La surcharge des services d’urgences psychiatriques en région du Centre
Session : 2025-2026
Année : 2025
N° : 130 (2025-2026) 1
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Question écrite du 29/09/2025
de DEVIN Laurent
à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
Certains services psychiatriques en milieu hospitalier sont en détresse profonde tant ils sont surchargés. C'est le cas du CHU Tivoli, situé à La Louvière. L'hôpital tire la sonnette d'alarme face aux demandes sans cesse croissantes qui arrivent au sein de leur service d'urgences psychiatriques. En effet, trop peu d'hôpitaux disposent de services d'urgences psychiatriques, faute de moyens humains (par exemple le manque de psychiatres) et de financements nécessaires. Le Tivoli accueille dès lors des patients de la région du Centre, mais d'autres bassins de vie envoient leurs urgences vers l'hôpital qui fait face à une saturation. Par ailleurs, les nouvelles dispositions légales prises au niveau fédéral peinent à se concrétiser et ne facilitent pas la prise en charge adéquate des patients.
M. le Ministre a-t-il pris connaissance de la situation de saturation des urgences psychiatriques du Tivoli ?
Quelle est son analyse de la situation ?
Quels sont les mécanismes concrets et réalistes qui sont à disposition ou qu'il compte mettre à disposition des services psychiatriques afin d'assurer une réponse aux demandes croissantes ?
Réponse du 16/10/2025
de COPPIETERS Yves
La santé mentale constitue un enjeu majeur de santé publique. Les services d’urgences psychiatriques jouent un rôle crucial dans la prise en charge des personnes en situation de crise, souvent dans un contexte d’extrême vulnérabilité. Ils sont non seulement la porte d’entrée pour de nombreux patients vers un parcours de soins plus structuré, mais aussi un point d’appui indispensable pour les familles, les proches et les autres services de première ligne confrontés à des situations de détresse. La pression croissante sur ces services illustre les besoins grandissants en matière de soins psychiatriques, mais également la nécessité d’une meilleure articulation entre les dispositifs existants, afin d’assurer une réponse à la fois rapide, humaine et adaptée.
Les aspects de la question de l’honorable membre,relatifs au financement, ainsi qu’à la planification de l’offre médicale et aux quotas de professionnels de santé – notamment en ce qui concerne les psychiatres – ne relèvent pas des compétences régionales, mais bien des compétences fédérales et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en matière de programmation des professionnels de soins.
En ce qui concerne spécifiquement les compétences de la Région wallonne, les modalités d’agrément des Services d’urgence spécialisés (SUS) prescrivent que 11 spécialités médicales doivent être rappelables 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, dont la psychiatrie, pour tout service disposant de l’agrément.
À la suite de l’interpellation formulée par le CHU Tivoli, le SPF Santé publique et l’AViQ se sont concertés. Il a été convenu que chacun apporterait une réponse à l’hôpital dans le respect de ses compétences. Pour ce qui concerne l’AViQ, une circulaire sera prochainement adressée à l’ensemble des SUS afin de rappeler que l’agrément est conditionné par la mise en place de gardes effectives pour les 11 spécialités, dont la psychiatrie.
Je suis bien entendu particulièrement attentif à la problématique de la prise en charge des urgences psychiatriques. Celles-ci constituent un maillon essentiel de notre système de soins, tant pour répondre aux situations de crise que pour assurer une continuité vers des prises en charge plus durables.
Dans cette perspective, je veillerai à ce que la problématique des urgences psychiatriques puisse être discutée dans les enceintes de concertation compétentes, tant au niveau de la CIM Santé publique qu’au sein des groupes de travail relatifs aux soins de santé mentale. L’objectif est d’identifier, en lien avec les autres niveaux de pouvoir, des pistes concrètes pour améliorer la disponibilité de l’expertise psychiatrique en urgence, fluidifier les parcours de soins et éviter que des patients en crise se retrouvent sans solution adaptée.
Par ailleurs, une note sur la politique hospitalière a récemment été approuvée et envisage la révision des normes. Il conviendra d’être attentif, dans ce cadre, à la problématique spécifique des urgences psychiatriques afin de garantir que les futures normes tiennent compte des réalités du terrain et des besoins croissants en santé mentale.
En outre, un appel à projets concernant l’organisation de la première ligne d’accompagnement et de soins a été lancé fin septembre. Le secteur de la première ligne est invité à se structurer en consortiums sur des territoires locorégionaux, avec pour objectif d’intégrer également la dimension de la santé mentale dans l’offre de proximité. Cette évolution est essentielle : la première ligne constitue en effet le premier contact des citoyens avec le système de soins et joue un rôle déterminant dans la détection précoce des problèmes, la prévention des crises et l’orientation vers des prises en charge adaptées. Renforcer et mieux structurer cette première ligne, c’est aussi permettre de soulager les services d’urgence hospitaliers et d’assurer une meilleure continuité des soins.
En conclusion, la feuille de route que je porte en matière de santé accorde une place centrale à la prévention et à la promotion de la santé. La santé mentale y occupe une dimension transversale : il ne s’agit pas seulement de répondre à la maladie ou à la crise, mais bien de favoriser un environnement propice à l’épanouissement, à la résilience et à la qualité de vie de chacun.