La réduction de la durée des séjours hospitaliers, la sécurité des patients et la qualité des soins
Session : 2025-2026
Année : 2026
N° : 607 (2025-2026) 1
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Question écrite du 21/01/2026
de LAZARON Geneviève
à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
Un article récent du Soir s'est penché sur une question sensible : l'impact de la réduction de la durée des séjours hospitaliers sur la sécurité des patients. S'appuyant sur les analyses du Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE), il conclut que, contrairement à certaines craintes, la diminution de la durée d'hospitalisation n'a pas entraîné, en Belgique, une hausse des réadmissions non planifiées ni de la mortalité à 30 jours, y compris chez les patients plus âgés ou atteints de pathologies multiples.
Dans le même temps, cette évolution s'est accompagnée d'un développement marqué des hospitalisations de jour, qui représentaient déjà 66 % des interventions en 2022. Cette transformation du modèle hospitalier, si elle permet une meilleure utilisation des ressources, pose néanmoins des défis importants en matière de continuité des soins, de suivi post-hospitalisation et de charge reportée vers les soins ambulatoires, à domicile et les services de première ligne.
Comment la Wallonie analyse-t-elle l'impact de cette évolution vers des séjours plus courts et des prises en charge de jour sur la qualité et la sécurité des soins dans les hôpitaux wallons ?
Quels mécanismes sont aujourd'hui en place pour garantir un suivi adéquat des patients après leur sortie, notamment pour les personnes âgées, polypathologiques ou socialement fragilisées ?
Enfin, comment M. le Ministre veille-t-il à ce que le développement des hospitalisations de jour ne se traduise pas par un report excessif de charges vers les soins à domicile, les services de santé mentale, l'aide familiale ou les médecins généralistes, sans les moyens correspondants ?
Réponse du 29/01/2026
de COPPIETERS Yves
La Wallonie prend acte du rapport et des conclusions du KCE, et ne peut que se féliciter du fait que ce raccourcissement des durées de séjour et le recours accru à de l’hospitalisation de jour n’aient pas de conséquences négatives sur la qualité et la sécurité des soins en termes de réadmissions non planifiées et de mortalité à 30 jours. Le KCE évoque plusieurs raisons à cette évolution : le patient voit diminuer le risque de complications telles que les infections hospitalières et la formation de caillots, et retrouve plus rapidement son environnement familier. Les lits sont occupés moins longtemps, ce qui permet aux hôpitaux de traiter davantage de patients et d’utiliser un personnel soignant qui est loin d’être surabondant d’une façon plus efficiente. Ce dernier point est particulièrement important dans un contexte où la demande de soins est en augmentation.
L’AViQ est responsable de l’agrément et du contrôle des hôpitaux wallons. Elle vérifie régulièrement les aspects normatifs notamment en matière de qualité et de sécurité des soins, les procédures de suivi et de prise en charge y compris au niveau des hospitalisations de jour, et peut imposer des plans correctifs. Elle peut aussi émettre des recommandations sur les aspects non normatifs touchant à la qualité et à la sécurité des soins. Cette approche vise à ce que la qualité et la sécurité des soins ne soient pas considérées uniquement à l’aune d’indicateurs chiffrés.
En ce qui concerne les mécanismes en place pour garantir un suivi adéquat des patients après leur sortie, je rappelle que la décision de sortie est une décision médicale qui dépend de l’art de guérir, la Région wallonne n’est donc pas compétente en la matière.
Cependant, pour garantir la continuité des soins, plusieurs mécanismes sont en place, parmi lesquels on peut notamment citer : des rapports de sortie médicaux et infirmiers rédigés lors des sorties d’hospitalisation, le dossier médical global (DMG) et le dossier santé partagé (DSP) sur le Réseau santé wallon qui permettent l’échange d’informations médicales, la préparation anticipée de la sortie par le service social des hôpitaux. Certains programmes de soins comme celui pour le patient gériatrique favorisent la collaboration entre les services hospitaliers, les médecins traitants et les acteurs externes. Ils s’appuient sur : des formations et rencontres régulières, une ligne téléphonique directe, une fiche de liaison, des équipes mobiles gériatriques (EMG) présentes dans certains hôpitaux qui interviennent après la sortie de l’hôpital …
L’AViQ et l’INAMI financent des centres de convalescence et des centres de rééducation fonctionnelle. Des centres hospitaliers proposent également des structures dédiées (réadaptation cardiaque, neurologique, pulmonaire) pour poursuivre les soins après sortie.
L’AViQ finance également les cellules de coordination des soins transmuraux dont les missions sont de garantir la continuité et la cohérence des soins transmuraux. Depuis 2017, des projets pilotes d’hospitalisation à domicile ont été lancés en Belgique, notamment pour les antibiothérapies et certains traitements oncologiques. Depuis 2023, certaines de ces interventions sont structurées de façon permanente.
Enfin, il faut noter que le Fédéral et les entités fédérées travaillent à la mise en place d’un plan interfédéral de soins intégrés plus spécifiquement dédiés à certaines catégories de patients.
Dans son rapport, le KCE insiste effectivement sur un certain nombre de défis, notamment la nécessité d’étudier de façon plus poussée l’impact sur la consommation de soins et les coûts pour le secteur ambulatoire. Dans un second rapport, attendu fin 2026, le KCE évaluera l’impact de cette évolution sur la consommation de soins ambulatoires et s’intéressera plus en détail à un certain nombre de pathologies médicales et d’interventions chirurgicales. En outre, une consultation des parties prenantes lui permettra d’obtenir une vision plus large du raccourcissement de la durée des séjours et de la part croissante des hospitalisations de jour. Cette seconde partie de l’étude permettra dès lors d’avoir une vision plus claire d’un éventuel report excessif des charges et d’en discuter en CIM Santé publique le cas échéant. Enfin, l’impact sur les charges de travail des professionnels au sein de l’hôpital doit aussi retenir l’attention pour éviter l’épuisement par le renforcement de la cadence des activités.