L'augmentation du coût-vérité annoncée par INTRADEL et Hygea
Session : 2025-2026
Année : 2026
N° : 541 (2025-2026) 1
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Question écrite du 07/01/2026
de BERNARD Alice
à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
L’intercommunale de déchets en région liégeoise, Intradel, a annoncé une augmentation du coût-vérité pour les communes. Cela entraînera une nouvelle augmentation de la taxe poubelle pour les ménages.
Dans la région du Centre, l’intercommunale Hygea a annoncé la même chose. Du coup, la taxe poubelle a augmenté à La Louvière de 43 %, à Écaussinnes de 55 % et à Binche de 38 %. Et en plus, le prix du sac poubelle va augmenter de 20 %, passant de 1 euro à 1,20 euro.
Intradel justifie sa décision par l’augmentation des prix énergétiques, l’inflation… et par « la suppression des subsides pour la collecte des organiques, le plafonnement des subsides relatifs à la prévention et au zéro déchet, ou encore l’augmentation des taxes sur la valorisation énergétique et sur l’enfouissement ». Ces derniers points, le Gouvernement wallon MR-Les Engagés en est directement responsable.
Les gens trient de mieux en mieux et ils sont récompensés en payant toujours plus de taxe poubelle.
M. le Ministre prépare une réforme du coût-vérité qui, selon ses dires, va mieux récompenser celles et ceux qui produisent moins de déchets.
Sauf que 70 % des coûts des intercommunales sont des coûts fixes qui ne sont pas directement proportionnels aux quantités de déchets produites par les ménages.
Par ailleurs, je cite la conclusion de la journaliste qui a écrit l’article sur Hygea : « N’est-il pas grand temps d’attaquer le problème à sa source alors que nos produits de consommation continuent d’être suremballés ? »
Bref, c’est le système du coût-vérité en tant que tel qui n’est plus tenable, qui est de plus en plus critiqué et qui coûte toujours plus aux ménages.
Pourquoi M. le Ministre n’instaure-t-il pas d’autres responsabilités élargies des producteurs afin que ceux-ci, qui sont les vrais responsables, prennent en charge la collecte et le traitement de leurs déchets et non les ménages ?
Réponse du 10/02/2026
de COPPIETERS Yves
Le mécanisme du coût-vérité constitue un instrument essentiel pour garantir la transparence dans le financement de la gestion des déchets ménagers. Il permet d’imputer aux usagers les coûts réels des services rendus notamment par les intercommunales. Toutefois, comme l’honorable membre le souligne, une part importante de ces coûts - environ 70 % - correspond à des charges fixes (infrastructures, personnel, équipements), peu sensibles aux variations des tonnages collectés.
C’est précisément pour répondre à cette limite structurelle que mes équipes travaillent à une réforme du coût‑vérité. L’objectif est double : - mieux récompenser les ménages qui réduisent leurs déchets, en cohérence avec la hiérarchie de gestion des déchets - souvent appelée « échelle de Lansink », qui privilégie la prévention avant le recyclage et l’élimination ; - assurer une soutenabilité financière pour les intercommunales, dans un contexte marqué par l’inflation, la hausse des prix énergétiques et l’évolution de certaines taxes environnementales.
L’honorable membre évoque à juste titre la question des responsabilités élargies des producteurs (REP). Je rappelle que le décret du 9 mars 2023 prévoit déjà ce principe pour quatorze flux de déchets (emballages, piles, DEEE, pneus, huiles, matelas, etc.). Ces dispositifs imposent aux producteurs de financer, via des cotisations généralement intégrées au prix de vente, la collecte, le tri et le traitement des flux concernés.
De plus, plusieurs extensions sont en cours : - la mise en œuvre opérationnelle de la REP textile, actuellement en préparation ; - des analyses pour de nouveaux flux, notamment le mobilier et les langes.
Concrètement, tous les coûts liés aux déchets relevant d’une REP sont pris en charge par les producteurs et n’entrent pas dans la taxe déchets payée par les citoyens. Il n’existe donc pas aujourd’hui de transfert de charges injustifié vers les ménages pour ces catégories.
En parallèle, je mène une politique résolument orientée vers la prévention, car le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas. Cela implique une action sur les suremballages et les produits jetables, en collaboration avec les acteurs économiques, pour encourager la réutilisation, le remploi, l’écoconception et l’utilisation de matériaux recyclés.
Ces orientations s’inscrivent pleinement dans les objectifs du Plan wallon des déchets-ressources : réduction des emballages non recyclables, développement des emballages durables, innovations dans les filières de recyclage, et soutien aux pratiques de consommation responsable.
Les défis auxquels font face les intercommunales sont réels, mais c’est par une action combinée - réforme du coût‑vérité, extension des REP, réduction à la source - que nous pourrons stabiliser la facture des ménages tout en améliorant l’efficacité de la gestion des déchets en Wallonie.