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La prise de Rilatine par les étudiants

  • Session : 2017-2018
  • Année : 2018
  • N° : 409 (2017-2018) 1
  • Question écrite du 06/06/2018
    • de POTIGNY Patricia
    • à GREOLI Alda, Ministre de l’Action sociale, de la Santé, de l’Egalité des chances, de la Fonction publique et de la Simplification administrative
    Blocus et session d’examens représentent pour les étudiants une période de grand stress que chacun et chacune tentent d’appréhender du mieux qu’il peut.

    Avec la peur de ne pouvoir « tenir la distance », certains se tournent vers des stimulants de toutes sortes, qu’ils soient médicamenteux ou de toute autre nature.

    Un phénomène connu et un débat récurrent : que faire pour que les étudiants se détournent de ces pseudosoutiens ?

    La presse relate que, pour le moment, c’est la Rilatine qui est plébiscitée par ces jeunes. Un médicament prescrit en cas de troubles du comportement.

    La méthode ne change pas : rachat des prescriptions/médicaments à des tiers ou via Internet sans parler de la possibilité de l’organisation d’un marché parallèle.

    Là où le bât blesse, ce sont les effets secondaires sur le métabolisme avec des conséquences qui peuvent s’avérer, sur le long terme, irréversibles.

    Quelles sont les dernières actions entreprises pour sensibiliser les étudiants sur les risques liés à la prise de médicaments en dehors de toute supervision médicale ?

    Qu'en est-il de la prévention ?

    Comment les conscientiser sur le fait que céder au chant des sirènes ne leur garantira pas la réussite ?

    Des démarches spécifiques ont-elles été entreprises avec le cabinet de Monsieur Marcourt, Ministre de l’Enseignement supérieur à la Fédération Wallonie-Bruxelles ?
  • Réponse du 28/06/2018
    • de GREOLI Alda
    Tout d'abord, en ce qui concerne la consommation par les étudiants de Rilatine et des psychostimulants apparentés, deux types d'usage sont concernés.

    Premièrement, la consommation suite à une prescription médicale. En Wallonie, les chiffres que j'obtiens, même s'ils ne sont pas très récents, ne sont en tout cas pas inquiétants puisque de 2010 à 2014 le nombre de jeunes de 20 à 24 ans ayant reçu une prescription pour la Rilatine est passé de 38 à 28, selon les données de Pharmanet. Cette information ne répondra cependant pas à la question, car il n’est pas possible par ce biais de savoir si la personne est étudiante ou non, ni de savoir pourquoi elle prend ce médicament (pour se soutenir pendant les examens ou pour traiter un trouble en santé mentale).

    En outre, ces données ne donnent évidemment aucune information sur le deuxième type d'usage, celui qui découle d'un achat via Internet. Dans ce dernier cas, il s’agit d'un circuit parallèle et il est impossible de connaître le nombre de consommateurs et fortiori le nombre d'étudiants.

    Je n'ai donc pas reçus d'éléments me permettant de supposer que les actions actuelles ne suffisent pas et justifiant que j'interpelle le Ministre de l’Enseignement supérieur. Lui-même ne m'a jamais alertée à ce propos.

    En ce qui concerne les actions de sensibilisation que la Wallonie mène pour prévenir l'usage nocif d'un médicament hors prescription, elles s'intègrent dans les actions destinées à la prévention de l'usage de toutes les drogues, qu'elles soient légales ou non, prescrites ou obtenues via un circuit parallèle, notamment via Internet.

    En matière de prévention, la panoplie des acteurs est très large. En plus des centres agréés spécialisés en assuétudes, les centres locaux de promotion de la santé donnent des informations en tant que points d’appui assuétudes. Parmi les associations subventionnées, Citadelle, Canal J, Infor-Drogues ou encore l'AVAT, pour n'en citer que quelques-unes, offrent aux institutions qui en ont besoin (écoles notamment), des formations, des accompagnements de projets et des outils pour travailler la question des consommations. Je citerai encore d'autres ASBL soutenues par la Wallonie et qui travaillent avec un public jeune : Modus Vivendi, Alfa ou encore Univers santé. Cette dernière association est particulièrement spécialisée dans la promotion de la santé et la prévention dans un milieu étudiant. La prévention de la consommation de médicaments fait partie de ses objectifs. Les équipes de ces associations sont composées de professionnels, diplômés en médecine, santé publique, pharmacie ou psychologie, formés pour discerner les spécificités de ces produits.

    Néanmoins, mes compétences sont limitées en matière de prescription de médicaments. En effet, ma collègue, la Ministre fédérale de la Santé est compétente en ce qui concerne la collaboration avec les médecins et l'information du grand public, notamment sur les effets indésirables. Le Gouvernement fédéral informe d'ailleurs en détail la population sur les médicaments psychoactifs, par exemple via son site Internet. Les entités fédérées sont informées de ces actions via la Cellule Générale de Politique en matière de Drogues et via les groupes de travail de cette Cellule.

    En outre, en 2013, suite au constat de l’importante consommation de psychotropes dans notre pays, le Gouvernement fédéral a créé une plate-forme multidisciplinaire BelPep qui a pour objectif de favoriser un usage adéquat des médicaments psychoactifs. Des institutions telles que l’INAMI, le KCE et Sciensano ainsi que de nombreux experts sont représentées dans cette plate-forme. Les membres de la plate-forme se concertent pour déterminer les actions les plus appropriées pour la gestion de la prescription et de l'usage des médicaments psychoactifs. Suite à la Sixième réforme de l’Etat, les entités fédérées ont été invitées à participer à la plate-forme pour mener des actions concertées, chacun dans sa sphère de compétences.

    Plusieurs groupes de travail sont actifs au sein de BelPep dont un consacré aux jeunes. Celui-ci travaille sur l’usage adéquat de psychostimulants chez les enfants et les jeunes adultes (0 à 25 ans). Il se base essentiellement sur les résultats de la recherche, la sensibilisation des médecins et des autres secteurs, les réseaux et les trajets de soins, l’accès au traitement.

    L'AViQ est chargée de participer activement à BelPEP. Dans le cadre de cette plate-forme et, sur base de ce que l'Agence me rapportera, j'examinerai les actions supplémentaires qui devraient éventuellement être menées auprès des consommateurs de psychostimulants.