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La nouvelle stratégie européenne en matière de résilience de l'eau

  • Session : 2024-2025
  • Année : 2025
  • N° : 473 (2024-2025) 1

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  • Question écrite du 25/06/2025
    • de TELLIER Céline
    • à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
    La Commission européenne a récemment présenté sa nouvelle stratégie en matière de résilience de l'eau, face aux multiples pressions pesant sur cette ressource vitale : pollution, sécheresse, surconsommation.

    Cette stratégie fixe plusieurs objectifs, parmi lesquels une réduction de la consommation d'eau, la restauration et la protection du cycle de l'eau, la modernisation des infrastructures pour lutter contre les pertes d'eau, ainsi que le recours accru à des sources non conventionnelles.

    Par ailleurs, l'agriculture - responsable de près de 30 % de la demande en eau - est considérée comme un secteur à fort potentiel d'économies, notamment grâce à des techniques d'irrigation plus ciblées et au choix de cultures adaptées.

    Au regard de ces ambitions européennes, M. le Ministre peut-il me préciser la position de la Wallonie vis-à-vis de l'objectif européen de 10 % d'économie d'eau d'ici 2030 ?

    Des objectifs régionaux spécifiques sont-ils envisagés ou en cours d'élaboration ?

    Quelles actions sont prévues en Wallonie pour moderniser les réseaux de distribution et réduire les pertes d'eau ?

    Comment développer l'usage de sources alternatives d'approvisionnement en eau, telles que le recyclage des eaux usées ou la collecte des eaux de pluie ?

    M. le Ministre pourrait-il faire le point sur l'état d'avancement de la stratégie intégrale sécheresse initiée sous la précédente législature, ainsi que sur le projet de décret de priorisation des usages de l'eau ?

    Enfin, dans quelle mesure la Wallonie collabore-t-elle avec les autres Régions et le niveau fédéral pour s'aligner sur cette stratégie européenne et assurer une coordination efficace dans la gestion de la ressource en eau ?
  • Réponse du 02/07/2025
    • de COPPIETERS Yves
    Si l’objectif d’une économie d’eau de 10 % à l’échelle européenne prend tout son sens, cet effort doit cependant être appréhendé en tenant compte du contexte wallon. En effet, bien qu’en augmentation ces dernières années, les prélèvements d’eau pour l’agriculture, et notamment pour l’irrigation, représentent moins de 2 % des prélèvements totaux en Wallonie. Il y a également lieu de noter que la demande en eau du secteur industriel a été divisée par environ 2,5 entre 2003 et 2018 grâce à l’amélioration des process, mais aussi à la suite de la réduction d’activité du secteur de la métallurgie.

    Bien que des efforts d’économie d’eau doivent évidemment être poursuivis dans ces deux secteurs, les objectifs régionaux spécifiques visent aussi l’amélioration de l’état quantitatif des masses d’eau au travers de la maîtrise et de la limitation des volumes autorisés dans les masses d’eau en mauvais état quantitatif ou à risque, et au travers du développement de projets de REUSE dont des phases pilotes sont en cours dans le cadre du Plan de Relance de la Wallonie.

    La stratégie intégrale sécheresse wallonne englobe de très nombreuses mesures dont il ne me sera pas possible de brosser ici un tableau exhaustif de l’avancement. Je n’en épinglerai donc ici que certaines.

    Tout d’abord, dans le cadre du Plan de relance de la Wallonie, les projets de « Mise en œuvre de nouvelles ressources en eau » et de « Réseaux d’alimentation décentralisés en eau » visent à explorer et à développer des sources alternatives d’approvisionnement en eau, telles que la réutilisation des eaux usées traitées (dit « REUSE »), la collecte et le stockage des eaux de pluie, ainsi que la recharge maîtrisée des nappes phréatiques.

    Plusieurs projets pilotes sont actuellement à l’étude ou en cours de mise en œuvre, portés par la SPGE et la SWDE, avec le soutien de partenaires industriels et académiques. Ces projets couvrent des usages agricoles, urbains et industriels.

    Parallèlement, un outil cartographique des ressources en eau alternative a été développé, de même qu’une analyse des besoins qualitatifs des utilisateurs industriels.

    La Wallonie met en place toute une série d’autres actions en collaboration avec les distributeurs pour notamment moderniser les réseaux d’alimentation en eau et réduire les pertes. À titre d’exemple, deux types de plans sont en cours de déploiement actuellement, le plan de réduction des fuites d'eau et les plans d’investissements des distributeurs.

    Le Gouvernement wallon a en effet approuvé un plan d'amélioration des infrastructures d'alimentation en eau potable, visant à limiter les fuites d'eau sur le réseau de distribution. Ce plan propose aux distributeurs d'eau wallons une méthodologie et des outils pour maîtriser les pertes, améliorer la gestion de leur patrimoine et anticiper les règles européennes à venir.

    Concernant les plans d’investissements des distributeurs, ceux-ci impliquent pour les distributeurs de consacrer une part importante des investissements à l’amélioration de leur réseau en le réparant ou le rénovant. La SWDE a des objectifs fixés dans son contrat de gestion à ce sujet.

    On ne peut évidemment pas parler de la stratégie intégrale sécheresse sans évoquer le schéma régional des ressources en eau. En synthèse les travaux de ce SRRE 2.0 ont permis de préciser partiellement l’adéquation entre l’offre et la demande en eau même si de nombreuses incertitudes demeurent sur l’évolution du climat et sur la demande en eau des différents secteurs. On notera en particulier que les 12 travaux majeurs visant l’adaptation des infrastructures, dont l’interconnexion des réseaux de distribution, ont été poursuivis et cinq sont terminés et fonctionnels. Le taux de sécurisation s’établit actuellement à environ 55 %.

    Des avancées ont également été concrétisées sur l’aspect régulatoire au niveau de la gestion des priorités d’usage de l’eau en période de sécheresse.

    Enfin, un des acquis de la mise en œuvre du SRRE 2.0 est d’avoir permis à de nombreux acteurs du secteur de l’eau de travailler ensemble durant ces trois années, ce qui a contribué à créer une dynamique sectorielle qui mérite d’être poursuivie et approfondie. C’est d’ailleurs l’ambition du schéma régional des ressources en eaux 3.0. lancé par le Gouvernement en décembre 2024, que j’ai déjà pu présenter, et qui prévoit spécifiquement des investissements pour la rénovation des conduites vieillissantes, la création de nouvelles liaisons stratégiques et l'intégration de technologies innovantes pour optimiser les performances et réduire les pertes d'eau.

    Comme l’honorable membre peut le constater, toutes ces initiatives structurantes, innovantes et pilotées à l’échelle régionale, s’inscrivent pleinement dans l’atteinte des objectifs visés par la stratégie européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau.