à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
En 2025, les maisons de repos en Belgique traversent une période de transition importante, marquée par des défis liés au vieillissement de la population, à l'accessibilité financière et à la pénurie de personnel.
Cependant, des initiatives innovantes et des réformes se mettent en place pour répondre à ces enjeux.
La Belgique, comme de nombreux pays européens, fait face à un vieillissement rapide de sa population. Selon les chiffres de Statbel, environ 20 % des Belges ont plus de 65 ans en 2025, et cette proportion ne cesse d'augmenter. Les implications de cette tendance pour les maisons de repos sont multiples : - augmentation de la demande ; - complexité des soins ; - diversité des attentes ; - pénurie de personnel ; - des conditions de travail exigeantes ; - un désintérêt des jeunes pour les carrières dans le secteur des soins ; - taux de rotation du personnel élevé ; - coût des maisons de repos ; - santé mentale et isolement des résidents.
Face à ces défis, des solutions novatrices, publiques et privées émergent pour améliorer la qualité de vie des résidents et l'efficacité des établissements.
Quelles sont les pistes de M. le Ministre pour relever les défis du bien vieillir en Wallonie ? Pour lutter contre l'isolement des seniors ?
La technologie et l'intelligence artificielle sont-elles des pistes de solutions parmi d'autres pour améliorer et transformer le quotidien des seniors et de leur lieu de vie ?
M. le Ministre a-t-il des exemples qui méritent le soutien de la Wallonie ?
Une réflexion sur l'habitat et la réinvention des espaces lui semble-t-elle indispensable en concertation avec ses collègues ministres du Logement et de l'Énergie, mais aussi de l'Urbanisme pour promouvoir l'autonomie des seniors et la lutte contre la précarité énergétique de ceux-ci ?
Quelles réformes et quel soutien public M. le Ministre compte-t-il déployer concrètement pour le secteur des maisons de repos ? Dans quels délais ?
Quelle est sa feuille de route face à cette urgence ?
Des programmes de formation accélérée existent-ils pour permettre d'attirer et former rapidement du personnel qualifié, notamment par le biais de stages rémunérés et de formations flexibles ?
Réponse du 16/04/2025
de COPPIETERS Yves
L’AViQ exerce des compétences diverses à destination des aînés, qu’il s’agisse de l’offre hospitalière gériatrique, de l’aide et des soins à domicile, des centres d’accueil et de soins de jour, de l’hébergement dans les maisons de repos, des services spécialisés en santé mentale ou encore d’aides spécifiques pour les personnes en situation de handicap vieillissantes.
Dans ce contexte, compte tenu de la conception de la protection sociale wallonne, une vision transversale se développe peu à peu concernant la politique du vieillissement de la population. En effet, sous l’égide de mon Cabinet, une méthodologie a récemment été élaborée sous 4 axes contenant une phase diagnostique, une stratégie, des outils et un volet financement et réunissant experts, acteurs et scientifiques. La démarche aboutira devant le Gouvernement et le Parlement.
Concernant le diagnostic, la rédaction d’un rapport est planifiée avant l’été reprenant l’ensemble des données collectées au sein de l’AVIQ et dans d’autres structures ou études. Cette récolte se fait en partenariat avec le Haut Conseil de la stratégie et l’IWEPS. Les données concernent les personnes de + de 65 ans, les personnes en situation de handicap et les personnes atteintes de maladies chroniques.
Différents domaines sont ciblés au sein de la collecte dont les indicateurs démographiques du vieillissement, les enjeux du genre, l’état de santé, le pouvoir d’achat et revenus, le numérique, le logement, l’offre de protection sociale, l’emploi ainsi que la culture et la cohésion sociale.
Concernant la stratégie, elle favorisera un vieillissement actif, inclusif et durable en améliorant la continuité des parcours de vie et en préservant l’autonomie des aînés. Il sera question de déplacer les moyens de l’aval en amont via la désinstitutionnalisation progressive et équilibrée par rapport aux besoins du citoyen. Il sera également question de coordination des lignes et acteurs sur une base territoriale afin d’éviter les silos. Et enfin, la diversification des formules de prise en charge « care et cure », ainsi que l’innovation sociale sont également nos priorités. Cette méthodologie a été validée par le Cabinet.
L’AViQ est consciente du développement croissant de l’intelligence artificielle (IA) et de son intégration dans de nombreux secteurs. Toutefois, son usage concret dans les établissements pour aînés reste encore peu documenté. Actuellement, des logiciels utilisant l’IA ont été implémentés au sein de quelques maisons de repos en Wallonie de façon préventive au risque de chutes.
Afin de mieux évaluer sa place actuelle et future, l’AViQ va lancer, en collaboration avec l’Agence du Numérique, un questionnaire de maturité numérique. Destiné aux directions d’établissements, il dresse un état des lieux des usages numériques, avec un focus sur l’IA : ses usages, ses domaines d’application, et les freins ou leviers perçus à son adoption, la priorité étant donnée à la digitalisation de la facturation et de l’admission en maison de repos qui est planifiée pour l’exercice 2026. La diffusion est prévue ce printemps, et un rapport de diagnostic sera publié d’ici la fin de l’année. Cette démarche vise à mieux identifier les besoins du secteur et à accompagner une intégration progressive, pertinente et éthique de l’IA au sein des établissements.
Concernant l’isolement social des aînés, nous savons que même si des personnes âgées de 65 ans et plus souffrent de solitude à domicile ou en maison de repos, plusieurs études portant sur le sentiment de bonheur de nos concitoyens démontrent que la catégorie des 66-75 ans se sent la plus heureuse. Après 75 ans, le sentiment de bonheur diminue légèrement, tout en restant sensiblement plus élevé que pour la tranche des 46-55 ans. Nous sommes donc loin du mythe des personnes âgées malheureuses et isolées. Néanmoins, des facteurs environnementaux défavorables (perte financière, isolement géographique …) peuvent entraîner le repli social indépendamment de l’état de santé de la personne, même si ce dernier facteur peut être précipitant. Nous savons aussi combien le bien-être des aînés peut être sensiblement amélioré en garantissant les conditions optimales de leur participation : ancrage local, mobilité, engagement, intégration familiale … Leur participation sociale est donc un facteur de prévention majeur.
La future révision et la simplification des normes d’encadrement et d’hébergement des MR.S prendront principalement en compte la qualité de l’accueil et du bien-être des personnes âgées, en ce inclus le développement des alternatives d’habitat, la population vieillissante en étant demandeuse. L’ensemble de l’écosystème doit être repensé notamment en considérant la volonté des Wallons et des Wallonnes quant à leur vieillissement et cela ne concerne pas seulement les MR.S.
D’ailleurs, en réponse à l’enjeu de développer des alternatives durables pour une vie à domicile, l’AViQ va prochainement mettre en place des actions de visibilité visant à sensibiliser les professionnels de la santé aux missions des centres d’accueil (et de soins) de jour. Actuellement, nous comptons 80 centres en Wallonie, répartis sur l’ensemble du territoire. Par ailleurs, cinq centres de jour et centres de soins de jour font partie d’un projet pilote européen (projet FSE A000779), dont l’objectif est de renforcer le trajet de soins avec les professionnels de la première ligne, d’une part, et de soutenir les aidants proches d’autre part. L’articulation entre les offres du domicile et du résidentiel ou de l’accueil de jour est donc un élément fondamental de cette réflexion que je souhaite mener. Un référentiel sera disponible à cet effet en février 2026.