La saturation des postes de transformation haute tension en province de Luxembourg
Session : 2024-2025
Année : 2025
N° : 250 (2024-2025) 1
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Question écrite du 21/08/2025
de BORSUS Willy
à NEVEN Cécile, Ministre de l'Energie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports
Un article du journal L'Avenir du 10 juillet dénonce une situation inquiétante en province du Luxembourg.
Il s'agit du déficit de fourniture d'électricité haute tension sur la majeure partie du territoire de la province, même s'il faut d'emblée noter que ce problème est apparemment également bien présent sur d'autres territoires de Wallonie.
Le problème se situe au niveau de la saturation des postes de transformation haute tension d'ELIA.
Cette saturation des postes ELIA ne permet plus de desservir de nouveaux clients en haute tension en aval de ceux-ci. Comme le sait Mme la Ministre, cette « distribution » est le rôle et le métier des GRD (gestionnaires de réseau de distribution), à savoir ORES pour ce qui concerne la province de Luxembourg.
La conséquence de cette situation - due à une accélération considérable de l'électrification - est qu'il n'est plus possible, sans réinvestissements massifs, de satisfaire les nouvelles demandes de raccordement haute tension sur les territoires desservis par des postes « saturés ».
La Déclaration de politique régionale indique ceci : « Le Gouvernement accordera une attention particulière sera notamment portée à la performance de la structure, en améliorant et harmonisant le service à l'ensemble des clients, y compris pour le tarif, et en mettant en place des indicateurs de performance et des délais de rigueur. Le Gouvernement chargera les gestionnaires de réseaux de réseau de réaliser des jumeaux digitaux (digital twins) afin de rendre publique une cartographique exposant l'état des réseaux et ainsi éclairer la prise de décision du marché (déploiement de bornes de rechargement, installation de nouvelles unités de production renouvelable, etc.). Dans le cadre de l'électrification des usages, le Gouvernement veillera à la modernisation des réseaux d'électricité et à procéder, avec les acteurs du secteur, à une analyse de toutes les solutions et modalités techniques, normatives, régulatoires et tarifaires afin de parvenir au coût/bénéfice d'infrastructure le plus optimal et dans les meilleurs délais. »
Par ailleurs, la situation semble être extrêmement critique dans la province de Luxembourg.
En effet, selon le communiqué d'Elia du 10 juillet, si l'ensemble des projets - à vocation économique ou pas - se concrétisent, la consommation électrique de la province du Luxembourg pourrait tout simplement doubler.
Face à ce basculement, 177 MW, soit 60 % peuvent d'ores et déjà être pris en charge par le réseau existant.
Pour les 117 MW restants (40 %), un cadre de raccordement flexible serait éventuellement en cours d'élaboration par le Gouvernement wallon, et ce, en étroite concertation avec les opérateurs de réseau et les porteurs de projets.
La création de microréseaux locaux autonomes, avec stockage et production décentralisée, pourrait potentiellement offrir une certaine souplesse dans des cas ciblés, en particulier dans les parcs d'activités.
Mme la Ministre pourrait-elle me préciser les orientations ou les pistes de réflexion actuellement fixées ou envisagées pour aider ou pour accompagner les GRD ?
Va-t-elle plaider pour un nouvel examen des plans de développement et d'adaptation ?
Pourrait-elle m'indiquer l'état d'avancement de la carte exposant l'état des réseaux en Wallonie ?
Quelle est sa position concernant la création de microréseaux locaux autonomes ?
Réponse du 06/10/2025
de NEVEN Cécile
Comme l’honorable membre le soulève, la Wallonie est confrontée, comme l’ensemble des pays européens, à une croissance inédite de la demande en électricité. L’électrification rapide des usages - mobilité électrique, développement des batteries, data centers et nouvelles activités industrielles - exerce une pression considérable sur nos infrastructures. Dans certaines zones, la capacité résiduelle des postes haute tension ne permet plus de répondre à toutes les demandes de raccordement.
La situation en Luxembourg est particulièrement complexe. Depuis 2024, la demande en puissance a doublé dans la province, dont 43 % proviennent des bornes de recharge rapide, 28 % des projets de batteries et 29 % des industries et développements locaux. Elia estime que 60 % des demandes peuvent être acceptées immédiatement, mais que 40 % nécessitent des solutions spécifiques. La saturation du poste de Recogne illustre bien ces difficultés : malgré les investissements déjà réalisés par ORES pour soutenir la zone d’activités de Transinne, la capacité du réseau de transport en amont ne permet pas de répondre à toutes les nouvelles demandes, y compris celles liées à l’écosystème spatial de Redu-Galaxia.
Face à ce constant, mes équipes, en bonne collaboration avec le GRTL, les GRD, le régulateur, et d’autres parties prenantes représentants les différents porteurs de projets, travaillent simultanément sur plusieurs leviers.
Nous travaillons depuis plusieurs mois à la révision du cadre encadrant l’accès à la puissance, et plus particulièrement sur la flexibilité. Le décret-programme actuellement en consultation prévoit déjà une disposition autorisant la conclusion de contrats de raccordement flexibles en prélèvement. Ceux-ci pourront être conclus avec des utilisateurs modulables - tels que les batteries ou les bornes de recharge - afin de permettre leur raccordement sans provoquer de saturation du réseau. Parallèlement, nous avons engagé les travaux préparatoires à une réforme globale du cadre de raccordement, qui vise à moderniser en profondeur les règles existantes. L’objectif est de finaliser ce nouveau cadre pour juin 2027.
À court terme, il n’est pas prévu de rouvrir l’analyse du plan d’adaptation du GRTL ni des plans d’investissement des GRD, ces procédures étant strictement encadrées par décret et relevant de la compétence de la CWaPE. Nous travaillons toutefois à améliorer la qualité de ces plans, notamment via des initiatives comme le Plan de puissance, qui a déjà permis aux gestionnaires d’évaluer plus finement les besoins futurs des entreprises raccordées en moyenne tension. La Région est par ailleurs consultée par Elia dans le cadre de son plan fédéral de développement.
À moyen terme, une réflexion plus globale devra être menée sur le contrôle exercé par la Région sur ces différents plans, en particulier dans la perspective de la fusion des GRD.
Dans l’immédiat, et comme annoncé en Gouvernement le 17 juillet dans le cadre de l’initiative de redéploiement territorial de l’économie et de l’industrie en Wallonie, mes équipes lanceront une « task force Puissance et flexibilité énergétique ». Celle-ci constituera la suite du GT « Plan de puissance » de la précédente législature, mais avec un périmètre élargi à d’autres enjeux structurants.
Sur la cartographie des réseaux, conformément à la directive européenne EMD5, les gestionnaires de réseau seront tenus de publier une carte de l’état des réseaux en Wallonie. La transposition au sein d’un décret est en cours. Cette cartographie, basée sur les « jumeaux digitaux » des réseaux, constituera un outil précieux pour éclairer les décisions d’investissement et faciliter la planification des projets. Aujourd’hui, plusieurs gestionnaires de réseaux ont déjà publié des cartes du réseau. C’est le cas d’Elia avec sa carte relative à la capacité d’accueil, d’ORES avec sa carte de décrochage ou encore Resa et sa carte d’estimation de perte de production. Ces initiatives constituent des premières étapes sur lesquelles il faut que les gestionnaires de réseaux continuent à avancer en parallèle de leurs autres processus de digitalisation.
Enfin, pour répondre à sa question sur les microréseaux, le cadre européen et wallon privilégie un réseau de distribution unique et public, afin d’éviter les réseaux parallèles. Des exceptions existent néanmoins : réseaux fermés professionnels, réseaux privés, lignes directes ou encore communautés d’énergie, qui permettent de créer des microréseaux physiques ou virtuels. Ces dispositifs sont possibles, mais strictement encadrés et soumis à autorisation de la CWaPE. Ils peuvent apporter une souplesse locale, notamment dans les parcs d’activités, mais ne sauraient constituer une réponse structurelle à la saturation du réseau de transport.