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L'augmentation du prix de l'électricité pour l'industrie en Wallonie

  • Session : 2025-2026
  • Année : 2026
  • N° : 380 (2025-2026) 1

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  • Question écrite du 22/04/2026
    • de BERNARD Alice
    • à NEVEN Cécile, Ministre de l'Energie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports
    Les prix de l’énergie explosent, et notre dépendance aux énergies fossiles importées nous met à la merci des tensions géopolitiques et des fluctuations des marchés mondiaux. Pendant ce temps, la Wallonie regorge de potentiel en matière d’énergies locales et renouvelables : solaire, éolien, biomasse, géothermie. Pourtant, le Gouvernement wallon n’investit pas à la hauteur des enjeux.

    Ma première question est la suivante : pourquoi Mme la Ministre ne développe-t-elle pas massivement ces sources d’énergie locales et vertes ?

    Chaque mégawattheure produit ici, par nos propres moyens, est un mégawattheure que nous n’importons plus, un prix stabilisé, une famille ou une entreprise moins exposée aux chocs extérieurs. Alors pourquoi ce retard ? Pourquoi cette frilosité ?

    Ma seconde question concerne l’industrie et l’emploi. L’étude annuelle de Deloitte pour Febeliec est sans appel : l’industrie belge paie son électricité entre 6 et 17 % plus cher que ses voisins européens. En Wallonie, la facture atteint 120,55 euros/MWh contre 67,70 euros/MWh en France. Pour des entreprises comme Aperam, le surcoût se chiffre en dizaines de millions d’euros chaque année.

    La conséquence est déjà là : ArcelorMittal privilégie la France à la Belgique. Des sites ferment ou menacent de fermer. Des emplois disparaissent. L’énergie n’est pas une marchandise comme une autre : c’est un bien essentiel pour l’économie et pour les travailleurs.

    Alors, pourquoi le Gouvernement wallon ne construit-il pas un secteur énergétique à l’abri des aléas du marché ?

    Pourquoi rester dépendant des cours mondiaux, quand nous pourrions investir dans une production publique, locale et maîtrisée ?

    Les fédérations industrielles réclament des mesures urgentes. Les travailleurs attendent des actes. Mme la Ministre va-t-elle enfin sortir de l’immobilisme et faire de l’énergie un levier de souveraineté économique, pas un handicap ?
  • Réponse du 18/05/2026
    • de NEVEN Cécile
    En matière d’aides directes, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, une réponse publique massive et généralisée n’est pas envisageable à ce stade, tout simplement parce que nous n’en avons ni les leviers ni les moyens.

    Je me suis déjà exprimée au sujet de la crise traversée et de l’absence de leviers immédiats de la Wallonie. Je renvoie aussi l’honorable membre à mes propos à la plénière du 8 avril dernier, au sujet des mesures envisagées pour répondre aux tensions actuelles sur le marché de l’énergie.

    Les chiffres que l’honorable membre avance appellent plusieurs clarifications essentielles.

    Il me parait tout d’abord que le montant évoqué par l’honorable membre semble s’approcher plutôt du montant bloqué pour le moment au niveau fédéral suite à l’absence de burden sharing entre les entités et dont j’ai pu faire état lors d’une réponse à une question d’actualité de Mme Tellier en séance plénière le 11 mars dernier. Il s’agit ici d’un montant destiné aux 4 entités du pays et non à la Wallonie.

    Premièrement, les montants régionaux wallons à disposition dans les Fonds que l’honorable membre cite sont sans commune mesure avec le montant qu’il évoque.

    Deuxièmement, il est fondamental de rappeler la nature même de ces fonds. Un fonds budgétaire constitue une dérogation au principe d’unicité budgétaire. Cela signifie que les moyens qui y sont inscrits sont strictement affectés à des finalités définies par décret. En d’autres termes, ces montants ne peuvent pas être mobilisés librement pour n’importe quelle politique, aussi légitime soit-elle.

    Troisièmement, les montants inscrits dans ces fonds ne correspondent pas à une « cagnotte disponible » au sens courant. Il s’agit en réalité d’écritures comptables. Leur mobilisation effective implique une consommation de trésorerie et entraîne une dégradation du solde de financement (SEC). Autrement dit, utiliser ces moyens a un impact direct sur l’équilibre budgétaire de la Région, dans un contexte où celui-ci est déjà fortement contraint. L’utilisation des Fonds doit dès lors être programmée dans le respect de la trajectoire budgétaire validée par la Wallonie.

    La stratégie du Gouvernement repose donc sur la prudence budgétaire, le ciblage des interventions ainsi que le renforcement des politiques structurelles – d’autant plus que la situation reste en grande partie conjoncturelle, comme en témoignent les baisses à la suite de l’annonce de la trêve dans la guerre au Moyen-Orient.

    À cet égard, nous saluons l’annonce du Gouvernement fédéral de mettre en place un dispositif d’aide ciblé pour les ménages vulnérables et les travailleurs, dont les frais de déplacement, augmentent.

    Ces réformes structurelles, elles sont dans l’accord de gouvernement.
    Je pense en priorité à :
    * La flexibilité : pour retrouver la puissance de notre réseau et de notre industrie.
    * La rénovation : ciblée sur les ménages qui en ont vraiment besoin, pour réduire leur facture et notre dépendance énergétique.
    * Développer un mix énergétique décarboné pour renforcer notre autonomie.

    Mais aussi :
    * Un cockpit régional pour définir les ambitions énergétiques de la Région et développer nos réseaux.
    * À la réforme du loyer chaud qui permettra aux sociétés de logements de services publics de faire des économies d’argent et d’énergie.
    * La mise en place d’un système de rénovation énergétique, pour réduire notre consommation énergétique, notamment pour les systèmes de chauffage.
    * La réforme de la législation encadrant le déploiement du photovoltaïque résidentiel, pour faciliter les solutions de tiers investissement et ainsi permettre aux ménages plus précaires et aux locataires d’autoconsommer à bas cout l’électricité produite par ces panneaux.
    * À la réforme de la législation relative au partage d’énergie visant à simplifier la mise en place de communautés d’énergie et à faciliter l’accès à une électricité partagée, généralement moins couteuse que la fourniture classique.
    * À la mise en place d’une norme énergétique.
    * Ou encore, aux mesures de communication autour des gestes économiseurs d’énergie, de la tarification incitative et du changement de fournisseur. Il s’agit de s’assurer que nos concitoyens prennent pleinement avantage des outils comparatifs déjà à leur disposition, pour sélectionner l’offre de fourniture la plus appropriée pour leurs besoins ; et qu’ils puissent déplacer leurs consommations, lorsque possible, aux plages horaires où l’électricité est la moins chère.

    En ce qui concerne la taxation sur les surprofits liés à la crise énergétique par certaines entreprises, il s’agit d’une compétence fédérale. Dans le contexte de la crise énergétique de 2022, et conformément au règlement européen 2022/1854, un plafonnement temporaire des recettes des producteurs d’électricité à faible coût marginal (nucléaire, renouvelable, hydraulique) avait effectivement été instauré, les revenus excédentaires étant affectés au financement des mesures de soutien. Une contribution de solidarité temporaire avait également été introduite pour les entreprises actives dans les secteurs du pétrole, du gaz et du raffinage, ciblant les bénéfices excédentaires réalisés en 2022 et 2023. Ces dispositifs ont permis une récupération partielle des surprofits, dans un cadre ciblé et limité dans le temps. Les projets de taxation générale et rétroactive de l’ensemble des surprofits n’ont pas été retenus, en raison de contraintes juridiques et constitutionnelles. Il revient donc au Fédéral de se prononcer sur ce type de mesure.

    Au niveau régional, je confirme que les taux de soutien aux énergies renouvelables sont révisés régulièrement et que donc toute hausse du prix du marché de l’électricité sera intégrée dans le calcul du soutien auquel les producteurs d’énergie renouvelable ont droit.

    Sur la question du bon d’État, afin de financer les politiques énergétiques, cette piste pourrait effectivement être creusée. Elle aurait le mérite de répondre à une double attente : sécurité pour l’épargnant et utilité collective.

    Pour conclure, je continuerai donc bien à protéger les citoyens : non pas au travers de mesure ponctuelle aux effets limités, mais bien au travers de réformes structurelles.