La problématique du sans-abrisme au-delà des abris de nuit
Session : 2025-2026
Année : 2025
N° : 287 (2025-2026) 1
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Question écrite du 13/11/2025
de TILLIEUX Eliane
à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
Les récents échanges entre M. le Ministre et la Secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, Christine Mahy, ont mis en lumière la complexité du sans-abrisme en Wallonie. Si M. le Ministre estime que le nombre de places d'accueil, de jour comme de nuit, est suffisant, plusieurs acteurs de terrain nuancent cette affirmation. Ils rappellent que la question ne se limite pas à une question de lits disponibles, mais bien à des réalités humaines, sociales et structurelles profondément enracinées.
Selon l'Observatoire wallon du sans-abrisme, près de 20 000 personnes sont aujourd'hui sans domicile fixe ou en situation d'hébergement précaire dans notre région. Toutes ne dorment pas dehors, mais beaucoup alternent entre hébergements temporaires, squats, abris de fortune ou hébergement chez des proches. Dans certaines villes, les abris de nuit doivent procéder par tirage au sort pour déterminer qui pourra entrer. Pour les femmes ou les personnes accompagnées d'animaux, l'accès est encore plus restreint.
Christine Mahy le rappelle : les dispositifs d'urgence – abris, douches, repas, infirmières de rue – sont indispensables, mais ils ne suffisent pas. La véritable solution réside dans une approche structurelle : un logement d'abord, un accompagnement durable, et une politique de prévention qui anticipe les ruptures de parcours menant à la rue. Le programme Housing First, qui associe logement et suivi social, constitue une avancée significative, mais il ne peut à lui seul endiguer le phénomène.
Comment M. le Ministre analyse-t-il aujourd'hui la persistance du sans-abrisme en Wallonie malgré l'existence de dispositifs d'urgence et du programme Housing First ?
Quelles actions structurelles M. le Ministre entend-il initier ou renforcer pour prévenir les situations de rupture – sorties de prison, violences conjugales, expulsions locatives ?
Dispose-t-il d'une cartographie précise des besoins et des manques en matière d'hébergement, notamment pour les femmes et les jeunes ?
Enfin, quels acteurs (locaux ou régionaux) compte-t-il mobiliser et comment pour garantir une approche coordonnée et réellement durable de la lutte contre le sans-abrisme ?
Réponse du 29/12/2025
de COPPIETERS Yves
Le sans-abrisme est, en effet, un phénomène complexe et multifactoriel. Il met en évidence, d’une part des problématiques structurelles, telles que la précarité, la santé et le logement, et d’autre part, des problématiques individuelles liées aux besoins et aux demandes des personnes.
Les résultats des dénombrements confirment son ampleur : il touche tant les personnes vivant en zone urbaine qu’en zone rurale et concerne toutes les catégories d’âge. La mise à disposition de ce matériel scientifique est essentielle pour élaborer des politiques efficaces de prévention et de remédiation du sans-abrisme et de l’absence de chez-soi.
Je rejoins bien sûr Mme Mahy, que l’honorable membre cite : la réponse à l’urgence est indispensable. J’ai souhaité renforcer les moyens qui y sont consacrés, notamment via la réforme des relais sociaux et l’augmentation des moyens alloués à l’accueil, l’hébergement et l’accompagnement des personnes en difficulté sociale.
Cependant, la prévention du basculement dans l’extrême précarité est tout aussi importante.
Aujourd’hui, les services d’urgence, bien qu’indispensables, n’ont pas vocation à réduire durablement le sans-abrisme : leur mission première est d’offrir un cadre sûr et temporaire à des personnes en situation de crise, pour une période que nous souhaitons la plus courte possible. Cette intervention doit ensuite s’inscrire dans un accompagnement individualisé tenant compte des besoins, du parcours et des capacités de chaque personne.
Pour certains publics, le programme « Housing First » constitue une réponse parfaitement adaptée : en proposant le logement comme préalable à l’insertion et à la stabilisation, il donne des résultats très encourageants. C’est pourquoi le Gouvernement souhaite renforcer ce programme, tout en agissant sur d’autres leviers.
La Déclaration de politique régionale 2024-2029 a fait de la lutte contre le sans-abrisme une priorité. Pour la rendre pleinement opérationnelle, la stratégie coordonnée de sortie du sans-abrisme viendra structurer une réponse intersectorielle, inclusive et cohérente. Cette stratégie, co-signée avec mes collègues en charge du Logement et des Pouvoirs locaux, est articulée avec la stratégie de lutte contre la pauvreté et celle de soutien aux familles monoparentales. Elle mobilise plusieurs leviers nécessaires pour prévenir, réduire et, à terme, sortir durablement du sans-abrisme.
Notre connaissance des besoins s’appuie notamment sur les dénombrements réalisés en Wallonie. Ceux-ci indiquent notamment que les jeunes représentent en moyenne un cinquième du public rencontré, et que les femmes constituent environ 35 %. Ces données alimentent notre analyse des besoins et contribueront à définir les actions prioritaires.
La prévention des ruptures de parcours est un axe majeur. Dans le cadre du futur plan intrafrancophone 2025-2029 de lutte contre les violences faites aux femmes, une mesure prévoit l’augmentation des places d’accueil avec un accompagnement spécialisé. L’établissement d‘un cadastre des initiatives existantes en matière d’hébergement à destination des victimes de violences (logements d’urgences, logements de transit, maisons d’accueil, et cetera) fait partie des actions envisagées.
S’agissant des ruptures liées au milieu carcéral, cette thématique relève en partie de la compétence fédérale. La Wallonie participe néanmoins aux travaux interministériels visant à améliorer la coordination des politiques d’intervention liées au milieu carcéral. Une attention particulière est portée aux besoins des personnes détenues et en réinsertion. L’un des objectifs du comité de pilotage est de sensibiliser les acteurs institutionnels aux réalités du terrain, de mieux cibler les politiques à mettre en œuvre, et de favoriser une approche concertée et centrée sur les besoins concrets.
S’agissant plus spécifiquement des jeunes, cette thématique relève principalement des compétences de ma collègue Valérie Lescrenier, en charge de l’Aide à la jeunesse. Nous veillons toutefois à maintenir un contact régulier afin de garantir la cohérence entre nos politiques respectives, notamment pour renforcer la prévention des ruptures de parcours touchant les jeunes.
Enfin, les acteurs locaux font preuve chaque jour d’un engagement important pour soutenir les personnes en grande précarité. Ils sont régulièrement consultés et impliqués, notamment via le comité de concertation des acteurs de la lutte contre le sans-abrisme de l’Observatoire wallon du sans-abrisme. Ces acteurs seront encore mobilisés pour concrétiser les mesures opérationnelles de la stratégie coordonnée de sortie du sans-abrisme et contribueront, dans la mesure de leurs moyens, à son implémentation.
La mobilisation de mes collègues, ministres du Logement et des Pouvoirs locaux garantit une approche coordonnée et durable à tous niveaux.