à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
Conformément à la directive européenne, il est interdit, depuis le 1er janvier 2025, de jeter ses textiles avec ses déchets résiduels dans sa poubelle.
Face aux ambitions environnementales de cette mesure, des défis majeurs pour la gestion des déchets textiles en Wallonie apparaissent. Les acteurs locaux de la collecte et du recyclage font face à une surcharge des bulles à textiles, à une accumulation de vêtements de mauvaise qualité et à une recrudescence des dépôts sauvages et actes de vandalisme.
Par ailleurs, cette situation est aggravée par la hausse des achats de vêtements à bas coût (liée au "fast fashion") qui déstabilise le marché de la seconde main et complique la valorisation des textiles collectés.
Quels sont les constats que tire M. le Ministre, six mois après la mise en œuvre de cette interdiction, concernant la gestion des textiles en Wallonie ?
Comment compte-t-il lutter contre les dépôts sauvages et le vandalisme des bulles à textiles ?
Quelles mesures concrètes la Région wallonne prévoit-elle pour soutenir les collecteurs et recycleurs locaux face à l'augmentation des volumes et à la dégradation de la qualité des textiles collectés ?
Réponse du 05/08/2025
de COPPIETERS Yves
Depuis le 1er janvier 2025, la collecte sélective des déchets textiles est devenue obligatoire dans toute l’Union européenne, conformément à la directive 2008/98/CE modifiée par la directive 2018/851. En Wallonie, cette obligation a été transposée dans le décret du 9 mars 2023.
La Wallonie disposait déjà d’un système performant de collecte des textiles usagés avant cette date, bien que le message de tri ciblait principalement les textiles en bon état. Ce message a été adapté en 2025 pour inclure tous les textiles propres et secs, même si, dans les faits, des textiles en mauvais état étaient déjà collectés auparavant.
Six mois après l’entrée en vigueur de la mesure, une augmentation de la collecte est observée, bien que cette tendance ait commencé avant 2025. Cette hausse est notamment liée à l’essor de la fast-fashion, qui génère une grande quantité de textiles de faible qualité sur les marchés belge, européen et mondial.
Plus précisément, en 2024, on constate une augmentation de 10,75 % du pourcentage des quantités collectées par rapport à 2023 par les trois principaux opérateurs du secteur, Terre, Oxfam et Les petits riens. En 2025, il est constaté une augmentation de 6 % des quantités collectées sur les 4 premiers mois de l’année.
Il n’est pas possible de déterminer avec précision l’évolution de la quantité des dépôts sauvages et du nombre d’incivilités autour des bulles depuis le 1er janvier 2025. Celles-ci étaient également déjà constatées auparavant. Il faut toutefois rappeler que le cadre légal instaure un mécanisme de convention entre les communes et les collecteurs de déchets textiles, mettant à charge de ces derniers, l’obligation d’évacuation de ces dépôts.
Il est à noter que les quantités de textiles usagés collectés à incinérer sont en augmentation constante. Elles atteignent 19 % des tonnages collectés au premier trimestre 2025. Elles reflètent l’augmentation de la collecte et la baisse de qualité des textiles usagés collectés dans les bulles ou ramassés autour des bulles.
Il n’y a malheureusement pas de « remède miracle » pouvant résoudre rapidement le problème des incivilités. Cependant, plusieurs mesures sont envisagées par le gouvernement wallon, le SPW, Be WaPP et la Fédération Ressources pour lutter contre leur recrudescence.
Afin d’être efficaces, ces mesures devront être à la fois préventives, éducatives et répressives afin de sensibiliser le public et renforcer la coopération entre les parties prenantes. Cette approche intégrée de la problématique nécessitera l’intervention de plusieurs services du SPW et organismes.
Pour soutenir les collecteurs et recycleurs locaux face à l'augmentation des volumes et à la baisse de qualité des textiles usagés, le Gouvernement wallon a mis en place plusieurs mesures.
Quatre mesures s’inscrivent dans la volonté d’un soutien au secteur du réemploi : • subvention exceptionnelle : L'ASBL Terre recevra 250 000 euros pour augmenter ses capacités de stockage face à l'afflux de textiles usagés pendant un an ; • compensation financière : Une aide annuelle de 151 euros par tonne triée sera versée, en plus du soutien actuel de 400 euros par tonne réemployée ; • exonération fiscale : Les entreprises d'économie sociale actives dans la seconde main ne paieront plus la taxe sur l'incinération des déchets textiles ultimes provenant de la collecte sélective ; • campagne de communication : Une campagne sera lancée pour sensibiliser au bon tri des textiles, afin de réduire la quantité de textiles souillés et non valorisables.
Un mécanisme de responsabilité élargie du producteur (REP) pour les textiles sera mis en place à moyen terme, appliquant le principe du pollueur-payeur. Les producteurs de textiles, produits liés aux textiles et chaussures devront couvrir les coûts réels de la collecte, du tri et du traitement des textiles usagés.
Cette REP textiles sera bientôt imposée au niveau européen par une révision de la directive-cadre relative aux déchets. Son adoption par le Parlement européen est prévue pour septembre 2025, et elle entrera en vigueur 20 jours après publication. Les États membres auront 24 mois pour la transposer et la REP entrera en application 30 mois après publication, soit au printemps 2028.
En Belgique, la REP sera mise en œuvre par un accord de coopération d'exécution entre les trois Régions, à la suite de l’accord de coopération interrégional concernant le cadre de la responsabilité élargie des producteurs pour certains flux de déchets et pour les déchets sauvages, adopté le 17 juillet. L'administration travaille déjà à l'élaboration de cet accord de coopération d'exécution avec les administrations des autres Régions.