettes électroniques sur la santé physique, Martial Bodo (HUB Bordet) pointe également celui sur la santé mentale. Les « vapoteurs » n'échappent donc pas à la dépendance « psycho-comportementale et émotionnelle » présente chez les fumeurs de tabac. Il dénonce tout particulièrement la stratégie marketing des entreprises d'e-cigarettes jetables qui - en visant un public jeune avec ces « puff » colorées, aromatisées et prêtes à l'emploi - banalisent un produit dommageable tant pour la santé que pour l'environnement. « Je conseille aux personnes qui souhaitent arrêter la nicotine, à l'instar d'un rendez-vous pris chez un dentiste pour un souci dentaire, de consulter un tabacologue », a conclu Martial Bodo. Un remboursement partiel de l’AViQ est prévu pour les huit premières consultations chez un tabacologue agréé.

    En matière de prévention, voici les principales recommandations :
    - en premier lieu, on retrouve l’interdiction de vente de e-cigarettes (on soulignera la position prise par la Belgique en interdisant la vente de Vape avec et sans nicotine, depuis le 01/01/2025). Ensuite, la FCC souligne positivement l’interdiction d’exposition des produits du tabac dans les différents points de vente, afin de limiter les achats compulsifs (mesure entrée en vigueur le 01/04/2025). Une autre recommandation est celle de réduire drastiquement le nombre d’arômes autorisés ;
    - de son côté, l’Alliance pour une société sans tabac (qui regroupe, à l’échelle nationale, différentes ASBL travaillant sur la thématique, comme la FCC, Kom op tegen Kanker, FARes, GezondLeven, le SEPT, VRGT, l’OSH, la Belgian Lung Foundation) énonce les consignes suivantes :
    - une meilleure intégration de l’accompagnement au sevrage tabagique dans les soins de santé (et dans les soins intégrés) ;
    - une initiation au sevrage tabagique pendant le séjour hospitalier ou à la suite d’un contact avec le monde hospitalier ;
    - un remboursement complet des NRT (Substituts nicotiniques) pour au moins 12 semaines pour les groupes vulnérables tels que les femmes enceintes et leur partenaire, ainsi que les jeunes, associés à un parcours d’accompagnement au sevrage tabagique ;
    - un accompagnement du personnel hospitalier (pour le personnel qui fume) ;
    - développement d’environnement sans tabac ;
    - interdiction des produits à base de nicotine ;
    - un renforcement de la communication ;
    - améliorer l’attractivité de la profession de tabacologue ;
    - intégration de la fonction de tabacologue dans le BMF des hôpitaux avec intégration dans le système IFIC ;
    - développement d’un parcours de soins spécifiques « sevrage tabagique » ;
    - accroître la visibilité des tabacologues ;
    - renforcer les campagnes de sensibilisation, idéalement nationales comme « Le mois sans tabac » en France, ou « Stoptober » aux Pays-Bas ;
    - renforcement de la formation de base des professionnels de la santé afin d’être en mesure de donner le conseil minimal pour aider dans un sevrage tabagique ;
    - développement d’une formation spécifique sur les nouveaux produits du tabac.

    Certaines de ces recommandations concernent la Région wallonne, mais d’autres relèvent d’autres niveaux de pouvoir.

    En ce qui concerne notre politique en matière de promotion de la santé et plus spécifiquement, les actions menées pour lutter contre le tabac et les nouveaux produits du tabac, la Région wallonne s’est dotée d’un Plan WaPPS (le Plan wallon de prévention et promotion de la santé), organisé en 5 axes thématiques (dont l’axe 1.2. entièrement dédié à la lutte contre le tabagisme, y compris les nouveaux produits du tabac) avec 12 objectifs transversaux ; et d’une programmation. Il s’agit au travers de ce Plan WaPPS, de sensibiliser, d’améliorer la littératie en santé de la population wallonne et de l’amener à choisir des comportements favorables à sa santé. La Programmation vise, quant à elle, à opérationnaliser le Plan WaPPS en attribuant les ressources dans les thématiques prioritaires.

    Cependant, force est de constater qu’au vu de l’évolution galopante des nouveaux produits du tabac, les ressources consacrées à cet axe sont devenues insuffisantes ! il a donc été décidé d’y consacrer des moyens supplémentaires. C’est ainsi qu’un appel à extension d’agrément en promotion de la santé a vu le jour, intitulé « Renforcement de la Prévention de l’usage des nouveaux produits du tabac auprès des jeunes ». Deux projets sont d’ailleurs en cours de réalisation.

    Un d’eux (celui porté par le FARes ASBL) visera à faire de la sensibilisation sur les différents réseaux fréquentés par les jeunes (TikTok, Instagram, Twitch, SnapChat) au sujet des nouveaux produits du tabac (vape, nicopouches, PTC, Spice, snus,…). Il s’agira du site « Sans filtre ».

    Le second, porté par l’ASBL SEPT (Soutien Et Prévention Tabagique), vise plutôt à apporter des informations claires sur des produits flous, souvent banalisés ou mal compris afin d’informer, de sensibiliser et d’accompagner les jeunes, les familles et les professionnels face à ces nouveaux usages. Le 2e pan de ce projet vise à développer un support ludique et interactif permettant de décoder les coulisses de ces nouveaux produits et de questionner leur impact de manière simple et accessible. Un 3e volet consiste en l’organisation de conférences pour les parents et les professionnels. Il s’agira de rencontres de sensibilisation et de cocréation, avec les jeunes, d’outils pédagogiques et d’autres ressources.

    Le Programme de prévention pour sensibiliser les jeunes aux dangers du vapotage se voit donc amélioré grâce à ces actions.