L’impact potentiel des incidents de kérosène sur les sols de la région
Session : 2025-2026
Année : 2026
N° : 720 (2025-2026) 1
2 élément(s) trouvé(s).
Question écrite du 19/02/2026
de BERNARD Alice
à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
Selon la presse, l'avion-cargo A306 qui a rencontré une avarie peu après son décollage de l'aéroport de Liège le 7 février 2026 n'aurait pas largué son kérosène au-dessus des Ardennes, contrairement à ce qui avait initialement été évoqué, mais l'aurait brûlé en vol afin d'alléger l'appareil avant son retour à la base.
Si cette précision est de nature à corriger certaines informations, elle ne lève pas pour autant les inquiétudes légitimes des riverains quant aux retombées potentielles liées à la combustion d'une quantité importante de carburant. La combustion en altitude de kérosène génère en effet des émissions de particules fines, d'oxydes d'azote et d'autres composés susceptibles, selon les conditions météorologiques, de se déposer sur les sols.
Or, les Ardennes constituent un territoire à haute valeur écologique, caractérisé par des forêts, des zones agricoles, des captages d'eau et des milieux naturels sensibles.
De même, un risque de pollution des terres des communes de Crisnée, Awans, Fexhe-Le-Haut-Clocher, Remicourt, Donceel, Saint-Georges et Verlaine a été soulevé par les autorités communales et les riverains concernés lors d'un largage de kérosène le 14 décembre dernier.
Les services de la Région wallonne ont-ils procédé ou prévoient-ils de procéder à des analyses des sols dans les zones potentiellement survolées lors de ces incidents ? Si oui, quels périmètres ont été définis et selon quelle méthodologie (choix des sites, profondeur des prélèvements, types de polluants recherchés) ?
Les analyses incluront-elles la recherche d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), de métaux lourds ou d'autres résidus liés à la combustion du kérosène ?
Une attention particulière sera-t-elle portée aux sols agricoles, aux potagers privés ainsi qu'aux zones de captage d'eau potable ?
À défaut d'analyses prévues, sur quelles bases scientifiques le Gouvernement pense-t-il pouvoir exclure tout risque de retombées et de contamination des sols ?
Les résultats des éventuelles analyses seront-ils rendus publics et communiqués aux communes concernées ainsi qu'aux habitants ?
Dans un contexte de multiplication des incidents liés au trafic aérien cargo, la transparence et le principe de précaution doivent guider l'action publique afin de protéger la santé des populations et l'intégrité des écosystèmes.
Réponse du 13/03/2026
de COPPIETERS Yves
Les opérations de combustion forcée de carburant sont malheureusement, comme les opérations de délestage, des pratiques autorisées et destinées à répondre à des conditions particulières.
Il apparaît toutefois que ces opérations n’impactent pas significativement la qualité de notre environnement.
Le projet Aéro-Sols mené par l’ISSeP et l’ASBL Eco-Impact, mené entre juin 2023 et juin 2024, a étudié les retombées atmosphériques autour des aéroports de Liège et Charleroi.
Cette étude a conclu qu’aucun impact en provenance des activités aéroportuaires n’avait pu être mis en évidence pour les polluants mesurés dans les retombées atmosphériques (métaux, hydrocarbures et HAPs) au niveau des 12 stations de mesure placées chez les riverains des aéroports de Liège et de Charleroi.
Ces conclusions rejoignaient les conclusions d’études antérieures réalisées autour de deux aéroports en Allemagne, Leipzig (Maier, 2009) et Munich (Wäber, 2020b). Le rapport de ce projet (Rapport ISSeP n°03520/2024 6/104) est disponible sur le site de l’ISSeP - https://www.issep.be/aero-sols/.
Le kérosène est un combustible volatil, dont la combustion ne génère qu’une quantité faible de particules fines en comparaison par exemple avec ce que génère la combustion de gasoil ou de charbon. Ces particules fines, elles-mêmes, peuvent contenir une très faible quantité de résidus imbrulés d’hydrocarbures. Ces particules se dispersent dans l’atmosphère, mais pas plus lors d’une combustion forcée que lors d’une combustion normale.
La combustion forcée du kérosène ne peut donc avoir eu un impact significatif sur la qualité de l’air, du sol et de l’eau souterraine. Il n’y aura donc pas de campagnes d’analyse complémentaire planifiée.