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L'avenir du secteur betteravier en Wallonie

  • Session : 2025-2026
  • Année : 2025
  • N° : 158 (2025-2026) 1

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  • Question écrite du 25/11/2025
    • de DURENNE Véronique
    • à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
    Mi-novembre, les planteurs wallons ont reçu une bien mauvaise nouvelle de la raffinerie tirlemontoise.

    Cette mauvaise nouvelle, c'est la diminution de 25 % de la quantité proposée pour le contrat 2026, par rapport à la quantité de base. C'est d'autant plus compliqué à digérer que cette information parvient aux producteurs à un moment de la saison où les assolements sont déjà fixés et les terres préparées pour la nouvelle saison betteravière à venir au printemps 2026. Les emblavements 2025 avaient déjà été réduits de 14 % par rapport à 2024.

    Pour justifier cette décision, la raffinerie tirlemontoise s'appuie sur un rendement betteravier très important, voire exceptionnel en 2025, des importations supplémentaires accordées récemment par l'UE, et un marché du sucre mondial en dépression.

    L'Association des betteraviers wallons amène d'autres éléments, comme le fait que l'Europe doit rester légèrement importatrice pour que le sucre européen conserve sa valeur. Effectivement, dès qu'elle devient exportatrice, elle doit écouler les volumes excédentaires au prix mondial, bien inférieur au prix européen. D'après l'Association, les taxes imposées par le Gouvernement américain et les décisions européennes d'autoriser des importations à droits de douane nuls viennent également tendre la situation.

    La Wallonie est un territoire historique de la production betteravière depuis le 19e siècle. Cependant, les craintes sont réelles pour l'avenir de cette culture emblématique de notre région.

    Comment Mme la Ministre a-t-elle accueilli cette décision et les arguments avancés, notamment en ce qui concerne le rôle de l'Union européenne ? Est-elle inquiète pour l'avenir du secteur betteravier en Wallonie ? A-t-elle eu des contacts avec les différents acteurs de cette filière ?

    Enfin, va-t-elle porter ce dossier au niveau européen lors d'un prochain conseil Agriculture ?
  • Réponse du 25/11/2025
    • de DALCQ Anne-Catherine
    Je suis pleinement consciente de la situation difficile que traverse aujourd’hui la filière betteravière. Je la déplore d’autant plus qu’elle s’ajoute à d’autres crises que connaissent déjà plusieurs productions agricoles, comme celle de la pomme de terre.

    La réduction des surfaces emblavées pose un problème majeur pour de nombreux agriculteurs qui avaient déjà organisé leur plan de cultures pour 2026. Ils doivent désormais réorienter leurs surfaces vers d’autres cultures de printemps, ou si cela est encore possible, de cultures d’hiver, alors même que celles-ci ne sont pas, elles non plus, dans une situation économique rassurante. Cette accumulation d’incertitudes fragilise profondément les exploitations.

    La concertation chaîne relève de la compétence de mon collègue fédéral, M. Clarinval. Il est néanmoins important de rappeler que la crise du sucre dépasse largement nos frontières : elle touche l’ensemble des pays producteurs de sucres betteraviers en Europe. La concurrence exercée par les marchés du sucre provenant de pays extérieurs à l’Union européenne menace clairement la compétitivité et la pérennité de notre filière européenne. La demande de sucre produit dans l’UE recule au profit d’offres étrangères, généralement moins coûteuses. En effet, les prix pratiqués sur le marché mondial du sucre restent nettement inférieurs à ceux du sucre européen.

    S’agissant des outils prévus dans le règlement OCM (Organisation commune des marchés agricoles), il convient de rappeler que le sucre n’est pas un produit admissible à l’intervention, qu’il s’agisse du stockage public ou du stockage privé. Aucun seuil d’intervention n’est donc prévu pour ce produit.

    En revanche, l’article 219 du règlement prévoit la possibilité de recourir à des mesures exceptionnelles en cas de perturbation du marché, telles que des aides aux betteraviers, des aides aux sucreries ou encore des compensations en cas de chute significative des prix, mobilisables via la réserve européenne de crise agricole.

    L’article 222 prévoit également, dans des circonstances exceptionnelles, une exemption temporaire aux règles de concurrence, permettant notamment d’organiser un retrait ou un ralentissement de la mise sur le marché ou encore un stockage privé volontaire.

    Cependant, la Commission européenne n’active ces instruments qu’en cas de crise d’une ampleur tout à fait exceptionnelle. À titre d’exemple, ces articles n’ont été mobilisés qu’en 2016 lors des crises laitières.

    En conséquence, il n’existe aujourd’hui aucun véritable filet de sécurité européen pour le secteur du sucre.

    Je tiens à réaffirmer que ma priorité est de permettre à nos agriculteurs de vivre de leur travail. Cela passe par la création de filières pérennes, mieux structurées, stables et véritablement rémunératrices. À cet égard, plusieurs pistes sont actuellement étudiées pour accompagner l’émergence de nouvelles filières en Wallonie, qu’il s’agisse de productions innovantes, de valorisations locales ou d’orientations davantage orientées vers la transformation. L’objectif est clair : offrir des débouchés stables, renforcer la valeur ajoutée captée par les producteurs et réduire leur dépendance à des marchés volatils.