Le suivi et l'accompagnement au sein de l'ASBL "Respect Seniors" lors de maltraitance de seniors
Session : 2015-2016
Année : 2016
N° : 1219 (2015-2016) 1
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Question écrite du 29/06/2016
de GONZALEZ MOYANO Virginie
à PREVOT Maxime, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l'Action sociale et du Patrimoine
La presse relatait tout récemment que plus de cinq mille appels de seniors maltraités avaient été enregistrés, au cours de l'année dernière, au sein de l'Agence wallonne de lutte contre la maltraitance des personnes âgées.
En 2015, « Respect Seniors » a donc reçu plus 5 487 appels. Un peu moins de deux tiers de ces appels (3 202) étaient relatifs à une situation supposée de maltraitance.
D'après l'ASBL, il n'y a pas de statistiques précises pour la Région wallonne.
L'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, estime quant à elle qu'entre 4 et 6 % de la population des plus de 60 ans pourrait être victime de maltraitances.
Les aînés sont le plus souvent victimes de maltraitance psychologique ou financière et de négligences.
64 % des abus sont commis par un membre de la famille. 40 % des auteurs désignés sont les enfants. 18 % sont les professionnels en institutions pour personnes âgées. Par ailleurs, dans 38 % des situations, c'est la famille qui contacte « Respect Seniors » Et un appel sur quatre est donné par la victime. 70 % des victimes de maltraitance sont des femmes et la majorité des appelants (28,79 %) ont entre 80 à 90 ans.
Je trouve que cette ASBL est un bel outil pour lutter contre la maltraitance des seniors. Cependant, je souhaiterais savoir quels sont, ensuite, le suivi et/ou l'accompagnement réservé à ces appels.
Est-ce qu'une rencontre a lieu avec la personne âgée maltraitée que ce soit physiquement, psychologiquement ou autre afin qu'elle puisse, si sa santé le permet bien entendu, exprimer son ressenti ?
Expliquer ce qu'elle a vécu et subi ?
Qu'en est-il des « agresseurs » ?
Une plainte est-elle ensuite déposée ?
Sont-ils mis à l'écart de la personne âgée ?
Des psychologues soutiennent-ils la personne âgée ayant subi des maltraitances ?
Est-elle encadrée, suite à cet appel, auprès de « Respect Seniors » ?
Qu'en est-il ?
Monsieur le Ministre peut-il nous faire le point sur la question ?
Pour cette question il y a lieu de clarifier les statistiques :
« Respect Senior » a géré 5.487 contacts (3.047 reçus (téléphone-mail-courrier) et a réalisé 2.440 contacts sortants). 3.202 contacts étaient bien relatifs à des situations de maltraitances, mais 1.821 contacts entrants et donc 1381 contacts sortants. Voir tableau n°1 en annexe.
Toute personne concernée par une situation de maltraitance (aîné, familles, proches, professionnels, etc.) peut s’adresser à l’Agence, notamment via la permanence téléphonique. La plupart des situations sont complexes de par la multitude des acteurs présents autour de la personne âgée (famille, médecin traitant, soignants, etc.), mais aussi de par les différents éléments qui entrent en compte dans la situation. Dès lors, il est utile de prendre le recul nécessaire pour s’accorder sur les actions à entreprendre par rapport à la situation de maltraitance.
« Respect Seniors » met en place une réflexion constante afin de garantir un accompagnement psychosocial de qualité. C’est dans cette perspective que plusieurs outils ont été travaillés en 2015, notamment la base de données, la méthodologie et les pratiques psychosociales.
L’accompagnement psychosocial prend la forme de trois scénarii, élaborés par les intervenants de « Respect Seniors », qui s’alternent en fonction du contexte de la situation : * Le suivi qui se place dans un contexte où l’intervenant met en place des pratiques psychosociales suivant la méthodologie de Respect Seniors. * Le suivi adapté, quant à lui, se situe dans un contexte qui implique une réflexion complémentaire sur l’adaptation du cadre méthodologique de Respect Seniors par rapport à la situation. * Le contexte qui mène à une suspension de suivi est celui où l’aîné refuse les propositions de l’intervenant. L’intervenant donne alors priorité au point de vue de l’aîné en acceptant de ne pas décider à sa place, de le laisser choisir. Il peut aussi s’agir d’une situation qui ne nécessite plus d’accompagnement de la part de « Respect Seniors » ou encore plus simplement qui n’est plus une situation de maltraitance.
Lorsque l’ASBL est contactée pour une situation de maltraitance (avérée ou non), il y a systématiquement une prise en charge par une de ses intervenantes psychosociales (psychologue et/ou assistante sociale).
L’accompagnement psychosocial passe au travers des pratiques suivantes : écoute, renseignement, orientation, contact personne ressource, démarche, conciliation, organisation réseau.
Ci-dessous l’explication de chacune des pratiques reprises ci-dessus :
* Écoute
L’écoute est une pratique psychosociale présente tout au long du processus d’accompagnement. Elle consiste à : - prêter attention à ce que l’appelant dit pour l’entendre et le comprendre ; - établir et à maintenir le contact avec l’aîné ; - permettre à l’aîné d’exprimer ses difficultés et/ou sa souffrance ; - permettre à l’aîné de prendre du recul par rapport à la situation vécue ainsi que d’avoir une meilleure conscience de la situation ; - créer un espace propre à l’aîné, dans lequel son vécu est entendu et reconnu ; - instaurer un lien de confiance avec l’aîné ; - accompagner l’aîné et l’aider à cheminer dans ses croyances et ses attitudes face à la maltraitance ; - permettre à l’appelant de clarifier sa place et son rôle par rapport à la situation de maltraitance ; - donner l’occasion de parler de son ressenti.
Cette écoute peut parfois constituer en soi une intervention et être une réponse suffisante à la demande de l’aîné.
* Renseignement
Cette pratique consiste à donner et/ou recevoir des informations sur : - le fonctionnement de l’Agence : les possibilités d’accompagnement et de ses limites, le cadre de travail (valeurs, philosophie d’action et principes de base), l’objet du travail (la maltraitance, les aînés, …), etc. ; - les droits de chacun : droits sur les choix de vie, droits civiques, droits du patient, etc. ; - les différents services existants : aide à domicile, CPAS, services juridiques, service d’inspection de la Région wallonne, etc. ; - les démarches possibles : plainte à la police, requête auprès du juge de paix (administration des biens et/ou de la personne, expulsion, mise en observation), démarche auprès du service d’inspection de la Région wallonne, etc. ; - ….
* Orientation
Cette pratique consiste à guider quelqu’un vers un service et/ou une personne. C’est proposer une ou des réponses en fonction de la situation et des besoins de la personne. Il y a plus de précision et d’engagement dans la direction proposée et les informations données en comparaison au renseignement. Une orientation vers un autre service n’empêche pas « Respect Seniors » de poursuivre sa mission d’accompagnement. Dès lors, un travail de collaboration pourrait se développer entre Respect Seniors et les autres services extérieurs, le but étant toujours d’aborder la situation de maltraitance dans sa globalité.
* Contact personne ressource
Il s’agit : - de prendre contact ou d’avoir contact avec les personnes impliquées dans la situation de maltraitance considérées comme une aide potentielle dans l’accompagnement de la situation (entourage, famille, professionnel, amis) ; - de mobiliser le réseau familial, amical et social de l’aîné ; - de mobiliser et d’élargir le réseau professionnel de l’aîné ; - d’échanger les informations pertinentes concernant la situation de l’aîné avec les personnes impliquées et les intervenants actifs dans l’accompagnement ; - de travailler en collaboration avec toute personne (qu’elle soit professionnelle ou non).
* Démarche
Cette pratique consiste à soutenir l’aîné de façon plus concrète dans certaines démarches (aide pour un dépôt d’une plainte, dans la rédaction d’une lettre, dans la prise de contact avec un service, etc.). L’intervenant psychosocial encourage toujours la personne à effectuer elle-même les démarches. Néanmoins, il peut s’avérer utile, dans certaines situations, d’assister l’aîné lorsqu’il a des difficultés à effectuer lui-même ces démarches.
* Conciliation
C’est une action qui vise à proposer un espace, un temps, un lieu de communication et/ou à mettre en relation des personnes (entourage intra et extra familial) dont les opinions ou les intérêts s’opposent afin de faire « entendre » la parole de l’aîné (problème de communication entre les acteurs, conflits familiaux, épuisement de l’aidant, etc.).
* Organisation réseau
Lorsque « Respect Seniors » accompagne l’aîné, il est parfois utile de réunir ponctuellement (dans les conditions du secret professionnel partagé) les membres du réseau secondaire et primaire (famille, médecin traitant, soignants, etc.) de la personne âgée, pour instaurer un espace de dialogue afin de s’accorder sur les actions à entreprendre par rapport à la situation de maltraitance (poser un cadre de fonctionnement commun pour aller vers une vision commune).
Voici également comment se répartissent les différentes pratiques : voir tableau n°2 en annexe.
Dans tout accompagnement psychosocial, la philosophie de travail est essentiellement basée sur la mise au centre des préoccupations de l’aîné pour toute intervention. Dès lors, une attention particulière est apportée au discours de la personne, à ses souhaits, à son rythme, à son histoire ainsi qu’à sa compréhension et à sa présence dans le processus d’accompagnement. Rien ne sera jamais entrepris sans l’accord explicite de la personne âgée, excepté dans les situations prévues dans le contexte d’un suivi adapté.
Parmi les principes de base de « Respect Seniors », il est important de souligner que les intervenants travaillent sans mandat légal ou judiciaire d’une part, et qu’ils ne sont pas un service d’urgence, d’autre part. Il est également essentiel que « Respect Seniors » ne se substitue pas aux services existants, mais qu’une approche en réseau et en concertation soit privilégiée afin de répondre aux mieux à la spécificité des besoins de la personne.
Les intervenants de « Respect Seniors » sont tenus au secret professionnel, tel que l’imposent le code de déontologie des intervenants psychosociaux et l’article 458 du Code pénal. Ce secret professionnel ne peut être levé que dans les cas prévus par la loi.
Le respect de l’anonymat des personnes, si elles le souhaitent, est également assuré.
Dans un souci de proximité et pour mener à bien ses missions, l’Agence « Respect Seniors » comporte six antennes réparties sur tout le territoire de la Région wallonne de langue française. Cette décentralisation permet une connaissance plus approfondie des différents acteurs locaux, du tissu associatif ainsi que des réseaux professionnels spécifiques. Cette proximité favorise aussi les liens de collaboration et les différentes pratiques psychosociales dans le cadre des accompagnements.
Pour chaque situation, une antenne de référence est désignée en fonction de la province où habite l’aîné concerné. Dans certaines situations, les intervenants psychosociaux peuvent se déplacer pour rencontrer l’aîné.
Sur l’aspect « plainte déposée », « Respect Seniors » réalise un accompagnement psychosocial et n’est donc pas un service « juridique », une plainte peut être déposée par l’aîné, si celui-ci le souhaite. - En Wallonie, il n’existe pas de recensement officiel d’actes de maltraitance, et ce, comme dans de nombreux autres pays. Souvent les chiffres provenant d’associations sont les seuls relevés statistiques existants. - En 2015, « Respect Seniors » a reçu 3.047 appels dont 1.821 en relation avec des situations de maltraitance, 768 appels relatifs à des demandes d’information et de documentation, 344 appels ne concernant pas nos missions, mais orientés vers les services les plus adéquats et finalement 114 appels à contenu non identifiable (erreurs, blagues,…).
Les intervenants de « Respect Seniors » ont accompagné 747 situations supposées de maltraitance durant cette année. Il est à noter que, quelle que soit la forme de maltraitance évoquée lors de ces appels, le dénominateur commun de ces situations est d’ordre relationnel. En effet, la relation établie entre l’aîné et l’« auteur désigné » de comportement maltraitant est habituellement mise à mal. Comme les années précédentes, c’est majoritairement la famille de la personne âgée concernée par la situation qui contacte le service (37,62 % des situations). Dans 26,24 %, l’aîné lui-même contacte l’Agence, ce qui permet d’atteindre l’objectif recherché par les intervenants qui consiste à avoir un contact direct avec l’aîné concerné (afin qu’il puisse exprimer lui-même son ressenti et ses souhaits d’aide).
Au niveau du profil de l’aîné, une majorité de femmes sont décrites « victimes » de maltraitance (69,61 %). Cette tendance est identique aux années précédentes. Au sujet de l’âge, le service est essentiellement contacté pour des aînés (tant des hommes que des femmes) de 80 à 90 ans (28,79 %) et de 70 à 80 ans (19,73 %). Il est à constater que la tranche d’âge des plus de 90 ans est passée de 11,42 % en 2015 contre 9,37 % l’année précédente. Cependant, il y a un nombre important d’inconnues dans cette séquence, car c’est une donnée qu’il est parfois difficile de récolter auprès des appelants.
Le lieu de résidence de la personne âgée « victime » est principalement le domicile (71,75 %). Il faut tout de même noter que le nombre de situations pour laquelle l’aîné vit en institution (26,64 %) a presque augmenté de 5 % par rapport à 2014.
Les données au sujet de l’« auteur désigné » de comportement maltraitant mettent en avant que c’est un membre de la famille dans 64,12 % des cas. Parmi ces derniers, 40,29 % des « auteurs désignés » sont les enfants. Dans les autres cas, 17,8 % sont représentés par les professionnels en institution et 4,15 % par les professionnels hors institution. Ce qui est en légère diminution par rapport à 2014.
La forme de maltraitance principalement évoquée est, tout comme l’année dernière, la maltraitance psychologique (34,94 %) : menaces proférées à l’encontre de l’aîné, contrôle ou abus d’autorité, conflits familiaux ou défaut de communication, etc. Ensuite, ce sont les négligences (20,35 %) qui sont le plus représentées. Celles-ci sont relayées généralement par un tiers qui exprime la plupart du temps des craintes quant au contexte de vie, de prise en soins de l'aîné ou pointe l'organisation ou le fonctionnement d’un service ou d’une institution. Cela représente un changement par rapport aux années précédentes, car la maltraitance financière (18,07 %) est maintenant en 3e position et plus en seconde.