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La problématique du gobie à taches noires

  • Session : 2025-2026
  • Année : 2025
  • N° : 47 (2025-2026) 1

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  • Question écrite du 23/09/2025
    • de RESINELLI Loris
    • à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
    Je souhaite attirer l'attention de Mme la Ministre sur le gobie à tache noire (Neogobius melanostomus). Originaire d'Europe de l'est, cette espèce est extrêmement invasive et concurrence notre faune piscicole locale, entraînant ainsi la disparition de nos poissons. Depuis son apparition dans l'ancien canal du centre, nous constatons une quasi-disparition des gardons et des brèmes de petite et moyenne taille, tandis que les goujons et épinoches ont totalement disparu.

    Cette espèce invasive cause une diminution de la biodiversité par plusieurs mécanismes : elle prédate sur de nombreuses espèces d'invertébrés, rivalise avec les poissons indigènes et consomme leurs œufs et alevins. De plus, le gobie à tache noire est un bioaccumulateur de contaminants et de métaux lourds, principalement en raison de sa grande consommation de mollusques de fond, qu'il réintègre dans la chaîne alimentaire (oiseaux, poissons carnassiers, et cetera). Il est également connu pour héberger des parasites non indigènes.

    Pendant une journée de pêche, environ 90 % des prises peuvent être des gobies.

    Je me permets donc de l'interroger sur une question préoccupante concernant la biodiversité de nos eaux wallonnes.

    Une étude récente a-t-elle été initiée pour évaluer la propagation de cette espèce dans nos rivières et canaux ?

    Ne serait-il pas judicieux d'organiser une pêche intensive sur le gobie à tache noire et d'interdire leur remise à l'eau lors des sessions de pêche ?

    Actuellement, il est obligatoire de les remettre dans l'eau, mais cela ne fait qu'aggraver leur invasion. Permettre leur destruction pourrait contribuer à protéger et à limiter l'impact sur notre faune piscicole locale.
  • Réponse du 14/10/2025
    • de DALCQ Anne-Catherine
    Le gobie à taches noires, originaire de la mer Noire et de la mer Caspienne, a été observé pour la première fois en Wallonie en 2014, dans la Meuse inférieure. Depuis, il a colonisé la Meuse et ses affluents, la Sambre, le canal Albert, l’Ourthe inférieure, ainsi que plusieurs canaux. L’espèce est aussi présente dans l’Escaut et certains de ses affluents.

    Le DEMNA suit attentivement son expansion. Les données montrent une dynamique globalement croissante, mais concentrée sur les grands axes aquatiques. Son impact sur la biodiversité locale est encore en cours d’évaluation. Les premiers éléments indiquent une compétition avec les espèces indigènes, plutôt qu’une prédation directe sur les œufs et les juvéniles. À ce stade, les suivis ne mettent pas en évidence de baisse marquée des autres populations piscicoles, mais des analyses complémentaires sont prévues.

    Sur le plan réglementaire, le gobie est classé en groupe 4, comme le silure ou l’écrevisse de Louisiane. Sa mise à mort est permise et il ne peut pas être transporté vivant pour éviter toute dispersion supplémentaire.

    S’agissant de la gestion, l’éradication par pêche est illusoire, vu le développement de l’espèce et son implantation déjà très large. La priorité est donc de suivre scientifiquement sa progression et de limiter ses impacts, notamment en restaurant des habitats favorables aux espèces prédatrices locales comme le sandre ou la perche. La sensibilisation des citoyens et des pêcheurs reste également un levier important.

    En résumé, la Wallonie suit de près l’évolution du gobie à taches noires. Nous privilégions une approche réaliste : suivi scientifique, prévention des impacts et restauration des milieux, plutôt qu’une éradication impossible.