Le rapport de RestoreNature à propos du Plan wallon de restauration de la nature
Session : 2025-2026
Année : 2026
N° : 215 (2025-2026) 1
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Question écrite du 06/01/2026
de BERNARD Alice
à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
La loi européenne sur la restauration de la nature est entrée en vigueur il y a plus d'un an et impose à chaque État membre de transmettre à la Commission européenne un plan national de restauration de la nature d'ici septembre 2026. Ce plan doit définir des objectifs clairs, scientifiquement fondés et assortis de moyens humains et financiers suffisants.
Un récent rapport de la coalition européenne #RestoreNature, auquel a contribué la Coalition belge pour la biodiversité, dresse un constat préoccupant concernant la Belgique et, plus particulièrement, la Wallonie. Selon ce rapport, notre pays figure parmi les mauvais élèves européens en matière d'ambition et de transparence dans l'élaboration de ce plan. La Wallonie serait également en retard dans l'identification des moyens humains et financiers nécessaires à la mise en œuvre effective de la loi.
Le rapport pointe en outre un manque d'utilisation des données scientifiques existantes ainsi qu'une consultation insuffisante des associations environnementales et autres parties prenantes. Ces lacunes sont d'autant plus inquiétantes que 95 % des habitats naturels wallons sont actuellement en mauvais état de conservation. Plusieurs études soulignent pourtant qu'investir dans la restauration de la nature est économiquement rentable, avec un retour estimé entre 8 et 51 euros pour chaque euro investi.
Quel est l'état d'avancement, en Wallonie, de la contribution sur le plan national de la restauration de la nature que la Belgique doit transmettre à la Commission européenne d'ici septembre 2026 ?
Comment Mme la Ministre explique-t-elle les évaluations très négatives du rapport #RestoreNature, et quelles mesures compte-t-elle prendre pour corriger ces lacunes au niveau wallon ?
Quelles données scientifiques sont actuellement utilisées pour élaborer la contribution wallonne à ce plan, et comment entend-elle renforcer l'ancrage scientifique des objectifs de restauration ?
Quelles parties prenantes (notamment les associations environnementales) ont été consultées à ce jour, et quelles garanties peut-elle donner quant à une concertation réelle et structurée dans la suite du processus ?
Quels moyens humains et financiers spécifiques la Wallonie prévoit-elle de mobiliser pour mettre en œuvre la loi européenne sur la restauration de la nature, alors que ces moyens semblent aujourd'hui insuffisamment identifiés ?
Enfin, comment le Gouvernement wallon entend-il saisir l'opportunité économique et sociale que représente la restauration de la nature, alors que l'état de dégradation des habitats naturels wallons est particulièrement alarmant ?
En ce qui concerne tout d’abord les conclusions intermédiaires de la coalition #RestoreNature, celles-ci mettent surtout en lumière l’ampleur du travail que représente, pour les États membres, l’élaboration des plans nationaux de restauration, qui plus est dans les délais fixés par le règlement. Il s’agit d’un exercice nouveau et particulièrement exigeant, qui devra s’inscrire dans une démarche progressive et de long terme.
La part wallonne du Plan national de restauration est en cours d’élaboration. Celle-ci a débuté au début de l’année 2025, à la suite de la mise en place d’une structure de gouvernance transversale visant à aborder toutes les facettes de la mise en œuvre du Règlement relatif à la restauration de la nature.
En Wallonie, ce travail repose sur des comités thématiques réunissant, pour chaque écosystème concerné, les experts de l’administration ainsi que, lorsque cela s’avère pertinent, des spécialistes externes.
L’année 2025 a été consacrée à une analyse approfondie comprenant, d’une part, un état des lieux de la situation en Région wallonne afin d’estimer la distance à parcourir pour atteindre les objectifs du règlement et, d’autre part, un recensement des outils et mesures existants, tant en matière d’actions que de suivi. Ce recensement vise à évaluer les moyens complémentaires à mobiliser et les mesures supplémentaires à mettre en œuvre.
Les travaux restant à mener pour aboutir à un premier projet de part wallonne du plan national portent notamment sur la fixation des objectifs, incluant la définition des surfaces de références pour les habitats concernés et la priorisation des actions, ainsi que sur la définition des mesures à mettre en œuvre, de leur calendrier de mise en œuvre et de l’estimation des moyens humains et financiers nécessaires. L’état d’avancement de ces travaux varie selon les écosystèmes concernés.
L’élaboration du plan repose largement sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles. Ainsi, le dernier rapportage réalisé dans le cadre de l’article 17 de la Directive « Habitats » constitue la référence pour les parties du plan relatives aux écosystèmes terrestres, côtiers et d’eaux douces visés à l’article 4 du règlement. La partie relative aux pollinisateurs, visée à l’article 10, s’appuie sur une étude commandée par mon administration et réalisée par l’équipe SYTRA de l’UCL, qui a également consulté de nombreux experts afin d’établir un état des lieux en Wallonie et de proposer de grandes catégories de mesures.
Les experts wallons, internes et externes à l’administration, sont dès lors déjà pleinement impliqués dans l’élaboration du plan. Par ailleurs, les parties prenantes ont été associées au processus dès la fin de l’année 2024. Elles ont été invitées à transmettre leur vision de la mise en œuvre du règlement et leurs préoccupations à un consultant externe, chargé de réaliser une première évaluation qualitative de l’impact socio-économique du règlement en Région wallonne et de recueillir les premières réactions des principales parties prenantes.
En juin 2025, une séance d’information générale sur le règlement a été organisée, en collaboration avec les équipes de mon administration, à destination des acteurs wallons. Au début de l’été 2025, j’ai en outre pris l’initiative de dialoguer avec les parties prenantes les plus directement concernées par la mise en œuvre du règlement, notamment les représentants du secteur agricole, des propriétaires, des pouvoirs locaux, du monde associatif lié à la conservation de la nature ainsi que des opérateurs économiques. Ces échanges ont permis de mieux cerner leurs préoccupations et de les intégrer dans la réflexion en cours.
En novembre 2025, une première journée d’échanges réunissant l’ensemble des parties prenantes, experts et acteurs de terrain a permis de partager l’état d’avancement des travaux et d’entamer la réflexion sur l’élaboration des mesures.
Dès le début de l’année 2026, les acteurs wallons seront invités à participer aux travaux des comités thématiques, selon un agenda en cours de finalisation et qui sera communiqué dans les meilleurs délais. Afin d’assurer l’efficacité de ces échanges, mon administration a confié à un prestataire externe, en étroite collaboration avec ses équipes, la préparation et l’animation des séances de travail ainsi que la rédaction des comptes rendus. Les résultats de ces échanges seront intégrés dans un outil permettant un retour d’information à l’ensemble des participants.
Toutes les informations relatives à ce dossier sont par ailleurs disponibles sur la page du site « Biodiversité Wallonie » dédiée au Règlement relatif à la restauration de la nature, laquelle permet également d’adresser des réflexions, préoccupations ou demandes aux équipes en charge du dossier.
Enfin, l’évaluation globale du rapport #RestoreNature au niveau wallon indique que le développement du plan se situe encore à un stade précoce. Mon administration met tout en œuvre pour fournir un travail de qualité dans les meilleurs délais, malgré des moyens humains limités.
Les moyens financiers nécessaires à la mise en œuvre du plan ne pourront, en tout état de cause, être identifiés qu’une fois le projet de plan suffisamment avancé. (Voir annexe)