Le potentiel de relocalisation de la production alimentaire en Wallonie
Session : 2025-2026
Année : 2026
N° : 340 (2025-2026) 1
2 élément(s) trouvé(s).
Question écrite du 20/03/2026
de BERNARD Alice
à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
À contre-courant de certains discours dominants, le climatologue liégeois Pierre Ozer, cofondateur du festival de la transition alimentaire « Nourrir Liège », met en évidence, à travers de nombreuses initiatives locales, qu'il est déjà possible aujourd'hui de couvrir une part significative de notre alimentation grâce à des productions locales, en circuits courts, respectueux de l'environnement et socialement utiles.
Ces expériences, qu'il s'agisse de maraîchage sur petites surfaces mises à disposition par les pouvoirs publics, de coopératives comme les magasins de producteurs locaux, ou encore de projets collectifs dans les quartiers et les écoles, démontrent des bénéfices multiples. Elles permettent non seulement de relocaliser l'économie et de soutenir l'emploi agricole, mais aussi de régénérer les sols, de préserver la biodiversité et d'améliorer la qualité nutritionnelle de l'alimentation. Elles contribuent également à renforcer le tissu social, en recréant du lien entre producteurs et consommateurs.
Par ailleurs, ces initiatives mettent en lumière les limites du modèle agroalimentaire dominant, caractérisé par une forte dépendance aux chaînes de distribution, une pression importante sur les prix payés aux producteurs, ainsi que des coûts environnementaux, sanitaires et sociaux largement externalisés. Dans un contexte où près de 600 000 personnes dépendent de l'aide alimentaire et où les problèmes de santé liés à l'alimentation ne cessent de croître, ces alternatives apparaissent comme des pistes crédibles pour améliorer l'accès à une alimentation saine et durable.
En outre, les crises récentes – qu'il s'agisse de la pandémie, de la guerre en Ukraine ou encore des perturbations des chaînes d'approvisionnement – ont mis en évidence la fragilité de notre système alimentaire fortement mondialisé et spécialisé. Le développement de filières locales et diversifiées constitue dès lors un enjeu central pour renforcer la résilience de notre territoire.
Dans ce contexte, le rôle des pouvoirs publics apparaît déterminant pour soutenir et amplifier ces dynamiques, notamment à travers la mise à disposition de terres, des incitants économiques, ou encore des politiques ambitieuses en matière d'alimentation collective (écoles, crèches, institutions publiques).
Quelle est aujourd'hui l'évaluation, par le Gouvernement wallon, du potentiel de relocalisation de la production alimentaire en Wallonie, notamment en matière de fruits et légumes ?
Quelles mesures concrètes le Gouvernement wallon entend-il prendre pour faciliter l'accès à la terre pour les maraîchers et producteurs engagés dans des filières locales et durables ?
Existe-t-il une stratégie régionale visant à soutenir spécifiquement les circuits courts et les coopératives alimentaires locales, tant du point de vue de la production que de la distribution ?
Comment le Gouvernement wallon entend-il mieux intégrer les coûts environnementaux et sanitaires dans les politiques agricoles et alimentaires, afin de rééquilibrer la concurrence entre production locale durable et produits issus de l'agro-industrie ?
Quelles actions sont envisagées pour renforcer l'approvisionnement local et durable dans les cantines scolaires, les crèches et les institutions publiques wallonnes ?
Enfin, le Gouvernement wallon s'est-il fixé des objectifs chiffrés en matière de part d'alimentation locale dans la consommation wallonne à moyen et long terme ? Dans l'affirmative, quels sont ces objectifs et les moyens mobilisés pour les atteindre ?
Réponse du 04/05/2026
de DALCQ Anne-Catherine
La Wallonie dispose d’un réel potentiel de relocalisation de son alimentation, mais ce potentiel dépend de plusieurs paramètres, dont l’organisation des filières, le niveau de gaspillage et les habitudes de consommation et alimentaires. La relocalisation alimentaire ne doit pas se confondre avec une autosuffisance absolue. La souveraineté alimentaire ne signifie pas l’autarcie, mais une capacité renforcée à produire localement ce qui peut l’être, dans des conditions viables. Le réchauffement climatique élargit les possibilités en favorisant l’implantation de nouvelles cultures dans notre région.
En matière de fruits et légumes, avec un pourcentage de la SAU modeste (de l’ordre de quelques pourcents), le potentiel est encore plus grand, mais il existe un certain nombre de freins. L’accès à la terre est un défi pour tous les agriculteurs et donc pour les maraîchers. Pour lever ce verrou, l’honorable membre sait que je travaille activement sur la question relative au foncier. Par ailleurs, les maraîchers bénéficient d’aides ciblées, notamment une prime PAC de 4 000 euros/ha (max 3 ha) pour le maraîchage diversifié bio. La relocalisation doit être analysée par filière.
La stratégie pour la relocalisation vise d’une part à augmenter le nombre de produits wallons vendus dans les magasins et les GMS en structurant mieux les filières, et d’autre part, à soutenir le développement des circuits courts. Il faut par ailleurs garantir un revenu plus correct pour nos agriculteurs. La mise en place du repère fort va aider les consommateurs à mieux identifier les produits locaux et qui soutiennent une agriculture familiale.
La nouvelle entité (qui sera mise en place avec l’APAQ-W, le Collège des Producteurs et Biowallonie) sera aussi un outil essentiel pour soutenir l’agriculture wallonne et la valorisation des productions locales.
Il n’y a pas d’objectif chiffré puisque cela est difficilement quantifiable, mais ma volonté est bien d’aller vers plus de consommation des produits locaux. Pour cela, ils doivent être plus visibles et plus facilement accessibles.
Les circuits courts garantissent souvent un meilleur revenu aux producteurs. Les projets de relocalisation du Plan de relance ont déjà donné de belles promesses de réussites et les derniers projets relatifs au PNRR vont se terminer dans les prochains mois. La Direction du Développement durable travaille sur la mise en cohérence des projets (en y ajoutant les halls relais agricoles), sur un alignement stratégique au niveau wallon et une pérennisation de ceux-ci. Une vue d’ensemble est la première étape vers une meilleure mise en cohérence des projets, en veillant à ce qu’ils se renforcent et complètent mutuellement. Concernant plus particulièrement l’approvisionnement local des cantines, la restauration collective fait l’objet d’une feuille de route dans le Plan d’actions en faveur d’une alimentation saine et durable, pilotée par mon collègue, le ministre Coppieters. J’invite l’honorable membre à l’interroger à ce sujet.