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L'évolution des cultures de betteraves

  • Session : 2025-2026
  • Année : 2025
  • N° : 156 (2025-2026) 1

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  • Question écrite du 25/11/2025
    • de FONTAINE Eddy
    • à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
    À l'instar de toutes les productions agricoles, la culture de la betterave a vu, au cours des 20 dernières années, tous les mécanismes de régulation du marché et des prix sauter les uns après les autres. Cette culture qui, historiquement, constituait une assurance revenu pour les cultivateurs, est aujourd'hui en crise.

    Ainsi, l'annonce récente d'une réduction imposée de 25 % des emblavements en betteraves pour la campagne 2026 provoque de nombreuses interrogations. Cette décision, dictée par le déséquilibre structurel du marché européen du sucre, risque d'avoir des effets importants sur les revenus et la planification culturale de centaines d'agriculteurs wallons.

    Si cette contrainte constitue indéniablement un coup dur à court terme pour les producteurs concernés, n'est-elle pas également l'occasion de s'interroger sur l'avenir de cette culture très gourmande en intrants phytopharmaceutiques, en eau et en énergie ? En effet, la betterave fait partie des cultures parmi les plus consommatrices de produits phytosanitaires, notamment en néonicotinoïdes. Dans un contexte de transition vers des modèles agricoles plus durables, cette réduction contrainte ne pourrait-elle être transformée en opportunité de diversification et d'accompagnement agroécologique ?

    Mme la Ministre dispose-t-elle d'une évaluation de l'impact économique de cette réduction pour les producteurs wallons ?

    Une réflexion est-elle en cours pour inciter ou accompagner les agriculteurs vers d'autres cultures moins intensives en intrants ?

    Peut-elle nous indiquer si une stratégie d'appui technique et économique est prévue pour orienter cette transition de manière juste et planifiée ?
  • Réponse du 25/11/2025
    • de DALCQ Anne-Catherine
    Je suis pleinement consciente de la situation difficile que traverse aujourd’hui la filière betteravière. Je la déplore d’autant plus qu’elle s’ajoute à d’autres crises que connaissent déjà plusieurs productions agricoles, comme celle de la pomme de terre.

    La réduction des surfaces emblavées pose un problème majeur pour de nombreux agriculteurs qui avaient déjà organisé leur plan de cultures pour 2026. Ils doivent désormais réorienter leurs surfaces vers d’autres cultures de printemps, ou si cela est encore possible, de cultures d’hiver, alors même que celles-ci ne sont pas, elles non plus, dans une situation économique rassurante. Cette accumulation d’incertitudes fragilise profondément les exploitations.

    La concertation chaîne relève de la compétence de mon collègue fédéral, M. Clarinval. Il est néanmoins important de rappeler que la crise du sucre dépasse largement nos frontières : elle touche l’ensemble des pays producteurs de sucres betteraviers en Europe. La concurrence exercée par les marchés du sucre provenant de pays extérieurs à l’Union européenne menace clairement la compétitivité et la pérennité de notre filière européenne. La demande de sucre produit dans l’UE recule au profit d’offres étrangères, généralement moins coûteuses. En effet, les prix pratiqués sur le marché mondial du sucre restent nettement inférieurs à ceux du sucre européen.

    S’agissant des outils prévus dans le règlement OCM (Organisation commune des marchés agricoles), il convient de rappeler que le sucre n’est pas un produit admissible à l’intervention, qu’il s’agisse du stockage public ou du stockage privé. Aucun seuil d’intervention n’est donc prévu pour ce produit.

    En revanche, l’article 219 du règlement prévoit la possibilité de recourir à des mesures exceptionnelles en cas de perturbation du marché, telles que des aides aux betteraviers, des aides aux sucreries ou encore des compensations en cas de chute significative des prix, mobilisables via la réserve européenne de crise agricole.

    L’article 222 prévoit également, dans des circonstances exceptionnelles, une exemption temporaire aux règles de concurrence, permettant notamment d’organiser un retrait ou un ralentissement de la mise sur le marché ou encore un stockage privé volontaire.

    Cependant, la Commission européenne n’active ces instruments qu’en cas de crise d’une ampleur tout à fait exceptionnelle. À titre d’exemple, ces articles n’ont été mobilisés qu’en 2016 lors des crises laitières.

    En conséquence, il n’existe aujourd’hui aucun véritable filet de sécurité européen pour le secteur du sucre.

    Je tiens à réaffirmer que ma priorité est de permettre à nos agriculteurs de vivre de leur travail. Cela passe par la création de filières pérennes, mieux structurées, stables et véritablement rémunératrices. À cet égard, plusieurs pistes sont actuellement étudiées pour accompagner l’émergence de nouvelles filières en Wallonie, qu’il s’agisse de productions innovantes, de valorisations locales ou d’orientations davantage orientées vers la transformation. L’objectif est clair : offrir des débouchés stables, renforcer la valeur ajoutée captée par les producteurs et réduire leur dépendance à des marchés volatils.