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L’évolution des pratiques commerciales en lien avec les criées

  • Session : 2025-2026
  • Année : 2026
  • N° : 283 (2025-2026) 1

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  • Question écrite du 19/02/2026
    • de BERNARD Alice
    • à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
    Un article du journal Le Sillon belge du 12 février 2026 indique qu'un effondrement des prix est constaté sur le marché libre pour de nombreuses spéculations (pommes de terre, choux, oignons, carottes…). En cause, selon les acteurs interrogés par le collège des producteurs : des rendements exceptionnels dans plusieurs pays et un commerce dépendant de la loi de l'offre et de la demande. En effet, les prix pratiqués en Belgique par les criées flamandes dépendent exclusivement de la balance entre l'offre et la demande. Ils sont donc particulièrement sensibles aux variations de rendements et s'imposent comme la référence incontournable pour l'ensemble de la production nationale.

    En conséquence, tous les autres acteurs du secteur (grossistes, coopératives, revendeurs…) s'alignent systématiquement sur ce prix pour acheter aux producteurs, ce qui limite fortement leur pouvoir de négociation et exerce une pression constante sur leurs revenus. De plus en plus de producteurs cherchent à s'affranchir des criées et travaillent en direct avec les autres acteurs du commerce, mais cela induit, malheureusement, une charge de travail supplémentaire conséquente…

    Mme la Ministre a-t-elle connaissance de cette tendance à vouloir s'affranchir des criées et quelle analyse en fait-elle ?

    Peut-elle indiquer combien de producteurs wallons travaillent maintenant en direct avec les autres acteurs du commerce ?

    Quels sont ces acteurs ? Grossistes ? Grandes surfaces ?

    La charge de travail supplémentaire dont parle l'article est-elle objectivée ?

    S'agit-il de temps supplémentaire consacré à négocier des transactions, de démarches administratives, de temps de transport… ?

    Mme la Ministre a-t-elle des indications permettant d'évaluer l'impact positif ou pas sur les revenus des producteurs ?
  • Réponse du 03/04/2026
    • de DALCQ Anne-Catherine
    En Belgique, les criées ont constaté une baisse de la valorisation moyenne. Les cotations de l’hiver 2025-2026 sont restées faibles pour plusieurs légumes de conservation. Les prix issus des ventes au cadran influencent rapidement l’ensemble de la chaîne, ce qui accentue la pression sur les producteurs.

    Les criées assurent le tri, le calibrage, le conditionnement et la commercialisation des volumes, avec une sécurité d’écoulement. Toutefois, l’obligation d’y vendre au moins 75 % de sa production limite la diversification. Face à des prix jugés insuffisamment rémunérateurs, notamment en 2025, certains producteurs ont engagé une réflexion sur leurs canaux de vente.

    Les stratégies varient selon les filières. Les arboriculteurs restent majoritairement intégrés aux criées. Les fraisiéristes, en revanche, privilégient largement la vente directe, plus rémunératrice, complétée par des circuits courts. Seuls les plus grands producteurs écoulent une part de leurs volumes via le circuit long, avec des variations importantes selon les conditions climatiques et les pics de production. Un décalage structurel pénalise également la fraise wallonne face à la production flamande sous serres chauffées, disponible plus tôt sur le marché.

    Dans le secteur des légumes, une minorité d’exploitations de grande taille commercialise via les criées, représentant des volumes significatifs. À l’inverse, la majorité des producteurs, disposant de petites surfaces, privilégie les circuits courts.

    La vente en direct s’organise autour de trois types d’acteurs : les grossistes et plateformes d’achat, dont les prix restent influencés par les criées ; les circuits courts structurés (vente à la ferme, marchés, magasins spécialisés), permettant une meilleure captation de valeur, mais exigeant davantage de travail commercial et logistique ; et certaines centrales d’achat de la grande distribution. Les transformateurs peuvent offrir une relative stabilité via des contrats, même si les volumes élevés observés en 2025 ont aussi limité cet effet stabilisateur.

    La sortie partielle des criées entraîne une charge de travail accrue : négociations commerciales, gestion administrative (contrats, facturation, traçabilité) et logistique plus complexe avec des livraisons fractionnées. Si la diversification peut améliorer la valorisation d’une partie des volumes et réduire la dépendance aux fluctuations du cadran, elle ne compense pas toujours les coûts supplémentaires en temps et en main-d’œuvre.

    Sur le plan des revenus, la baisse des prix a entraîné une dégradation dans plusieurs filières, malgré des rendements parfois élevés. Le problème est avant tout structurel : les volumes produits dépassent la capacité d’absorption du marché, situation amplifiée par la dynamique européenne.

    La concertation de la chaîne agroalimentaire relève du niveau fédéral, qui travaille sur la transparence des prix et les pratiques contractuelles. La Wallonie ne dispose pas des leviers législatifs pour réguler les marges. La transparence intersectorielle demeure un enjeu central.

    En définitive, la période 2025-2026 confirme que les tensions sur les prix horticoles résultent d’un excès d’offre et d’une forte volatilité, plus que d’un facteur isolé. La diversification commerciale peut constituer une adaptation partielle.

    Je travaille à la création d’une marque forte, pour que les agriculteurs soient moins dépendants du marché mondial et en subissent moins les pressions. Elle permettra de mieux identifier les produits issus de l’agriculture de proximité. L’objectif est de donner aux consommateurs un repère clair parmi toutes les initiatives mettant en évidence l’agriculture de proximité et rémunératrice et de développer ou mieux structurer des filières dans cet objectif.