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L’investisseur européen dans la recherche

  • Session : 2025-2026
  • Année : 2025
  • N° : 48 (2025-2026) 1

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  • Question écrite du 22/10/2025
    • de TAQUIN Caroline
    • à DOLIMONT Adrien, Ministre-Président et Ministre du Budget, des Finances, de la Recherche et du Bien-être animal
    Le constat dressé récemment est préoccupant : entre 2021 et 2024, la Flandre a obtenu près de 1,5 milliard d'euros de financements européens dans le cadre d'Horizon Europe, répartis sur environ 1 700 projets, tandis que la Wallonie n'a capté que 230 millions d'euros pour un peu plus de 400 projets. La différence est tout aussi frappante en termes de volumes de soumissions : 6 700 projets déposés en Flandre contre seulement 1 700 pour la Wallonie.

    Au-delà du déficit d'ambition, cette situation interroge la structuration de notre dispositif d'accompagnement. Une évaluation indépendante recommande de rapatrier le National Contact Point (NCP) au sein de l'administration wallonne, afin de renforcer la coordination stratégique, de rendre l'appareil plus lisible pour les entreprises et d'assurer une meilleure articulation avec nos priorités régionales. M. le Ministre-Président lui-même a déclaré vouloir préparer une note d'orientation en ce sens et plaider pour une stratégie globale.

    Quelles sont les principales faiblesses identifiées qui expliquent le faible nombre de dépôts de projets wallons dans le cadre d'Horizon Europe ?

    Dans quelle mesure le rapatriement du NCP au sein du Service public de Wallonie Économie, Emploi, Recherche (SPW EER) constitue-t-il, selon M. le Ministre-Président, un levier concret pour améliorer la performance de la Wallonie en matière de financements européens ?

    Comment le Gouvernement wallon compte-t-il associer les entreprises, universités et centres de recherche afin de bâtir enfin une stratégie globale et concertée, à l'image de ce que la Flandre a réussi à mettre en place ?

    Enfin, un plan d'action assorti d'objectifs chiffrés sera-t-il communiqué aux acteurs locaux pour leur permettre de s'approprier ces opportunités européennes et d'en maximiser l'impact sur l'économie et l'innovation en Wallonie ?
  • Réponse du 26/11/2025
    • de DOLIMONT Adrien
    Je partage les constats évoqués : la participation des acteurs wallons aux projets européens de R&D demeure en deçà de leur potentiel.

    En effet, les données de performance européennes de nos acteurs mettent en évidence des résultats décevants au regard des potentialités et des ambitions stratégiques. Le constat est clair :
    - entre 2021 et 2024, la Flandre a obtenu près de 1,5 milliard d’euros de financements européens dans le cadre d’Horizon Europe, répartis sur environ 1 700 projets.
    - dans le même temps, la Wallonie n’a capté que 230 millions d’euros pour un peu plus de 400 projets.

    Le déséquilibre est d’autant plus frappant lorsqu’on compare les volumes de soumissions : près de 6 700 projets déposés côté flamand contre seulement 1 700 pour la Wallonie. Autrement dit, la Flandre a présenté quatre fois plus de dossiers et récolté six fois plus de financements.

    Les études antérieures indépendantes mettent en évidence différents freins aux performances européennes des acteurs wallons de la R&D :
    - les chercheurs et chercheuses des universités tendent à délaisser les actions soutenues par le Pilier 2 (projets collaboratifs, recherche industrielle) du programme Horizon Europe ;
    - les entreprises sont très largement absentes du Pilier 1 (ERC, actions Marie Sklodovska-Curie) du même programme ;
    - ce cloisonnement est aggravé par l'insuffisance de relais institutionnels dans certaines organisations, ce qui perpétue un déficit de culture européenne ;
    - l'accompagnement des chercheurs est aussi gravement compromis par la multiplicité des acteurs d’accompagnement (assurant des missions d’information et d’orientation), sans coordination forte, conduisant à un manque de lisibilité, une dispersion des efforts et à une qualité de support insuffisante.

    En plus de ces dysfonctionnements, plusieurs autres facteurs s'ajoutent pour créer un cercle vicieux de sous-performance cumulative : une masse critique insuffisante de certains centres de recherche, un manque de soutien ciblé, la concurrence avec les appels régionaux, et un déficit de lobbying coordonné.

    J’ajouterai que l’absence d’une stratégie coordonnée et d’un pilotage adéquat a par le passé également contribué aux constats actuels. C’est pourquoi je suis convaincu de la nécessité d’une stratégie globale, cohérente et structurée. Considérant le partage de la compétence « recherche » entre les différentes entités fédérées, la mise en place d’un cadre stratégique ambitieux de participation européenne des acteurs de la R&D ne peut se concevoir de manière distincte ou séparée entre la Wallonie et la Fédération Wallonie Bruxelles.

    Je confirme que les travaux relatifs à l’élaboration de cette stratégie conjointe ont bien démarré. La méthodologie d’élaboration se veut participative et inclut l’ensemble des acteurs wallons et communautaires de la R&D, y compris les entreprises au travers de leurs fédérations. Chacun a pu remettre des propositions de mesures concrètes à mettre en œuvre en vue d’atteindre les objectifs identifiés. Celles-ci sont en cours d’analyse.

    Sur cette base, j’ai pour objectif de présenter un plan d’action stratégique basé sur des objectifs clairs à chaque étape du cycle de participation européenne des acteurs de la recherche courant 2026. Cette démarche s’inscrit dans une volonté politique confirmée de faire de la participation européenne un levier de développement scientifique, économique et sociétal.

    Concernant l’internalisation du NCP-Wallonie au sein du SPW-EER, comme déjà exprimé à plusieurs reprises, l’option d’intégrer le NCP Wallonie au sein du SPW-EER permettrait de renforcer la coordination stratégique, de mieux relier nos priorités régionales au travail d’influence mené dans les comités européens, d’offrir aux entreprises un interlocuteur unique, de réduire les coûts et d’améliorer la lisibilité et l’efficacité de l’accompagnement. En clair, il s’agit de rendre notre dispositif plus lisible, plus efficace et plus ambitieux. Je ne suis néanmoins pas fermé à d’autres possibilités s’il est établi qu’elles porteront efficacement l’ambition d’une plus importante montée à l’Europe par les acteurs de la recherche.