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Le Plan wallon sans tabac

  • Session : 2017-2018
  • Année : 2018
  • N° : 398 (2017-2018) 1
  • Question écrite du 30/05/2018
    • de TROTTA Graziana
    • à GREOLI Alda, Ministre de l’Action sociale, de la Santé, de l’Egalité des chances, de la Fonction publique et de la Simplification administrative
    Le 22 mai dernier, Madame la Ministre a présenté le Plan wallon sans tabac, en rappelant qu'en Belgique 40 personnes meurent tous les jours des suites du tabagisme.

    Ce sont 40 décès évitables, qui doivent pousser les pouvoirs publics à déployer une stratégie concertée reposant sur un large spectre d'actions, allant au-delà des mesures existantes qui, si elles sont nécessaires, montrent aussi leur limite, compte tenu à la fois des statistiques de décès dus au tabac et aux stratégies commerciales que l'industrie du tabac renouvellent sans cesse et qui peuvent saper les efforts des politiques mises en place.

    Par conséquent, loin de moi l'idée de remettre en question l'information, la sensibilisation et l'accompagnement proposés aux fumeurs et qui sont développées avec le soutien de la Région, bien au contraire.
    Mais comment véritablement réduire le nombre de fumeurs et par conséquent le nombre de décès dus au tabagisme ?

    Selon elle, une partie de la réponse réside dans l'interdiction pour les supermarchés de vendre des produits tabagiques, comme c'est le cas notamment en Autriche, en France, en Grèce, en Italie, au Portugal ou en Espagne.

    L'impact de cette interdiction a-t-il été mesuré et chiffré dans ces pays ?

    De quelles données dispose-t-elle en la matière pour proposer à son tour une telle interdiction ?

    Cela n'aurait-il pas pour principal effet un report des achats de tabac dans les autres commerces toujours autorisés à vendre ces produits et une augmentation des achats transfrontaliers, sans grand impact sur le tabagisme dans notre région ?

    Certains pays ou régions comme l’Irlande, l’Australie ou l’Écosse ont développé des stratégies de lutte anti-tabac qui portent leur fruit et font figure d'exemples. L'Irlande vise d'ailleurs moins de 5 % de fumeurs d'ici 2025.

    Les politiques qui y sont mises en place prouvent qu'une combinaison de mesures, parfois fortes, influence efficacement le nombre de fumeurs. Parmi ces mesures figurent notamment l'instauration du paquet neutre ou une politique de hausse soutenue des prix en usant de l’outil fiscal à un niveau suffisant pour provoquer une baisse effective et durable de la consommation tabagique.

    Si certaines mesures mises en œuvre à l'étranger dépendent pour notre part du Gouvernement fédéral, quels sont les efforts qu’elle déploie en leur faveur, au-delà d'un simple appel par voie de presse ?

    Pour ce qui nous concerne, quelles sont les mesures les plus fortes contenues dans le Plan wallon sans tabac ?

    Enfin, quant aux moyens, un budget de 822 000 euros annuels est dégagé pour l'ensemble des actions du Plan.

    Ces dernières années, quel était le budget consacré annuellement aux actions mises en place par la Wallonie en matière de lutte contre le tabagisme ?

    Quelle est la nouveauté du Plan en ce qui concerne les moyens budgétaires consacrés à la lutte anti-tabac ?
  • Réponse du 18/06/2018
    • de GREOLI Alda
    Les actions du Plan wallon sans tabac ne se contentent pas d'informer et de sensibiliser, loin de là. Le Plan comporte une série d'actions qui ont montré leur efficacité dans la diminution du tabagisme. Parmi ces actions, j'en citerai quelques-unes :
    - le FARES, le Fonds des affections respiratoires, réunit les partenaires et pilote le Plan (avec l'aide de l'AViQ et sous l'égide de mon cabinet). Il reçoit pour cela 51 000 euros. Le FARES reçoit également près de 270 000 euros pour des actions spécifiques qui consistent principalement à former et à accompagner les professionnels en contact avec des fumeurs dans la gestion du tabagisme ;
    - la Fondation contre le cancer est financée à hauteur de 315 000 euros pour un autre dispositif particulièrement important : la ligne téléphonique Tabacstop, dont le numéro est renseigné sur les emballages des paquets de tabac. Des tabacologues organisent des coachings spécifiques qui ont démontré leur efficacité pour aider les fumeurs à arrêter ;
    - l'institut Bordet gère pour sa part deux programmes d’aide au sevrage tabagique, pour un total de 62 000 euros. L'un pour les jeunes de 15 à 25 ans et l'autre pour les personnes sans emploi ;
    - le SEPT, le Service d'étude et de prévention du tabagisme, reçoit 50 000 euros pour accompagner la cessation tabagique en hôpital psychiatrique ou en prison et pour soutenir les professionnels de ces institutions ;
    - en plus, la Wallonie donne 18 000 euros à la Société scientifique de médecine générale pour soutenir le médecin de famille qui est le premier référent santé dans le domaine du tabagisme, ainsi que 15 000 euros pour la Fédération des maisons médicales, afin de les soutenir dans la mise en œuvre de projets pluridisciplinaires autour du tabagisme.

    Il s'agit donc d'actions concrètes et dont l'efficacité peut être mesurée. Elles sont dirigées vers les différentes conséquences négatives du tabagisme : que ce soit sur la santé du fumeur (avec l'aide des médecins, dentistes et pharmaciens pour les médicaments de substitution nicotinique), sur sa famille ou sur l'environnement dans lequel il vit.

    Ces actions devraient être assorties de mesures structurelles telles qu'une augmentation du coût du tabac pour le consommateur, l'interdiction totale de la publicité pour le tabac (y compris sur les points de vente), le paquet neutre et, dans le même ordre d'idée, l'interdiction de montrer des paquets de tabac dans les magasins et l'interdiction de la vente de tabac dans les grandes surfaces. C’est dans ce cadre que j’ai sensibilisé les grands magasins sur l’impact de la vente libre de tabac au grand public.

    En ce qui concerne cette dernière interdiction, elle a pour objectif principal de réduire l’accessibilité du tabac auprès des jeunes. Le tabac n’est en effet pas un produit de consommation anodin ni un produit de première nécessité. Dans les grandes surfaces, rendre le tabac invisible est un premier pas, supprimer la vente de tabac devrait être le suivant.

    On ne dispose pas encore de données sur l'effet de cette interdiction, qui est assez récente. Cependant, l'interdiction de montrer des paquets de tabac à l'intérieur des magasins a entraîné une diminution de l'achat de tabac par les jeunes. On pourrait donc en déduire qu'a fortiori l'interdiction de la vente de tabac dans les grands magasins diminuerait l'achat de tabac par les jeunes. Les deux mesures devraient sans doute être combinées pour renforcer leur efficacité.

    Le risque de voir les fumeurs acheter leur tabac dans les pays frontaliers est limité par les mesures plus sévères prises par ces mêmes pays pour lutter contre le tabagisme. Excepté au Luxembourg, le tabac est ainsi plus coûteux dans les pays limitrophes ainsi qu'en Grande-Bretagne. Dans ces pays, le tabac est également moins accessible qu'en Belgique :
    - la France a rendu obligatoire le paquet neutre, les points de vente sont limités et la vente aux mineurs est interdite. Ces mesures ont sans doute contribué à dénormaliser le tabac et à en réduire l’attrait pour les plus jeunes. En tout cas, la France a enregistré une baisse du tabagisme entre 2016 et 2017. Il y aurait ainsi 1 million de fumeurs en moins ;
    - les Pays-Bas évoluent de plus en plus vers une société « non-fumeurs ». Deux chaînes du secteur de la grande distribution (Kruidvat d’abord et Lidl désormais) ont décidé de stopper progressivement la vente de produits de tabac d'ici 2022 ;
    - en Allemagne, la vente de cigarettes est également interdite aux mineurs et les distributeurs sont équipés pour refuser la vente aux moins de 18 ans ;
    - en Grande-Bretagne, les cigarettes ne sont plus visibles dans les commerces, que ce soit dans les grandes surfaces ou les petits points de vente.

    Même si de nombreuses compétences échappent à la Wallonie pour renforcer la lutte contre le tabagisme, les acteurs du Plan travaillent avec les décideurs politiques locaux (les communes et les provinces notamment) pour soutenir des actions et des mesures qui visent non seulement la dénormalisation du tabac, mais également la création d’environnements sans tabac. Les actions, parfois ponctuelles selon les activités déployées par les communes, consistent notamment à proposer des lieux publics ou des activités sans fumée, dans l'intérêt du public et surtout des enfants qui y sont présents.

    Les actions du Plan wallon sans tabac sont subventionnées pour un total de 822 000 euros. Les années précédentes, ce montant était sensiblement le même à quelques milliers d'euros près. Le budget sera pérennisé sur la base de conventions pluriannuelles. Pour vérifier s'il n'y a pas des actions prioritaires à renforcer ou initier, une concertation a débuté avec les partenaires du dispositif, sous l'égide de mon cabinet.