à DI ANTONIO Carlo, Ministre des Travaux publics, de l'Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine
En juin dernier, dans le cadre d’une interrogation parlementaire, Monsieur le Ministre affirmait qu’il était normal que le CRA-W bénéficie d’un rôle prioritaire dans la recherche agricole. Si le CRA-W est un acteur important de la recherche, il n’est cependant pas le seul.
Le projet de réforme semble vouloir supprimer la concurrence entre les universités, d’une part, et le CRA-W, d’autre part. Si cet objectif est louable dans une perspective d’efficience comment Monsieur le Ministre compte-t-il procéder pour garantir une recherche de qualité tout en conservant l’expertise présente de part et d’autre ? Comment favoriser les partenariats entre unités de recherche universitaire et CRA-W quand ceux-ci peuvent conduire à une recherche plus efficace ?
Fin 2012, alors que la dotation annuelle du CRA-W est de 20 millions d’euros, Monsieur le Ministre lui a encore alloué des budgets supplémentaires pour des recherches sur l’agriculture biologique (un million d’euros) et pour le « Plan protéine » (450 000 euros). Le CRA-W a été chargé d’utiliser cette somme au mieux avec des résultats rapides. Les thèmes de recherche ont été établis a posteriori par les chercheurs eux-mêmes. Un comité d’accompagnement a été mis en place et a pu faire quelques remarques. Contrairement à ce que Monsieur le Ministre veut mettre en place dans le nouveau code, il n’y a pas eu d’évaluation pour l’octroi de ces montants.
Le CRA-W a-t-il organisé des recherches de manière structurée avec d’autres organismes compétents sur le terrain ? A-t-on favorisé l’installation d’unités mixtes de recherche ? Comment vont être évaluées ces recherches ? À quel rythme se déroulent-elles ? Quels sont les résultats de ces recherches ? Quand sont-ils attendus ?
Comment Monsieur le Ministre compte-t-il pérenniser et valoriser l’expérience acquise par les équipes universitaires qui, au vu de ses déclarations, verront leur financement réduit ? Ne convient-il pas d’accorder davantage de soutien aux projets universitaires lorsque ceux-ci développent des projets qui répondent aux attentes du terrain et notamment des systèmes innovants plus respectueux des ressources et de l’environnement ?
Si nous sommes d’accord pour affirmer que la publication scientifique n’est pas l’objectif premier de la recherche agronomique financée ici, on ne peut pas nier qu’aujourd’hui le CRA-W publie particulièrement peu et que cela nuit à la réputation de cette institution de recherche. Ce qui de facto isole notre recherche alors même que les partenariats de recherche au niveau européen et international présentent des opportunités y compris en termes de financement et sont un gage d’ouverture et de qualité.
Dans le cadre de la réforme de la recherche agronomique menée en Wallonie, ne conviendrait-il pas de fixer également des objectifs réalistes tant en termes de pertinence qu’en termes de qualité scientifique, ces deux objectifs n’étant pas antinomiques par définition ?
Réponse du 21/10/2013
de DI ANTONIO Carlo
Concernant l’organisation future de la recherche, mon administration et mon cabinet travaillent à une évolution des textes à ce sujet au sein du Code wallon de l’agriculture suite aux avis reçus sur la première version validée par le Gouvernement. Il est prématuré de fournir des éléments qui seront discutés prochainement au Parlement sur le Code wallon de l’agriculture.
Concernant le plan « bio » et le plan « protéine », le CRAW dispose de toute l’expertise requise pour mener les recherches. J’ai imposé que celles-ci se fassent en collaboration avec les acteurs du secteur et au maximum sur le terrain, dans les fermes, en impliquant les agriculteurs et non au sein de laboratoires ou sur les terrains du Centre de recherche. Ces recherches sont suivies et évaluées par des Comités d’accompagnement, exactement comme toutes autres conventions de recherches.
Lors des nombreuses concertations menées pour préparer le Code, tous les acteurs de la recherche ont été rencontrés, dont le CRAW. La proposition de constituer dans le futur des unités mixtes de recherche est issue de ces échanges et des propositions reçues de ces acteurs qui souhaitent travailler de manière plus collaborative.
Le raisonnement de l'honorable membre semble vouloir les classer les acteurs et privilégier la recherche universitaire au motif du manque de publications scientifiques du CRAW. Soit on considère la chance que la Région a de disposer d’un tel outil de recherche et on œuvre à son évolution, à la réalisation de partenariats entre acteurs, soit on estime qu’un tel outil n’est pas nécessaire et on confie toute la recherche à d’autres acteurs telles les universités. La première approche a été choisie : la Région a la chance d’avoir un tel centre de recherche, il faut le valoriser et lui confier des missions, sans pour autant en faire l’unique acteur de la recherche agronomique.
Sans anticiper les débats sur le Code, je peux rassurer sur le fait que les nouveaux textes prévoient bien un renforcement de la politique d’évaluation afin d’assurer une qualité dans les travaux menés.