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La prévention et le dépistage du cancer du côlon en Wallonie

  • Session : 2024-2025
  • Année : 2025
  • N° : 282 (2024-2025) 1

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  • Question écrite du 08/04/2025
    • de DEWEZ Arnaud
    • à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
    Selon une étude menée en 2023 par la revue BMJ Oncology, le taux de cancers dans le monde a quasiment doublé chez les moins de 40 ans entre 1990 et 2019, enregistrant une augmentation d'environ 80 %. Les cancers colorectaux font partie des types de cancer dont l'incidence a augmenté entre 2000 et 2020 en France, notamment parmi les adolescents et les jeunes adultes – avec le cancer du sein, du rein, du cerveau.

    Ces chiffres observés à l'échelle internationale sont-ils également perceptibles en Région wallonne ?

    Le taux de cancers en Wallonie a-t-il fortement augmenté ces dernières années ?

    Les maladies digestives, telles que le cancer du côlon, touchent ainsi de plus en plus de jeunes, et leurs causes restent largement inconnues.

    Dans sa Déclaration de politique régionale (DPR), le Gouvernement prévoit que : « les stratégies de prévention seront également renforcées, aussi bien en augmentant les moyens qu'en revoyant les dispositifs actuels afin de mieux prévenir les maladies cardiovasculaires, les cancers, le diabète et autres maladies chroniques (…) ».

    Quelles mesures sont actuellement mises en place en Wallonie pour dépister le plus tôt possible le cancer du côlon ?

    Quels sont les leviers concrets sur lesquels nos concitoyens peuvent s'appuyer afin de sensiblement diminuer le risque de cancer du côlon ?

    Selon le gastro-entérologue français Christophe Cellier, « une petite frange de la population développe des cancers avant 50 ans – âge où débute le dépistage organisé du cancer colorectal ». Cependant, ces personnes n'osent pas toujours en parler, ce qui conduit parfois à des diagnostics tardifs.

    Quelles actions sont menées en Wallonie pour aider ces individus à oser en parler et à se faire diagnostiquer rapidement ?

    La DPR énonce également que : « Le Gouvernement définira, en s'appuyant sur les expertises, ses objectifs d'amélioration de la santé, en cohérence avec les objectifs de santé interfédéraux, particulièrement en matière de : dépistages précoces de différentes pathologies (cardiovasculaires, cancers, diabète…) et de vaccination (…) ».

    Concernant le dépistage, en Wallonie, le test est gratuit tous les deux ans à partir de 50 ans – jusqu'à 74 ans. En sachant que la population vieillit, est-il envisageable de rendre ce test gratuit au-delà des 74 ans ?

    Des campagnes d'informations sont-elles menées afin de sensibiliser les citoyens au dépistage du cancer du côlon ?
  • Réponse du 18/04/2025
    • de COPPIETERS Yves
    Le cancer colorectal est une maladie silencieuse associée à une mortalité élevée s’il est diagnostiqué à un stade trop avancé. Toutefois, concernant l’évolution au cours du temps du risque de développer ce cancer (soit l’incidence), et la mortalité, toutes deux sont en diminution depuis 2004.

    En ce qui concerne les publics plus jeunes, en Belgique, on observe ces 10 dernières années une augmentation de l'incidence des cancers colorectaux chez les moins de 50 ans, mais elle est strictement limitée aux tranches d'âge 30-34 et 35-39. De plus, il est utile de préciser qu’en dessous de 50 ans, c’est 6,6 % de la population qui est atteinte d’un cancer colorectal. On reste donc dans une zone de risque très faible (entre 2 et 9/100 000). Dans toutes les autres catégories d'âge inférieures à 50 ans (< 30; 40-44;45-49), l'incidence est stable depuis 20 ans. Chez les 50-54, l'incidence est stable. Dans toutes les tranches d'âge au-dessus de 54 ans, l'incidence diminue depuis 10 ans grâce au dépistage. Chez les personnes jeunes, la plupart des cas sont liés à des risques familiaux, ce qui nécessite une discussion avec le médecin traitant et idéalement avec un gastroentérologue. Il n'y a aucune augmentation de l'incidence dans la tranche d'âge 45-49 ans qui justifierait de commencer le dépistage à cet âge (le risque de 30/100 000 reste stable depuis 20 ans).

    Le cancer colorectal se situe en troisième position en termes de fréquence de cancers en Belgique, quels que soient le genre (Belgique, Fondation Registre du Cancer - FRC, 2025, année d’incidence 2022) et la deuxième cause de décès par cancer en Belgique (Belgique, FRC, 2025). Il va se développer chez 1 personne sur 20 dans la tranche d’âge de 50 à 74 ans. Près de 8 000 nouveaux cas de cancer colorectal sont diagnostiqués chaque année en Belgique. Le cancer colorectal est prévisible du fait qu’il est très souvent précédé par la présence de polypes bénins (adénomes) dont la résection réduit les risques de cancer. Détecté à un stade précoce, le cancer colorectal peut être guéri dans 9 cas sur 10. Cette détection précoce constitue donc un enjeu de santé publique.

    C’est pour cette raison que la Wallonie a développé un programme de dépistage organisé du cancer colorectal. Il a pour objectifs de diminuer l’incidence du cancer colorectal, d’en diminuer la mortalité spécifique et d’en améliorer le pronostic.

    Les données relatives aux cancers sont collectées et traitées par le Belgian Cancer Registry (BCR). Le BCR peut réaliser des analyses par zones géographiques et cibler celles-ci à l’échelle d’une commune, voire du secteur statistique. Pour les données de dépistage, des démarches sont en cours avec l’Agence InterMutualiste via les données de population sur une population cible au niveau du secteur statistique. Ces informations devraient permettre d’affiner les analyses sur des zones géographiques plus petites que la région. Il faut toutefois garder à l’esprit que des analyses sur des petites zones géographiques pourraient donner de petits nombres de cas avec la possibilité alors d’identifier des personnes et le risque d’enfreindre les règles RGPD. Ces informations pourraient donc ne pas être publiées comme tel, ni cartographiées avec visualisation des nombres absolus dans ces zones.

    Il est important de pouvoir détecter ce cancer de manière précoce auprès de toute la population cible en favorisant un accès à la médecine préventive pour tous. Dans cette optique, plusieurs actions de communication sont menées tout au long de l’année pour informer, sensibiliser et améliorer la participation au dépistage organisé :
    - une invitation à prendre part au dépistage est envoyée d’office tous les 2 ans par courrier postal aux citoyens wallons éligibles âgés de 50 à 74 ans ;
    - un travail de relecture et de traduction des courriers et dépliants est en cours avec la LUSS afin de les adapter au mieux au public qu’ils ciblent ;
    - un projet pilote de distribution des kits de dépistage par les pharmacies est mené depuis juin 2024 et est en cours d’évaluation, il pourrait aboutir à sa pérennisation ;
    - des folders et posters sont disponibles sur demande et distribués dans les cabinets de consultation et les pharmacies par exemple ;
    - la diffusion régulière de messages de sensibilisation sur les écrans des salles d’attente, sur les écrans des pharmacies et via les mutuelles est également assurée ;
    - des campagnes de communication sont relayées notamment par l’AViQ. À ce titre, les effets positifs de campagnes globales telles que Mars bleu et les actions qui y sont liées sont observés. Cette année, des côlons géants ont été placés dans des lieux spécifiques ouverts au public en Wallonie comme les hôpitaux.

    D’autres pistes sont à l’étude pour améliorer et renouveler cette communication en 2025. Elles viendront soutenir la participation du public cible au programme de dépistage organisé du cancer colorectal en Wallonie.