Participation du Parlement de Wallonie à la 4e édition du Symposium fiscal de l’Union européenne
( 20-03-2026 )
La quatrième édition du Symposium fiscal de l’Union européenne coorganisée par le Parlement européen et la Commission européenne intitulée « L’avenir de la fiscalité : inégalités et croissance dans l’économie mondiale » s’est déroulée ce 17 mars 2026 au Parlement européen à Bruxelles.
Le Parlement de Wallonie était représenté par M. Borsus, Président du Parlement.
Les travaux ont notamment été ouverts par Mme Katarina Barley, Vice-présidente du Parlement européen, et M. Gerassimos Thomas, Directeur général pour la fiscalité et l’Union douanière à la Commission européenne, qui ont souligné que les défis fiscaux actuels présentent une dimension mondiale, notamment en matière d’évasion fiscale et de transferts de bénéfices des multinationales, rappelant qu’aucun État membre ne peut y faire face seul.
Ils ont dès lors insisté sur la nécessité d’une action coordonnée au niveau européen afin de concilier le soutien à la croissance économique avec la lutte contre les inégalités, tout en mettant en évidence l’ampleur des pertes de recettes fiscales au sein de l’Union européenne.
La réunion a ensuite été marquée par les interventions de nombreuses personnalités, dont notamment MM. Mathias Cormann, Secrétaire général de l’OCDE, Philippe Aghion, prix Nobel d’économie 2025, et Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001.
M. Mathias Cormann a souligné le rôle que joue l’OCDE en matière de coopération fiscale internationale et a, à cet égard, détaillé le Plan d’action en 15 points visant à lutter contre la base d’imposition et le transfert des bénéfices. Celui-ci repose sur deux piliers :
- le premier vise à réallouer une partie des bénéfices des multinationales vers les pays où se trouvent leurs consommateurs ;
- le second, qui a récemment fait l’objet d’un accord, instaure un taux minimum d’imposition de 15 % pour les grands groupes réalisant au moins 750 millions d’euros de chiffre d’affaires mondial.
Le Secrétaire général de l’OCDE a enfin souligné que la mise en œuvre de ces deux piliers demeure un enjeu majeur, marqué par des divergences importantes entre les États-Unis et l’Union européenne.
Par ailleurs, un débat s’est tenu sur le thème « Avenir de la fiscalité : équité globale et croissance dans une nouvelle ère économique », réunissant MM. Philippe Aghion et Joseph Stiglitz. Les échanges ont notamment porté sur la manière dont la fiscalité peut contribuer à concilier croissance économique et réduction des inégalités.
M. Stiglitz a mis en exergue une triple crise -climatique, sociale et démocratique. Il a souligné le manque d’investissements de l’Union européenne dans les énergies renouvelables au profit du gaz naturel liquéfié depuis le début de la guerre en Ukraine, ce qui accroît sa vulnérabilité dans le contexte des tensions actuelles au Moyen-Orient. L’économiste a, dans ce cadre, plaidé pour l’introduction d’une taxe carbone européenne à un niveau élevé (au-delà de 100 euros la tonne de CO₂) afin de favoriser la transition énergétique. Il a également insisté sur le creusement des inégalités et soutenu l’instauration d’une taxe sur le patrimoine des ultra-riches inspirée des travaux de Gabriel Zucman, qui pourrait générer des recettes significatives à l’échelle européenne.
M. Stiglitz a par ailleurs exprimé des réserves à l’égard de l’approche fiscale internationale actuelle portée par l’OCDE, estimant qu’elle demeure insuffisante, et s’est montré plus favorable aux discussions en cours au sein des Nations unies en vue d’une convention internationale sur la fiscalité. Il a également évoqué la pertinence d’une fiscalité spécifique liée à l’intelligence artificielle afin de contribuer au financement de biens publics, notamment dans le domaine de l’information.
Pour sa part, M. Aghion a, mis l’accent sur la nécessité de renforcer l’innovation au sein de l’Union européenne et de soutenir la croissance des start-up européennes, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle, tout en préservant le modèle social européen. Il a également souligné l’importance d’adapter les règles de concurrence pour favoriser l’émergence de nouveaux acteurs innovants.
Répondant à M. Stiglitz, M. Aghion est d’avis que l’introduction d’une taxation de type « Zucman » ne doit pas miner la croissance des start-up européennes actives dans l’IA. Enfin, il a mis en avant le modèle de flexicurité danois comme un levier permettant d’accompagner les mutations engendrées par l’IA sur le marché du travail. Enfin, la journée s’est poursuivie par un échange consacré aux mesures fiscales visant à lutter contre la crise du logement en Europe. L’accès à un logement décent s’impose en effet comme un enjeu de plus en plus central au niveau européen, au regard de ses implications tant en matière de cohésion sociale que de performance économique. Dans ce contexte, la Commission européenne a présenté, en décembre 2025, son premier plan européen pour le logement.
