La présence du castor européen dans le bassin de l’Escaut
Session : 2023-2024
Année : 2024
N° : 360 (2023-2024) 1
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Question écrite du 21/03/2024
de DURENNE Véronique
à TELLIER Céline, Ministre de l'Environnement, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité et du Bien-être animal
D'après la presse locale, de nombreuses traces laissent penser qu'une famille de castors s'est installée le long de l'Escaut entre Pecq et Celles.
Les services de Madame la Ministre ont-ils eu vent de tels éléments ?
Le Département de la Nature et des Forêts (DNF) a-t-il été mis au courant ? Dans l'affirmative, s'est-il rendu sur place ? Si oui, quelles conclusions le DNF en a-t-il tirées ?
S'agit-il là d'un retour à long terme du castor européen dans le bassin de l'Escaut ?
Réponse du 28/05/2024
de TELLIER Céline
Des traces de présence de castor et de son installation dans le bassin de l’Escaut ont effectivement été relayées dans la presse.
Il s’agit en effet d’un retour puisque l’espèce, disparue de notre région vers le milieu du 19e siècle du fait des différentes pressions d’origine anthropique, recolonise aujourd’hui son aire de répartition naturelle. Profitant d’une série de réintroductions clandestines à la fin des années 1990, l’espèce a progressivement recolonisé nos cours d’eau au cours des années 2000. Le castor est aujourd’hui présent dans de nombreux bassins versants wallons, certains étant largement occupés par l’espèce, alors que d’autres présentent encore un potentiel de colonisation.
La présence du castor en Wallonie Picarde et plus précisément dans les bassins de la Dendre, de l’Escaut et de la Lys est récente et encore ponctuelle, mais les observations de traces de passages, d’activités voire d’installations d’individus se confirment depuis trois ans au niveau de bras de l’Escaut, sur son ancien tracé, et sur de petits affluents. Il s’agirait vraisemblablement d’individus subadultes venus de Flandre. Actuellement trois sites ont été recensés avec des traces d’activités telles que l’écorçage et l’abattage d’arbres et la présence d’une hutte, qui laissent penser qu’une famille s’y est installée durablement.
Le bassin de l’Escaut ne présente toutefois pas un potentiel d’accueil optimal pour l’espèce, du fait de l’importante l’anthropisation du milieu et surtout des profondes modifications hydromorphologiques du cours d’eau et de sa plaine réalisées au cours des deux derniers siècles, notamment pour favoriser la navigabilité : élargissements, reprofilage et artificialisation des berges, section de nombreux méandres ou encore le drainage des zones humides, etc. Le cours d’eau est peu hospitalier et peu attractif pour le castor, ce qui en fait un canal de dispersion peu privilégié par les individus en quête de territoire.
La recolonisation des cours d’eau wallons par cette espèce peut être considérée comme une bonne nouvelle, étant donné que, globalement, le rôle joué par le castor pour la biodiversité est positif. Le castor a la capacité d’aménager son habitat pour répondre à ses besoins (assurer sa sécurité, faciliter son accès aux ressources alimentaires), avec parfois une transformation importante des milieux et notamment une renaturation qui profite à une toute une série d’espèces. De même, par la création de milieux humides, il peut jouer un rôle positif sur le régime d’écoulement de l’eau.
Toutefois, l’activité du castor peut causer des difficultés de cohabitation. Les problèmes fréquemment rencontrés ont trait à l’abattage d’arbres, à l’obstruction de pertuis et à la construction de barrages pouvant causer des débordements de cours d’eau ou encore l’endommagement de berges d’étangs. Actuellement, au niveau du bassin de l’Escaut, aucun problème n’a été recensé, et aucune plainte n’a été adressée à l’administration ou au Contrat de Rivière Escaut-Lys. Les services du DNF restent néanmoins vigilants quant à la potentielle expansion du castor dans cette zone afin d’anticiper les nuisances et de favoriser la cohabitation avec l’espèce.