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L'impact du coût de l'électricité sur la compétitivité des entreprises wallonnes

  • Session : 2024-2025
  • Année : 2024
  • N° : 49 (2024-2025) 1

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  • Question écrite du 12/12/2024
    • de EVRARD Yves
    • à NEVEN Cécile, Ministre de l'Energie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports
    Le coût de l'électricité, qui représente une part importante des dépenses d'exploitation, exerce une pression considérable sur la santé financière des entreprises wallonnes.

    À partir du 1er janvier 2025, les frais de transmission d'électricité augmenteront de manière significative, doublant ainsi le prix du MWh à environ 6 euros.

    Cette hausse entraînera nécessairement une augmentation notable des coûts annuels pour nos entreprises.

    Selon le récent rapport Draghi, les coûts énergétiques en Europe, deux à trois fois plus élevés qu'aux États-Unis ou en Chine, risquent d'aggraver l'écart de compétitivité avec d'autres régions du monde.

    En Wallonie, les prix de l'électricité se révèlent également supérieurs à ceux des pays voisins, qui bénéficient parfois de réductions sur les tarifs des réseaux de transport, comme en France ou en Allemagne.

    La DPR prévoit, entre autres, que le Gouvernement s'assurera de maintenir des prix de l'énergie abordables pour les entreprises et que la compétitivité énergétique des entreprises sera améliorée, en tenant compte des prix pratiqués chez nos voisins et concurrents directs.

    Quelle analyse politique Madame la Ministre fait-elle de cette situation ?

    Quels leviers régionaux peuvent être mobilisés pour soulager nos petites et moyennes entreprises (PME) ?

    Un plan à long terme visant à garantir l'accès de nos entreprises à des sources d'énergie bas carbone, fiables, prévisibles et à des prix compétitifs est-il envisagé ?
  • Réponse du 20/01/2025
    • de NEVEN Cécile
    Le coût de la transition énergétique revêt un caractère essentiel pour le Gouvernement qui souhaite maintenir un prix abordable pour les ménages et les entreprises.

    L’augmentation des tarifs de transports au 1er janvier 2025, que l’honorable membre mentionne, est conforme à la proposition tarifaire adaptée d’Elia pour la période régulatoire 2024-2027 telle qu’approuvée par la CREG le 9 novembre 2023. Ces tarifs doivent permettre au gestionnaire de réseau de transport, Elia Transmission Belgium, d’accomplir ses missions légales, dont son plan d’investissement qui s’élève à un montant de 6,4 milliards d’euros pour la période 2024-2027. Ce plan d’investissement contribue à la transition énergétique en cours et à la diversification des sources d’approvisionnement en électricité du pays. Cette augmentation des tarifs n’est donc pas une nouvelle décision effectuée en 2024, mais est le résultat d’un processus d’approbation des tarifs par la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (CREG) au niveau fédéral qui s’est clôturé fin 2023.

    Je tiens également à préciser que la valeur de 6 euros par MWh qu’il mentionne est le résultat d’une simulation tarifaire pour une entreprise avec son profil de consommation individuel. La valeur absolue de l’augmentation pour chaque entreprise dépend notamment du réseau auquel elles sont raccordées, de leur puissance contractuelle, de leur profil de consommation, dont notamment la puissance de pointe annuelle et mensuelle, et de leur consommation annuelle.

    Le récent rapport Draghi mentionne en effet le fait que les entreprises européennes font face à des prix de l’électricité 2 à 3 fois supérieurs à ceux en Chine et aux États-Unis. Ce rapport indique également comme prioritaire la diminution des prix de l’énergie et de leur volatilité.

    En juin 2024, l’Union européenne a réformé le marché de l’électricité pour garantir des prix abordables et compétitifs à tous les consommateurs. Le règlement (UE) 2024/1747 encourage le recours aux Accords d’Achat d’Électricité (AAE), des contrats bilatéraux basés sur les prix du marché. Ces accords assurent une stabilité des prix à long terme pour les clients et offrent aux producteurs la sécurité nécessaire pour investir. La stratégie « inter-vectorielle », définie ci-dessous, comportera un volet dédié à l’électricité, analysera notamment les mesures à mettre en place afin de stimuler le recours à ces AAE, tout en prévoyant les dispositions nécessaires afin que les PME et les petits acteurs sans notation de crédit y aient accès.

    La comparaison des prix de l’électricité en Wallonie avec les pays voisins tels que l’Allemagne, les Pays-Bas, la France est un exercice complexe vu les nombreuses hypothèses nécessaires afin de comparer objectivement les différentes catégories de consommateurs. À la demande conjointe des quatre régulateurs de l'énergie (la CWaPE, la VREG, Brugel et la CREG), l’entreprise PwC a mené une étude comparative des prix de l'électricité et du gaz naturel en Belgique et dans les pays qui nous entourent (Allemagne, France, Pays-Bas et Royaume-Uni). Cette étude, publiée en mai 2024, compare les prix de l'électricité et du gaz naturel pour les consommateurs résidentiels, les petits professionnels et les industriels entre la Belgique et quatre pays voisins. Cette étude conclut notamment que la Belgique est le pays le plus compétitif par rapport à l’Allemagne, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni pour le segment « Grand professionnel », correspondant à une PME ayant une consommation annuelle d’électricité de 160 MWh. Quant aux entreprises industrielles wallonnes ayant des consommations annuelles comprises entre 2 000 et 500 000 MWh, l’étude conclut que la compétitivité de l'industrie belge s'est nettement améliorée entre 2023 et 2024. En Flandre et en Wallonie, tous les secteurs étudiés ont un avantage concurrentiel, tant pour les entreprises non électro-intensives que pour les entreprises électro-intensives, seuls les plus gros consommateurs industriels stable et continue (baseload) bénéficient de prix de l’électricité plus favorables en France qu’en Belgique. En revanche, si l’on se réfère à l’analyse effectuée par Deloitte, mandatée par Febeliec, la Fédération des consommateurs industriels d’énergie de Belgique, les entreprises industrielles belges achètent encore toujours leur électricité de 10 à 21% plus chère que la moyenne des prix entre la Belgique, les Pays-Bas, la France et l’Allemagne. Ces études mettent en lumière les résultats d'une analyse comparative sur les prix de l'électricité, montrant une compétitivité accrue en Belgique pour certains segments, mais aussi des défis persistants pour les entreprises industrielles. Cela souligne l'importance de poursuivre les efforts pour garantir des prix compétitifs dans un contexte complexe.

    Comme j'ai déjà eu l’occasion de le préciser, nous allons lancer plusieurs chantiers sur ce point.

    Premièrement, nous lancerons des travaux visant à l’extension de la norme énergétique fédérale aux composantes régionales de la facture d’électricité. Ce levier stratégique permettrait au Gouvernement de clarifier et de simplifier l’impact financier de ses politiques énergétiques sur les factures, tout en adaptant cet impact aux fluctuations conjoncturelles et aux variations des prix de l’énergie, tant pour les entreprises que pour les citoyens. Cette initiative sera étudiée en concertation avec les parties prenantes et la CWaPE, le régulateur wallon de l’énergie, pour garantir sa faisabilité ainsi qu’une mise en œuvre cohérente et efficace.

    Ensuite, nous travaillerons à la mise en place d’un mécanisme de soutien aux énergies décarbonées révisé, qui se voudra plus efficient et vertueux, qui va de pair avec la stratégie de stimulation des PPA mentionnées ci-dessus.

    Enfin, la volonté de ce Gouvernement est d’arrêter une stratégie dite « inter-vectorielle ». En effet, actuellement, il existe un grand nombre d’études et de stratégies traitant du potentiel de différents vecteurs énergétiques, tels que l’électricité renouvelable, le gaz, la chaleur, etc. Mais il n’existe pas encore de stratégie intégrée. Cette stratégie sera centrale en ce qu’elle identifiera les potentiels de production et de consommation des différents vecteurs énergétiques et de décarbonation et devra précisément permettre d’adapter les réseaux en fonction de ceux-ci.

    Ces initiatives visent à assurer à nos entreprises un accès à des sources d'énergie bas carbone, fiables, prévisibles et compétitives, en activant les leviers issus des compétences spécifiques de la Région wallonne en matière d'énergie.