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La consommation d'euphorisants légaux par les jeunes

  • Session : 2017-2018
  • Année : 2018
  • N° : 371 (2017-2018) 1
  • Question écrite du 16/05/2018
    • de GERADON Déborah
    • à GREOLI Alda, Ministre de l’Action sociale, de la Santé, de l’Egalité des chances, de la Fonction publique et de la Simplification administrative
    Les chiffres des interpellations des mineurs pour détention de cannabis ont diminué en 2017 en Wallonie, comme dans le reste du pays. Cependant, ces chiffres sont à nuancer, car il s’agit de l’activité policière et non de la consommation de drogue chez les jeunes.

    Chez les jeunes de 15 à 24 ans, le rapport 2017 d’Eurotox nous apprend qu’outre ce recul d’interpellation pour la détention de cannabis chez les jeunes, ceux-ci seraient plus nombreux à avoir recours à des euphorisants légaux.

    Ces substances sont principalement vendues via des smartshops ou Internet. Selon la récente enquête sur cette consommation, les 15-24 ans seraient 4 % de plus à consommer ces euphorisants par rapport à 2011. On peut estimer qu’environ 110 000 jeunes belges de cet âge ont déjà consommé au moins une fois un euphorisant légal.

    En ses compétences de Ministre de la Santé, Madame la Ministre envisage-t-elle une campagne de sensibilisation à la consommation de ces euphorisants légaux détournés de leur fonction première, pour être utilisés comme drogue par les plus jeunes ?
  • Réponse du 01/06/2018
    • de GREOLI Alda
    La consommation de cannabis chez les jeunes Wallons semble en effet en diminution, non seulement selon les données des forces de l’ordre, mais également selon les données de l'Eurotox.

    En ce qui concerne les « legal highs » ou « euphorisants légaux », je reprendrai la définition d'Eurotox dans son dernier rapport sur l'usage de drogues en Wallonie et à Bruxelles en 2017 : « La notion d’euphorisant légal (legal high) est un terme générique qui regroupe l’ensemble des substances psychoactives vendues légalement à un moment donné. Il comprend d’une part des produits d’origine végétale légèrement psychoactifs vendus (...) depuis plus d’une décennie et n’ayant jamais véritablement posé des problèmes d’ordre sanitaire (...), et couvre surtout d’autre part les nouvelles substances psychoactives d’origine synthétique (ou nouvelles drogues de synthèse) qui n’ont pas encore été interdites (...). Ces derniers produits (...) sont soit vendus à l’état brut comme «research chemicals» via Internet, soit sont reconditionnés afin de leur donner l’apparence de la drogue qu’ils imitent. Ils sont ensuite vendus sur Internet et parfois aussi dans des smartshops, avec un marketing attractif. Généralement, ces molécules sont détournées de leur usage initial (en recherche scientifique) voire parfois spécialement mises au point pour contourner les lois sur les drogues ».

    S’il est difficile de lutter efficacement contre l’apparition des nouveaux produits de synthèse, des actions sont menées afin d’en réduire l’impact socio-sanitaire, et ce à différents niveaux :

    - le système d’alerte précoce, en plus de son intérêt pour monitorer les produits en circulation, est utilisé afin d’informer les travailleurs de terrain et les usagers de drogues de la circulation de nouvelles substances potentiellement dangereuses, d’échantillons de drogues connues hautement dosés en principes actifs ou encore de la présence de produits de coupe présentant un risque important sur le plan sanitaire. Les alertes sont en outre complétées par une série de conseils de réduction des risques ainsi que par des renseignements utiles. Les alertes diffusées par Eurotox sont transmises à une mailing liste de plus de 500 intervenants actifs en Wallonie ou à Bruxelles et elles circulent également sur les réseaux sociaux, sur différents sites Internet et sur certains forums d’usagers. Elles sont également diffusées en milieu festif via Modus Vivendi et d’autres intervenants Wallons et sont aussi reprises par les partenaires du label Quality Nights. Modus Vivendi, Eurotox et de nombreux partenaires sont subventionnés par la Wallonie.

    - Eurotox a publié en 2015 un livret thématique sur les nouvelles drogues de synthèse. Il a été largement diffusé auprès des intervenants de première et deuxième lignes de manière à leur fournir une information claire et utile sur cette problématique. Ce livret présente les dernières informations disponibles en abordant les aspects épidémiologiques, législatifs, sociologiques, sanitaires, ainsi que les différentes réponses données aux niveaux belge et international. Eurotox assure aussi, à la demande, des conférences sur cette thématique à destination de publics variés (intervenants spécialisés en assuétudes, intervenants communaux, intervenants scolaires ou encore médecins généralistes).

    - des flyers spécifiques sur certains nouveaux produits de synthèse particulièrement dangereux sont réalisés et diffusés par Modus Vivendi et ses partenaires, notamment en milieu festif, afin d’outiller les usagers (information sur les produits, conseils de réduction des risques, et cetera).

    Les ASBL que je subventionne à ce niveau s'informent de la situation dans les autres pays, notamment via l'OEDT, l'Observatoire des drogues et des toxicomanies de l'Union européenne.

    Ce problème de santé publique n'est pas nouveau. Early Warning System a été conçu avant les années 2000. C'est d'ailleurs entre autre pour lutter contre les risques liés à la consommation de nouvelles drogues que la Wallonie et Bruxelles subventionnent depuis longtemps des associations telles que Modus Vivendi, Eurotox ou Infor-Drogues.

    En matière de prévention, la panoplie des acteurs est assez large, des centres agréés comme les centres locaux de promotion de la santé donnent des informations en tant que points d’appui assuétudes. D'autres associations subventionnées mènent des débats dans les écoles, telles que Citadelle, Canal J ou encore l'AVAT, pour n'en citer que quelques-unes. De manière plus ciblée, d'autres associations encore, comme Modus Vivendi ou Nadja, sont présentes sur des lieux festifs afin d’informer et de sensibiliser les potentiels consommateurs. Les équipes sont composées de professionnels, diplômés en médecine, santé publique, pharmacie ou psychologie, formés pour discerner les spécificités de ces produits.

    La prévention ne suffit cependant pas toujours, surtout pour ces nouvelles drogues, car elles sont souvent consommées par des publics qui échappent aux actions de prévention ou n'y sont pas sensibles. Pour les atteindre, d'autres actions de réduction des risques sont développées grâce à ces professionnels qui connaissent les usages en cours en développant une proximité avec les usagers. Ce type de connaissance de terrain est fondamental car les usages évoluent très rapidement.

    L’honorable membre me demande si je vais entreprendre de nouvelles campagnes de sensibilisation sur ces nouvelles substances, mais les actions de prévention sur le terrain ne doivent pas être ciblées sur un nouveau produit en particulier, surtout chez les jeunes, car l'important n'est évidemment pas la substance en tant que telle, mais les conséquences négatives que sa consommation peut avoir sur l'individu et sur son entourage. Seuls les produits légaux les plus consommés et qui ont une place particulière dans notre société, comme le tabac, l'alcool et les médicaments, font l'objet d'actions spécifiques.

    La prévention de l'usage de substances psychoactives doit être abordée de manière générale, car tous les usages de substances psychoactives légales ou illégales représentent un risque plus ou moins grand pour la santé.

    Le fait que ces drogues soient légales ou non ne changent pas non plus fondamentalement les actions en matière de santé, qu'il s'agisse de prévention ou de prise en charge. D'autant plus que, dès que la réglementation change, ces substances peuvent devenir illégales. Enfin, les consommateurs de drogues passent maintenant de plus en plus d'une drogue à l'autre, légale ou non.

    Comme on peut le voir, la Wallonie a déjà et depuis plusieurs années, de nombreux outils destinés à protéger la population des conséquences nocives de la consommation de drogues licites ou illicites, nouvelles ou traditionnelles.