La prévention du cancer du col de l’utérus et l’accès aux données de vaccination et de dépistage en Wallonie
Session : 2025-2026
Année : 2025
N° : 410 (2025-2026) 1
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Question écrite du 02/12/2025
de DURENNE Véronique
à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) s'est fixé pour objectif d'éliminer le cancer du col de l'utérus d'ici 2030, notamment en visant une couverture vaccinale de 90 % chez les filles avant 15 ans et un taux de participation de 70 % au dépistage chez les femmes de 35 et 45 ans. En Wallonie, les données publiées par Sciensano indiquent qu'en 2019-2020, le taux de vaccination HPV chez les garçons et les filles s'élevait à 47,6 %. Par ailleurs, le Registre du Cancer mentionne qu'en 2022, le taux de participation au dépistage du cancer du col de l'utérus chez les femmes de 25 à 64 ans atteignait 58,9 %.
Dans le cadre de travaux d'information à destination de professionnels de santé, il m'a été demandé de disposer de données plus récentes et plus localisées concernant, d'une part, la couverture vaccinale HPV et, d'autre part, la participation au dépistage du cancer du col de l'utérus.
Je souhaiterais dès lors savoir si des données actualisées existent pour la Wallonie et pour chacune des provinces, tant en matière de vaccination que de dépistage. Je souhaiterais également savoir si des chiffres sont disponibles à un niveau plus fin, par exemple par commune, et, le cas échéant, si ces données peuvent être communiquées aux professionnels ou aux responsables locaux qui en feraient la demande.
M. le Ministre pourrait-il également me préciser quelles initiatives la Wallonie met actuellement en œuvre afin d'améliorer la couverture vaccinale HPV et la participation au dépistage du cancer du col de l'utérus ?
Enfin, quelles sont les perspectives d'évolution de ces actions dans le contexte des objectifs fixés par l'OMS ?
Réponse du 05/01/2026
de COPPIETERS Yves
Comme l’honorable membre le mentionne, l’OMS s’est fixé l’objectif d’éliminer le cancer du col de l’utérus d’ici 2030 via une stratégie globale reposant sur une approche intégrée combinant vaccination, dépistage et suivi. En Wallonie, les compétences en matière de dépistage et de suivi relèvent de l’AViQ, tandis que la vaccination des enfants et des adolescents est du ressort de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), via l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE). Je l’invite à adresser sa question à la ministre Lescrenier, responsable de cette compétence à la Fédération Wallonie Bruxelles, pour cette partie.
Dans le cadre de ses compétences, l’AViQ publie un guide de la vaccination de l’adulte, incluant des recommandations spécifiques pour le HPV. Vaccicard, un registre de vaccination informatisé est également en cours d’élaboration. Il vise à offrir un plan vaccinal cohérent tout au long de la vie, au-delà du calendrier pédiatrique. Une fois opérationnel, cet outil permettra une meilleure visibilité de la couverture vaccinale et facilitera les synergies avec les dispositifs des autres niveaux de pouvoir.
En Belgique, malgré l’existence d’un dépistage opportuniste, la couverture reste insuffisante : elle était de 62 % en 2023, avec une baisse notable chez les femmes de 60 à 64 ans (environ 40 %). Dès lors, encore trop de nouveaux cas de cancer invasif et in situ du col de l’utérus et de décès sont dénombrés. L’âge moyen au diagnostic est de 55 ans et le taux de survie à cinq ans est de 69 %, malgré l’existence d’un dépistage (opportuniste) efficace (source : Fondation Registre du Cancer - Indicateurs – évaluation du dépistage du cancer du col de l’utérus 2020-2023 – Wallonie, juin 2025). Ces données confirment l’importance d’un programme organisé pour augmenter la couverture et atteindre les femmes qui ne participent pas spontanément au dépistage opportuniste. Ce programme vise à réduire la mortalité par cancer du col de l’utérus grâce par une détection plus précoce des lésions. Il s’inscrit dans une approche de promotion de la santé qui prend en compte les inégalités sociales et les obstacles à l’accès aux soins.
Depuis janvier 2025, ce programme est opérationnalisé en Wallonie par le Centre de Coordination et de Référence pour le dépistage des cancers (CCRef). Les différentes invitations du public cible ont débuté en novembre 2025 et seront envoyées de façon mensuelle et régulière à partir de janvier 2026. Le premier public invité est celui qui n’a pas participé à ce dépistage depuis plus de 6 ans voire jamais. En janvier, il s’agira de toutes les femmes qui ont fait ce dépistage 3 ans auparavant. Un dépliant explicatif est toujours annexé au courrier d’invitation, il évoque tant le dépistage que la vaccination.
Le programme de dépistage prévoit des actions, dont la communication renforcée vers les publics cibles et les professionnels de la santé. Une campagne de communication multicanal visant à informer le public cible à l’importance de ce dépistage est en cours de développement. Elle ambitionne de sensibiliser à la nécessité d’instaurer une habitude de dépistage régulier, même en l’absence de symptômes. Elle sera diffusée largement à partir de mai 2026. Plusieurs outils seront traduits en différentes langues et les messages simplifiés et illustrés pour une compréhension large. Cette campagne vise aussi les professionnels de santé concernés, qui viendront en soutien à la campagne audiovisuelle des publics cibles. Cette démarche est soutenue par le CCRef et d’autres acteurs tels que l’INAMI, Sciensano, l’ASBL PSMG et les associations de médecins concernées pour une diffusion à large échelle.
J’ai par ailleurs souhaité apporter un « Soutien à l’organisation et l’évaluation des programmes de dépistages des cancers en Wallonie » au travers d’un appel à projets pour lequel le BCR a reçu un financement. Il poursuit entre autres les objectifs suivants : - étudier la faisabilité et si possible réaliser le couplage des données de vaccination contre le HPV avec les données du BCR, pour permettre une analyse du résultat du dépistage du cancer du col de l’utérus selon le statut vaccinal des femmes ; - analyser les données selon le niveau socio-économique (SES) et au niveau du secteur statistique (SS) afin d’étudier les populations plus vulnérables et identifier des populations à sensibiliser pour une meilleure participation.
Comme elle le constate, le programme de dépistage soutenu par la Wallonie s’organise et nous pourrons probablement lui fournir des données y relatives dans les prochains mois en fonction des étapes de déploiement des différents projets.