/

L'effondrement du prix du lait

  • Session : 2025-2026
  • Année : 2026
  • N° : 291 (2025-2026) 1

2 élément(s) trouvé(s).

  • Question écrite du 24/02/2026
    • de BERNARD Alice
    • à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
    La filière laitière fait face à une violente crise, qui met en péril la viabilité d’un grand nombre d’exploitations dans notre région. Depuis le début 2025, le prix payé aux éleveurs pour le lait s’est effondré d’environ 40 %, passant de 0,53 euro/litre à environ 0,35 euro, loin en deçà du coût moyen de production estimé à 0,46 euro/litre avant rémunération du travail.

    Face à cette situation, nos éleveurs sont contraints de produire à perte, mettant en danger l’emploi, la transmission des exploitations et l’approvisionnement local. Les mécanismes actuels du marché ne permettent pas de rétablir un équilibre entre l’offre et la demande ; les outils de régulation disponibles au niveau de la PAC ou de l’Organisation commune des marchés agricoles (OCM) ne sont pas activés de manière efficace et contraignante.

    Le prix du lait en Belgique est le plus bas de l’Union européenne. Malgré certaines annonces et la mise en place d’une « task force » en 2024, la question des prix payés aux producteurs n’a toujours pas été réglée. Dans ce contexte, plusieurs organisations paysannes plaident pour l’activation d’une réduction volontaire de la production au niveau européen, l’instauration de mécanismes de régulation qui permettent de garantir un prix plancher au moins égal aux coûts de production et une réflexion structurelle ambitieuse dans le cadre des réformes en cours de la PAC et de l’OCM.

    Quelles mesures concrètes et immédiates Mme la Ministre compte-t-elle prendre, en lien avec les niveaux fédéral et européen, pour faire en sorte que le prix du lait ne soit plus fixé en dessous des coûts de production et pour protéger les revenus des éleveurs laitiers wallons ?

    Peut-elle préciser quelle articulation elle envisage entre ces mesures et les instruments prévus par la PAC, notamment pour activer une réduction coordonnée de l’offre laitière afin d’enrayer la chute des prix ?
  • Réponse du 24/03/2026
    • de DALCQ Anne-Catherine
    Le secteur du lait montre, depuis fin 2025, des signes de fragilité. Depuis plusieurs semaines, la situation devient de plus en plus préoccupante. Pour différentes raisons, le secteur belge est en effet davantage exposé et volatile.

    En janvier 2026, le prix du lait cru payé aux producteurs en Belgique s’établissait à 38,78 euros/100 kg, contre une moyenne de 45,15 euros/100 kg au niveau de l’Union européenne, soit un écart d’environ 6 euros en défaveur des producteurs belges. Sur un an, entre janvier 2025 et janvier 2016 2025, la Belgique a par ailleurs enregistré une baisse particulièrement marquée de -30 %, alors que la diminution moyenne observée à l’échelle européenne s’élevait à -16 %, illustrant une correction nettement plus prononcée sur le marché belge.

    La Belgique est un pays porté vers les segments de produits standards tels que le beurre et la poudre de lait, dont les prix sont étroitement corrélés aux marchés mondiaux.

    Selon les éléments communiqués par la Laiterie des Ardennes (LDA) lors de l’entrevue de janvier, environ 75 % du lait produit en Belgique est exporté, contre près de 25 % en France. Cette différence structurelle explique en grande partie la plus forte exposition de la Belgique aux segments de produits standards destinés à l’exportation, dont les prix sont étroitement liés aux marchés mondiaux.

    À la suite des dernières crises laitières, la filière belge a engagé une dynamique de diversification vers des produits à plus forte valeur ajoutée (fromages spécifiques, ingrédients laitiers spécialisés ou produits différenciés). La part consacrée à ces segments non standards a effectivement progressé ces dernières années. Néanmoins, cette évolution reste insuffisante pour compenser le poids encore prépondérant des produits standards dans la structure de transformation, de sorte que la dépendance aux marchés mondiaux demeure importante.

    Face à cette réalité, ma ligne est claire : réduire la dépendance aux marchés mondiaux des produits standards. Cela implique de soutenir la transformation locale de produits à haute valeur ajoutée et d’accroître notre présence sur le marché intérieur.

    Moins dépendre des commodités internationales, c’est amortir les chocs de volatilité. C’est précisément l’objectif du projet de marque forte - marque faîtière - que je porte.

    Comme je l’ai rappelé à plusieurs reprises, l’objectif est de permettre aux filières de capter davantage de valeur ajoutée et de stabiliser plus durablement le revenu.

    Les entreprises de transformation laitière peuvent mobiliser les dispositifs régionaux d’aide à l’investissement, à la modernisation, à l’innovation et à la structuration de filière, comme tout investisseur wallon.

    Les soutiens à la transformation, à la création de valeur ajoutée, au développement de nouveaux produits ou à l’amélioration de la performance industrielle sont pleinement accessibles dans le respect du cadre européen.

    La PAC soutient également structurellement le revenu des producteurs via les paiements directs et comporte plusieurs mesures liées à l’élevage. Ces instruments constituent un socle de stabilité permanent.

    Au niveau européen, la gestion du marché relève des instruments de l’Organisation commune des marchés (OCM). La Belgique avait déjà alerté le Conseil des ministres EU de l’Agriculture dès novembre sur la dégradation du marché. J’ai moi-même demandé une révision des seuils d’intervention afin de tenir compte de l’évolution des coûts et du contexte inflationniste.

    La Commission a indiqué que la situation était suivie de près, tout en estimant à ce stade qu’une intervention immédiate n’était pas justifiée. Dans ce contexte, j’entends poursuivre et intensifier cette démarche auprès de mes collègues, notamment à l’occasion du prochain Conseil des ministres de l’Agriculture de l’Union européenne.

    Ma responsabilité est double : gérer la conjoncture européenne avec lucidité et poursuivre le travail structurel indispensable pour réduire la vulnérabilité aux marchés mondiaux et renforcer durablement la valeur ajoutée du secteur laitier wallon.

    Je reste pleinement mobilisée, en concertation avec les organisations agricoles, les transformateurs et les autres niveaux de pouvoir.