à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
Le 4 février dernier s'est tenue la 4ᵉ édition du Forum de l'Autonomie fourragère à la Haute École Provinciale de Hainaut-Condorcet, à Ath. Cet événement, organisé conjointement par la FUGEA et les parcs naturels du Pays des Collines et des Plaines de l'Escaut, est devenu un rendez-vous incontournable pour le secteur agricole en Région wallonne.
Ce forum rassemble agriculteurs, écoles agricoles et professionnels du secteur autour de la question cruciale de l'autonomie fourragère. Il constitue également une opportunité précieuse pour échanger avec des experts, découvrir des pratiques innovantes et approfondir ses connaissances à travers conférences et ateliers pratiques.
Je sais que le Service public de Wallonie y était représenté par la Direction de l'analyse économique agricole (DAEA).
Madame la Ministre peut-elle préciser quels autres services publics wallons ont également pris part à cet événement ?
Quel bilan peut-elle tirer de leur participation et de leurs éventuelles contributions aux débats et travaux du forum ?
Elle le sait, l'autonomie fourragère complète reste encore marginale en Wallonie. En effet, l'herbe standard et le fourrage grossier ne fournissent pas toujours un apport protéique suffisant pour répondre aux besoins du bétail. De nombreux agriculteurs doivent ainsi recourir à l'achat de compléments, comme le soja importé, bien que certains privilégient des variétés locales, notamment des graminées.
Dans ce contexte, Madame la Ministre peut-elle dresser un état des lieux de l'évolution de l'autonomie fourragère en Wallonie ces dernières années ?
Quelles tendances observe-t-on en matière d'importation d'aliments pour le bétail ?
Par ailleurs, quelles actions concrètes sont mises en place par la Wallonie pour accompagner les agriculteurs vers une plus grande autonomie fourragère ?
Dispose-t-on de données chiffrées sur le nombre d'exploitations agricoles ayant atteint une autonomie fourragère totale ou partielle sur notre territoire ?
Enfin, comment s'effectue la transition pour les agriculteurs souhaitant s'engager dans cette démarche ?
Existe-t-il un dispositif de certification permettant de valoriser les exploitations wallonnes engagées dans l'autonomie fourragère ?
Réponse du 04/04/2025
de DALCQ Anne-Catherine
Lors de cette 4e édition du Forum de l’autonomie fourragère, outre la Direction de l’analyse économique agricole (DAEA) en charge de l’exposé d’introduction, la Direction de la recherche et du développement, faisant partie du comité d’accompagnement de la convention de la FUGEA était également présente.
Comme évoqué lors de cet événement, la recherche d’une autonomie fourragère plus importante, voire totale, repose sur une maîtrise poussée dans la gestion de la production des fourrages et de l’alimentation des herbivores. Cette maîtrise s’avère aujourd’hui de plus en plus complexe et doit sans cesse être remise à jour dans le contexte du changement climatique qui impacte la croissance des fourrages. Toutefois, ce changement climatique ouvre aussi la perspective de cultiver d’autres plantes à l’avenir. Si l’autonomie fourragère complète est encore peu fréquente, il n’en reste pas moins que la Wallonie dispose d’atouts non négligeables, notamment grâce à sa superficie importante en prairies permanentes et cultures fourragères. En revanche, l’autonomie en concentré et en protéines est moins développée.
D’après le site de la Banque Nationale de Belgique (BNB), entre 2022 et 2024, la quantité annuelle moyenne importée, exportations déduites, du soja sous forme de graines, de farines et de tourteau est relativement stable et de l’ordre de 1 165 000 tonnes. Ces produits sont destinés essentiellement à l’alimentation animale et notamment aux granivores essentiellement présents en Flandre, la Wallonie n’ayant que 6 % du cheptel porcin et 14 % de l’effectif avicole. Il est cependant délicat de déterminer précisément le degré d’autonomie au niveau régional.
Selon une étude réalisée par le Centre de recherches agronomiques de Gembloux (CRA-w), l’autonomie protéique de l’élevage wallon est de l’ordre de 83 % pour les années 2014 à 2016. À l’échelle régionale, les bovins nécessitent 87,5 % des ressources totales en protéines et 77,4 % des ressources en matières riches en protéines (MRP). Bien que relativement égaux dans les besoins en protéines totales, 49,8 % des matières riches en protéines sont destinées au troupeau laitier alors que seulement 27,6 % se dirigent vers le troupeau allaitant. Les monogastriques sont des productions minoritaires en Région wallonne et ne représentent que 11,3 % des besoins totaux et 22,5 % des besoins en matière riches en protéines. Les protéines restantes (1,2 %) alimentent les moutons, chèvres et chevaux (0,1 % des MRP).
Plus de 80 % des protéines totales sont produites par les cultures fourragères et les céréales, en Wallonie. De ce fait, la très grande majorité de nos exploitations d’élevage ont déjà une autonomie partielle, à l’exception de quelques unités d’élevage granivore hors sol.
Parmi les actions mises en place pour améliorer l’autonomie fourragère des exploitations, on peut citer évidemment la mesure agroenvironnementale climatique (MAEC) « Autonomie fourragère » qui présente un double objectif, d’une part d’encourager les exploitations avec une faible charge en bétail et d’autre part, maintenir les prairies permanentes. Cette mesure rencontre un vif succès, ainsi en 2022, c’est plus de 1 320 exploitations pour une superficie de 65 000 ha qui ont bénéficié de cette aide.
L’écorégime « prairies permanentes conditionnées à la charge en bétail » vise également à maintenir la prairie permanente et à valoriser les exploitations selon des charges en bétail.
Une autre action mise en place via les écorégimes est la mesure « cultures favorables à l’environnement » qui pour certaines de ses variantes encourage la culture de légumineuses fourragères ou de mélanges comportant des légumineuses. La mise en place de ces cultures de légumineuses permet d’augmenter les teneurs en protéines des fourrages et de ce fait de réduire les besoins en protéines achetées.
Enfin, mon administration soutient les infrastructures d’encadrement dont, notamment, l’ASBL Fourrages Mieux et AgraOst qui assurent un soutien technique pour la gestion des fourrages, et le Centre-Pilote des Céréales et des Oléo-protéagineux (CePiCOP) qui étudie et vulgarise les techniques de cultures notamment protéagineuses. Ces infrastructures valorisent également le fruit de recherches menées par les institutions soutenues par la région tel que le CRA-w qui a participé aux projets Autoprot, Effort, et cetera.