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La phytoremédiation

  • Session : 2024-2025
  • Année : 2025
  • N° : 431 (2024-2025) 1

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  • Question écrite du 10/06/2025
    • de FIEVET Hervé
    • à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
    La phytoremédiation, méthode innovante qui consiste à utiliser certaines plantes pour dépolluer les sols contaminés, notamment sur d'anciennes friches industrielles, est de plus en plus popularisée. Cette technique, éprouvée sur le terrain, présente des avantages écologiques, économiques et sociaux notables tels que la capture du CO₂, la restauration de la biodiversité, la production de biomasse ou encore la revalorisation de terres délaissées.

    En Wallonie, on estime à plus de 40 000 hectares la superficie des friches à dépolluer. Certaines initiatives locales, telles que les projets de l'ASBL Waste2Bio, démontrent le potentiel de cette approche.

    Dans la Déclaration de politique régionale, le Gouvernement entend accélérer la dépollution des sols et la réhabilitation des friches en simplifiant les procédures.

    M. le Ministre connait-il la phytoremédiation ?

    Dans l'objectif d'accélération de la dépollution des sols, cette technique représente-t-elle une solution solide ?

    Des coopérations avec les acteurs scientifiques et économiques existent-elles déjà ou sont-elles prévues pour développer le recours à la phytoremédiation afin de dépolluer les friches industrielles sur le territoire wallon ?
    Si elle n'existe pas déjà, M. le Ministre envisage-t-il de créer une cartographie actualisée et publique des friches prioritaires pour une intervention de ce type ?
  • Réponse du 02/07/2025
    • de COPPIETERS Yves
    La phytoremédiation est une technique de dépollution qui utilise les plantes pour extraire, dégrader ou stabiliser les polluants présents dans les sols, les eaux ou l’air. Elle est composée de plusieurs stratégies différentes :
    • phytoextraction : absorption des polluants par les racines et accumulation dans les parties aériennes ;
    • phytostabilisation : immobilisation des polluants dans le sol via les racines ;
    • rhizodégradation : dégradation des polluants par les micro-organismes du sol stimulés par les racines ;
    • phytodégradation : dégradation des polluants à l’intérieur même des plantes ;
    • phytovolatilisation : transformation des polluants en composés volatils évacués par les feuilles

    La phytoremédiation s’intègre dans le phytomanagement, qui va au-delà de la « simple » dépollution des sols et qui vise à une stratégie de gestion durable de sites marginaux d’usage, sites destinés à des usages possibles très limités ou spécifiques et présentant une dégradation de certaines fonctions du sol (terrains pollués, friches, forte érosion …).

    Cette stratégie de phytomanagement a été appliquée en Wallonie, notamment à travers le projet WallPhy, qui a valorisé des friches industrielles polluées à Hensies, Ciney et Charleroi, avec la collaboration de l’ISSeP, la SPAQuE et Valbiom. Le projet ECOSOL a également été mené sur un terrain pollué à Sambreville, en partenariat avec la SPAQuE et l’Université de Liège. D'autres assainissements ont été réalisés dans le cadre de réhabilitations de sols.

    Toutefois, cette stratégie ne convient pas pour tous les terrains pollués en Wallonie, en raison de contraintes inhérentes à cette stratégie, notamment en termes de durée de mise en œuvre et d’immobilisation du foncier, qui ne correspondent pas toujours aux besoins du projet d’aménagement actuel ou futur du terrain.

    Le phytomanagement présente des entraves technologiques, lié aux techniques de mise en place et de gestion du couvert végétal, ainsi qu’un frein lié à la méconnaissance de cette stratégie par une partie des propriétaires et gestionnaires de sites.

    Afin de lever ces obstacles, le Gouvernement wallon a lancé l’Initiative d’innovation stratégique (IIS) Waste2Bio, dans le cadre de la Stratégie de Spécialisation Intelligente (S3).

    L'initiative Waste2Bio, coordonnée par l'Université de Liège avec Greenwin, Wagralim et un comité de pilotage, réunit plus de 130 acteurs wallons de la reconversion des friches et de l'économie biobasée. Elle vise à créer d'ici 2027 une plateforme opérationnelle pour valoriser les friches par le phytomanagement, de manière temporaire ou définitive.

    Les objectifs incluent de :
    - finaliser la cartographie des sites propices au phytomanagement, en réintégrant les données du projet « New C-land » sur le site de Waste2Bio ;
    - développer diverses cultures et filières de valorisation de la biomasse.

    L'initiative Waste2Bio a favorisé la concertation entre les acteurs et lancé plusieurs projets, dont :
    - Plant4Wasteland : mené par l’Université de Liège, visant à développer 5 sites de démonstration de phytomanagement et un outil d’aide à la décision ;
    - IASIS : projet européen Horizon impliquant des acteurs wallons, visant l’assainissement de sites contaminés et salinisés par des cultures industrielles non alimentaires ;
    - INNO4CFIs : projet européen avec ISSeP et Novobiom, poursuivant les travaux du projet WallPhy.

    Enfin, l’administration suit également les projets européens menés en dehors du territoire wallon, tel que le projet européen Horizon « Edaphos ».