La vaccination contre la grippe et le risque de triple épidémie
Session : 2025-2026
Année : 2025
N° : 279 (2025-2026) 1
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Question écrite du 07/11/2025
de DURENNE Véronique
à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
L'hiver dernier, la Belgique a connu une saison grippale particulièrement sévère, avec plus de 2 500 décès supplémentaires et une surmortalité de 10,8 %, soit la plus élevée depuis sept ans. Les personnes âgées ont été les plus touchées, avec près de 90 % des décès concentrés chez les plus de 65 ans.
Cette situation a été aggravée par la circulation simultanée de trois virus respiratoires (la grippe, le covid-19 et le virus respiratoire syncytial [RSV]) mettant sous forte pression notre système hospitalier. Or, les signaux en provenance de l'hémisphère sud, notamment d'Australie, où une « triplédémie » a entraîné une hausse importante des hospitalisations et de la mortalité (+73 % début 2025), laissent craindre une situation similaire en Europe cet hiver si les groupes vulnérables ne sont pas suffisamment protégés.
La campagne de vaccination contre la grippe a repris à la mi-octobre, avec une recommandation nouvelle du Conseil supérieur de la Santé d'utiliser des vaccins à haute dose ou adjuvantés pour les seniors, compte tenu de leur meilleure efficacité dans cette tranche d'âge. Cependant, seuls 50 % des personnes âgées se font vacciner chaque année en Belgique, loin de l'objectif de 75 % fixé par l'OMS, et les stocks pourraient être limités si la demande augmente.
Dans ce contexte épidémiologique préoccupant, comment le Gouvernement wallon anticipe-t-il cette saison hivernale marquée par un risque de triple épidémie (grippe, covid et RSV) ?
Quelles mesures concrètes sont mises en place pour soutenir les professionnels de santé face à une possible recrudescence simultanée de ces infections respiratoires ?
Enfin, une nouvelle campagne de sensibilisation ciblant les groupes à risque, en particulier les personnes âgées, les malades chroniques, les femmes enceintes et le personnel soignant, est-elle prévue pour renforcer la couverture vaccinale contre la grippe et les autres virus respiratoires ?
Réponse du 24/11/2025
de COPPIETERS Yves
Depuis l’an dernier, un « Winter Plan » a été mis en place au niveau fédéral afin de structurer la réponse aux épidémies hivernales. Une version adaptée après consultation des différentes parties prenantes (premières lignes, hôpitaux, autorités régionales …) a été validée par la CIM santé le 15 octobre. Cette version est diffusée vers l’ensemble des professionnels afin d’assurer une réactivité coordonnée en cas de recrudescence simultanée des virus respiratoires.
Sur le plan de la surveillance épidémiologique, les seuils de détection ont été revus dans le RespiRadar et inclus dans le rapport hebdomadaire du RAG. Les suivis des différents signaux compris dans le RespiRadar sont suivis tout au long de l’année avec une intensification hebdomadaire depuis le 01/10/2025. Le but de cette adaptation est d’optimiser les changements de seuil d’alerte.
En parallèle, le Gouvernement wallon agit de manière proactive à travers la campagne automnale.
Les gestes protecteurs et la vaccination demeurent les outils de prévention les plus efficaces. Une première phase de sensibilisation des professionnels de santé a été entamée début septembre. Plusieurs outils d’information et de formation ont été développés et diffusés : - des webinaires ont été proposés aux pharmaciens ; - des sessions de formation et un module e-learning ont été mis à disposition des médecins et des médecins coordinateurs des MR/S via la SSMG ; - un Guide de la vaccination de l’adulte, élaboré par l’AViQ et mis à jour sur son site, permet d’orienter les professionnels sur la base des recommandations du Conseil supérieur de la santé (CSS) et des différents groupes cibles en sein de la population ; - des supports de communication (affiches, cartes postales, visuels digitaux, triptyques, et cetera) sont également disponibles afin d’aider les professionnels à mieux sensibiliser leurs patients ; - un courrier officiel a été envoyé par l’AViQ aux cercles et associations de médecins, aux pharmaciens, aux hôpitaux, aux médecins du travail ainsi qu’aux MR/S et aux autres collectivités résidentielles (santé mentale, handicap, revalidation, action sociale). Selon le secteur, d’autres vaccinations recommandées par le CSS étaient également abordées : la vaccination contre le covid-19, le virus respiratoire syncytial (VRS) et celle contre le pneumocoque ; - l’Abécédaire des maladies infectieuses sur le site de l’AViQ a été enrichi d’un onglet créé pour la grippe saisonnière.
Pour le grand public, une campagne a été lancée mi-octobre, en ciblant particulièrement les groupes à risque (personnes âgées, patients atteints de maladies chroniques, femmes enceintes et personnel soignant). Elle met en avant la vaccination comme un geste protecteur essentiel, au même titre que d’autres mesures de prévention hivernales : hygiène des mains, aération des espaces intérieurs et limitation des contacts en cas de symptômes. Cette approche intégrée vise à renforcer l’adhésion du public tout en évitant d’accentuer la fatigue vaccinale.
L’objectif est d’inviter les citoyens à vérifier leur vaccination auprès de leur médecin, pharmacien ou autre professionnel de santé, afin de recevoir le(s) vaccin(s) le(s) plus adapté(s) à leur situation. Le site www.vaccination-info.be permet au citoyen d’accéder à une information actualisée.
Enfin, comme l’honorable membre l’évoquait, cette année, à côté des vaccins standards contre la grippe, des vaccins renforcés (avec adjuvant ou à haute dose) ont été recommandés par le CSS pour toute personne à partir de 65 ans. Des contraintes administratives sont néanmoins liées à leur remboursement via une demande au médecin-conseil, et le coût final reste supérieur à celui des vaccins standards. L’expérience de cette année permettra d’ajuster les stocks à la demande réelle. Le RMG a toutefois insisté sur la pertinence de maintenir une protection par les vaccins standards s’il s’avérait que le nombre de vaccins renforcés soit insuffisant.