L’effondrement du prix de divers fruits et légumes
Session : 2025-2026
Année : 2026
N° : 213 (2025-2026) 1
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Question écrite du 06/01/2026
de BERNARD Alice
à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
Depuis plusieurs semaines, une situation de surproduction provoque un effondrement des prix dans plusieurs filières, en particulier celles des choux, dont le chou-fleur, mais aussi des pommes de terre et des pommes.
Les conditions météorologiques exceptionnellement favorables cette année ont entraîné des rendements très élevés. Selon les analyses relayées par le Collège des Producteurs, la récolte belge de pommes est par exemple supérieure d'environ 25 % à celle de l'an dernier. Cette abondance, combinée à une demande qui ne suit pas – notamment en raison de l'évolution des habitudes alimentaires –, exerce une pression extrêmement forte sur les prix payés aux producteurs.
Dans certains cas, les prix atteignent des niveaux dramatiques. Des producteurs wallons témoignent ainsi de prix en criée pour le chou descendant jusqu'à 10 centimes pièce, alors que le coût de récolte est estimé à environ 25 centimes. Autrement dit, récolter revient plus cher que ce que rapporte la vente.
Cette crise illustre une fois de plus les limites d'un système agricole soumis aux seules lois du marché, où les agriculteurs font les frais de la surproduction, de la volatilité des prix et du déséquilibre du rapport de force avec la grande distribution, tandis que les marges ne se répartissent pas équitablement le long de la chaîne alimentaire.
Mme la Ministre dispose-t-elle de données précises sur l'évolution des prix payés aux producteurs wallons ces dernières semaines et sur l'impact de cette crise sur leurs revenus ?
Quelles mesures le Gouvernement wallon envisage-t-il pour soutenir les producteurs confrontés à des prix inférieurs à leurs coûts de production ?
Des mécanismes de régulation des volumes, de stockage, de retrait du marché ou de soutien public aux prix sont-ils à l'étude afin d'éviter que les agriculteurs ne soient contraints de vendre à perte ?
Comment le Gouvernement wallon compte-t-il renforcer, à moyen et long terme, la planification de la production, la sécurisation des revenus agricoles et une meilleure répartition de la valeur au sein de la chaîne alimentaire, notamment face au poids de la grande distribution ?
Mme la Ministre va-t-elle renforcer, et si oui, comment, les actions pour encourager la consommation locale et soutenir concrètement les débouchés pour les productions wallonnes, afin que le fait de « manger local » profite aussi pleinement aux producteurs ?
Réponse du 03/02/2026
de DALCQ Anne-Catherine
L’année 2025 a été marquée par des récoltes abondantes et de bonne qualité, mais une pression considérable à la baisse sur les prix.
Dans le secteur des légumes frais, les conditions agronomiques ont été particulièrement favorables en 2025, notamment après des épisodes climatiques propices à de très bons rendements. Cette abondance se retrouve sur les étals en fin de campagne avec des volumes importants de choux, carottes, poireaux, courges, et cetera.
Confrontés à une demande intérieure qui n’a pas suivi la croissance de l’offre, les producteurs subissent aujourd’hui un effondrement des prix de vente sur le marché libre, souvent en dessous des coûts de production. La situation actuelle met en exergue un déséquilibre structurel entre les prix de marché trop bas et les coûts de production élevés (énergie, intrants, main-d’œuvre, transport), qui pèsent sur la rentabilité des exploitations. Un prix trop faible ne rémunère pas le travail et l’investissement des agriculteurs, ce qui fragilise la résilience économique des filières.
La Région agit de façon concertée via : - l’accompagnement à la structuration collective (organisations de producteurs, outils logistiques) afin de mieux regrouper l’offre, négocier les volumes et stabiliser les prix ; - la promotion de circuits courts et de partenariats contractuels entre agriculteurs, transformateurs, restauration publique et distribution, pour réduire l’exposition aux fluctuations des marchés libres ; - le soutien à la diversification des débouchés (valorisation dans la transformation, conservation, HORECA, et cetera), permettant aux producteurs de réduire leur dépendance aux seules ventes fraîches ; - la construction, développement et renforcement des filières locales.
La mise en place de la marque forte permettra également de mieux valoriser l’agriculture de proximité bien rémunérée auprès des consommateurs.
Concernant la vente à perte, ceci est traité au niveau de la concertation chaîne et dépend du ministre fédéral, David Clarinval. De plus, les indicateurs de rentabilité et de coûts de production agricoles, publiés par le SPF Économie sont des outils importants pour permettre à l’agriculteur de mieux négocier la juste valeur de son travail.
La crise actuelle que connaissent les légumes frais illustre clairement que la performance agronomique individuelle ne se traduit pas automatiquement par une rentabilité collective. Il est essentiel de poursuivre le renforcement des filières, l’organisation des producteurs, l’accès à des contrats stables et la valorisation locale, pour garantir des revenus durables aux agriculteurs et assurer une offre de qualité aux consommateurs.
Je reste bien entendu mobilisée pour travailler avec l’ensemble des acteurs concernés, afin que l’agriculture wallonne puisse retrouver un équilibre plus juste entre production et valorisation.