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Les bénéfices de l'école du dehors

  • Session : 2024-2025
  • Année : 2025
  • N° : 392 (2024-2025) 1

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  • Question écrite du 28/05/2025
    • de TELLIER Céline
    • à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
    De nombreuses études démontrent que des initiatives simples, comme deux heures de classe en plein air par semaine, peuvent significativement améliorer la santé mentale et le bien-être des enfants. Pourtant, comme l'indique le journal Le Vif, l'enquête menée en 2022 par BPact et le bureau d'études Indiville révèle que près de 80 % des enfants ne jouent à l'extérieur qu'une heure par semaine. Par ailleurs, de nombreuses écoles manquent d'espaces verts, exacerbant les inégalités sociales en matière d'accès à la nature.

    Dès lors, il apparaît urgent de repenser notre approche de l'éducation en lien avec la nature. Des chercheuses comme Christine Patoune et Lucie Sauvé ont souligné que les approches pédagogiques les plus efficaces en milieu naturel sont celles qui intègrent des valeurs citoyennes, des finalités éducatives claires et des méthodes participatives. Par exemple, impliquer les élèves dans des projets concrets tels que l'entretien de sentiers ou l'inventaire de la biodiversité locale favorise leur engagement et leur développement cognitif. Pour que ces initiatives soient pérennes, les enseignants ont besoin du soutien de leur direction, de l'adhésion des parents et d'une collaboration étroite avec leurs collègues.

    Comment M. le Ministre a-t-il prévu de mettre en place une nouvelle approche de l'école du dehors ?

    Comment a-t-il prévu de lever le frein lié au temps trop restreint que les enseignants peuvent y accorder ?

    A-t-il entamé des échanges avec la ministre de l'Éducation sur ce sujet ?

    Par ailleurs, partage-t-il certains dossiers ou aspects liés à l'école du dehors avec sa collègue en charge de la Nature, ou est-il le seul pilote de cette matière importante ?
  • Réponse du 02/06/2025
    • de COPPIETERS Yves
    Comme l’honorable membre le sait, depuis près de 10 ans, la pédagogie de l’école du dehors s’est progressivement implantée en Wallonie, portée par un large éventail d’acteurs éducatifs et environnementaux. Ce mouvement a donné naissance au collectif « Tous Dehors ! » composé de professionnels aux profils variés : enseignants, éducateurs à l’environnement, conseillers pédagogiques, guides-nature et parents. Soutenue par la Région wallonne, cette dynamique a permis la création de nombreuses publications et outils pédagogiques, dont une nouvelle réimpression est en cours.

    Par ailleurs, plusieurs ASBL subventionnées dans le champ de l’éducation à l’environnement mettent en œuvre cette pédagogie dans les écoles fondamentales, en collaboration directe avec les enseignants. Elles proposent également des stages, des formations et des conférences à destination d’un public varié que sont les enseignants, animateurs et jeunes.

    L’approche de l’école du dehors dépasse aujourd’hui le cadre des « simples » sorties ponctuelles. Elle vise une intégration structurelle et régulière de l’environnement naturel dans les apprentissages scolaires. L’enfant y est reconnu comme acteur actif de ses apprentissages, dans une pédagogie centrée sur l’expérience vécue, la coopération, le lien au vivant, le bien-être, l’émerveillement et la citoyenneté.

    Les activités menées à l’extérieur permettent d’aborder l’ensemble du programme scolaire de manière transversale, dans un cadre stimulant et porteur de sens. Cette approche contribue à développer non seulement les compétences cognitives, mais également les aptitudes sociales, l’empathie, la motricité et la santé mentale.

    L’école du dehors bénéficie d’un cadre de soutien politique, notamment à travers l’accord de coopération entre la Région de Bruxelles-Capitale, la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles en matière d’Éducation relative à l’Environnement. Cette pédagogie faisait déjà partie des actions des précédents plans d’action. Le prochain plan est en cours d’élaboration avec l’implication des ministres concernés. Il constitue une opportunité pour renforcer les synergies entre les politiques environnementales et éducatives, notamment dans cette approche qu’est l’école du dehors.

    Depuis 2024, les ASBL observent une diminution de la participation des écoles aux programmes liés à l’école du dehors. Cette baisse s’explique en partie par les obligations et contraintes auxquelles les établissements scolaires doivent faire face, tels que le respect du principe de gratuité et la mise en œuvre du plan de pilotage très mobilisateur. Les écoles peinent à financer et suivre ces projets de manière autonome, malgré l’intérêt pédagogique qu’ils représentent.

    Pour assurer la pérennité de cette approche, peut-être serait-il intéressant de permettre aux enseignants d’intégrer l’école du dehors dans leur emploi du temps régulier. Ce changement de paradigme permettrait de ne plus considérer la nature comme un « extra », mais comme un lieu d’apprentissage légitime et reconnu. J'ouvrirai cette réflexion avec ma collègue de l’enseignement en Fédération Wallonie Bruxelles.

    Par ailleurs, il faut savoir que des formations spécifiques existent déjà et permettent aux enseignants de gagner en autonomie dans la conduite d’activités extérieures, réduisant leur dépendance aux intervenants extérieurs. Ce sont pour moi aussi des pistes à soutenir.

    Les structures qui portent cette pédagogie sont des associations environnementales reconnues, financées selon les dispositions du Code de l’Environnement wallon, lequel reconnaît l’environnement comme patrimoine commun de la Région. La pédagogie de l’école du dehors s’inscrit pleinement dans cette vision : elle ne se limite pas à une sensibilisation naturaliste, mais développe une approche transversale et systémique de l’éducation. C’est la raison pour laquelle je travaillerai de concert avec les collègues concernés.