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Le recours aux algorithmes prédictifs pour anticiper les risques sanitaires et l’afflux de patients dans les hôpitaux wallons

  • Session : 2025-2026
  • Année : 2025
  • N° : 254 (2025-2026) 1

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  • Question écrite du 23/10/2025
    • de LEPINE Jean-Pierre
    • à COPPIETERS Yves, Ministre de la Santé, de l'Environnement, des Solidarités et de l'Economie sociale
    Enhance Lab, une jeune entreprise fondée par le professeur Jean Ponce (ENS-PSL, New York University, INRIA), s'est récemment démarquée sur la scène internationale grâce au développement d'algorithmes d'intelligence artificielle capables de modéliser et prévoir l'évolution de phénomènes complexes à partir de séries massives de données séquentielles.

    Si ces technologies sont déjà déployées dans la prédiction vidéo ou l'analyse de séquences industrielles, ce type d'algorithmes présente un potentiel prometteur pour le secteur hospitalier : anticipation de l'afflux de patients, optimisation des ressources en lits, ajustement dynamique des équipes et gestion de crise sanitaire. Plusieurs initiatives pilotes sont en cours en Europe dans le domaine hospitalier sur ces thématiques, et diverses solutions similaires sont également testées en Belgique, notamment pour la gestion prédictive de l'occupation des lits et la régulation des parcours patients.

    M. le Ministre peut-il préciser si les établissements hospitaliers wallons étudient ou mettent déjà en œuvre ce type d'outil d'intelligence artificielle prédictive, que ce soit en lien direct avec Enhance Lab ou via d'autres solutions similaires, afin d'anticiper les flux de patients et améliorer la gestion opérationnelle des soins ?

    Peut-il également indiquer si un retour d'expérience est disponible concernant l'intégration de ces technologies, aussi bien en ce qui concerne l'efficacité logistique, la pertinence médicale que l'acceptabilité pour les professionnels de santé et les patients ?

    Enfin, peut-il exposer quelles sont les garanties prévues en matière de sécurité des données, conformité à la réglementation et respect de l'éthique lorsqu'il s'agit d'introduire ou d'expérimenter ces dispositifs d'intelligence artificielle en Wallonie ?
  • Réponse du 06/11/2025
    • de COPPIETERS Yves
    En 2022, AI4Belgium, coalition nationale pour l’IA, a évalué le niveau de maturité de l’IA au sein des hôpitaux belges, via son groupe santé AI4Health et en collaboration avec plusieurs partenaires. (FR_BarometreIA_Belgique.pdf)

    L’étude montre un écart entre la reconnaissance de l’importance de l’IA et sa mise en œuvre stratégique.

    En effet, 95 % des répondants, directions et professionnels hospitaliers, considèrent le développement de l’IA comme important pour leur secteur. Cependant, seulement 59 % déclarent que le développement de l’IA est une priorité stratégique dans leur établissement. L’intégration opérationnelle et l’usage réel demeurent faibles ou en cours de maturation.

    Les principaux freins au développement de l’IA sont le manque de temps ou de ressources (47 %) et l’absence d’expertises spécifiques à l’IA (41 %).

    Les répondants expriment également des craintes liées à l’IA comme la déshumanisation du travail et la perte des liens sociaux selon 59 % d’entre eux. Pourtant, 58 % estiment que l’IA permettra de libérer du temps pour des tâches à valeur ajoutée.

    Ces résultats soulignent le besoin d’adapter les pratiques de travail et les métiers pour tirer parti de l’IA de manière éthique et humaniste.

    Les obstacles principaux ne sont pas les risques perçus, mais bien l’insuffisance de ressources (46,6 %) et d’expertises nécessaires (41,1 %) pour mener les projets à bien.

    L’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) à l’hôpital ouvre de nombreuses perspectives dans différents secteurs d’activité (administratifs, cliniques, imagerie médicale, gestion des ressources humaines, qualité des soins offerts aux patients et de vie au travail pour les soignants, augmentation de la performance et optimisation des processus, prédiction des saturations, etc.).

    Le secteur hospitalier bénéficie d’outils prometteurs.

    Sur le plan scientifique, Enhance Lab (ENSPSL, New York University, INRIA), issue du monde académique, apporte une expertise avancée en données séquentielles et vision par ordinateur, mais ses applications restent encore éloignées des besoins opérationnels des hôpitaux et nécessitent, si on la mobilise, une adaptation ciblée à nos usages.

    Sur le plan industriel, la plateforme IQVIA Health Flow, offre des fonctions évoluées comme anticiper les admissions, gérer les lits et ajuster les équipes, assorties de tableaux de bord et de scénarios. Bien que développés avec des hôpitaux belges et adaptés au langage des directions hospitalières, ses résultats concrets en Belgique restent à documenter.

    En somme, le potentiel technologique de ces outils de référence est réel, mais leur intégration dans les usages hospitaliers et les preuves locales de leur efficacité restent à établir.

    Une démonstration tangible de cette approche est réalisée au Zuyderland Medisch Centrum aux Pays-Bas, un hôpital ayant intégré un système de prévision d’occupation et d’orchestration des flux, avec un outillage décisionnel accessible aux équipes. Son intérêt n’est pas d’être copié à la lettre, mais d’illustrer un chemin praticable : des usages spécifiques, des données adaptées, et une gouvernance partagée entre cliniciens, soignants, logisticiens et informaticiens.

    Les établissements hospitaliers wallons ont également pris le train de cette évolution technologique majeure.

    À cet effet, le centre hospitalier William Lennox a intégré des outils de l’IA dans ses pratiques quotidiennes pour optimiser le processus d’analyse « expérience patient » et l’allocation des ressources (https://www.cnwl.be/actualites-et-evenements/utiliser-lintelligence-artificielle-pour-ameliorer-lexperience-de-soins).

    Le CHU Charleroi-Chimay (HUmani) participe à cinq projets de recherche régionaux et européens, dont l’un vise à optimiser la gestion hospitalière par l’IA, en analysant les flux de patients, l’occupation des lits et les plannings du personnel et de nombreux autres paramètres. Les algorithmes développés permettent d’améliorer l’efficacité opérationnelle de l’établissement. (https://www.roboto.fr/blog/ia-m-dicale-en-2025-les-5-projets-innovants-du-chu-charleroi-chimay).

    Aux Cliniques universitaires Saint-Luc, un moteur d’IA intégré au dossier patient informatisé génère, sur commande du médecin, des résumés clairs et détaillés des informations médicales du patient, tout en indiquant leurs sources et validations. Cette IA améliore l’efficacité des soignants et renforce la sécurité du patient, en garantissant un accès complet, confidentiel et traçable aux données nécessaires à sa prise en charge. » (L’IA au service des soins | Cliniques universitaires Saint-Luc).

    Au Grand Hôpital de Charleroi (GHdC), son laboratoire d’IA (LAB-AI) a développé un projet en gériatrie utilisant l’IA pour prédire l’état de fragilité des patients à leur admission. Actuellement centré sur les hospitalisations complètes, le projet sera étendu aux hospitalisations de jour et aux consultations, afin d’aider les assistants sociaux à planifier rapidement l’aide à domicile ou un éventuel placement en maison de repos. (https://www.maisonmedicale.org/ia-a-lhopital-des-risques-sous-estimes/).

    L’Union européenne dispose d’une régulation de pointe en matière de protection des citoyens en matière numérique.
    Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) a consacré le droit à la vie privée et à la protection des données personnelles et a inspiré plusieurs législations à travers le monde, comme en Californie ou au Brésil. Celui-ci s’applique à tout traitement de données à caractère personnel et donc également à l’usage de ces données par des outils d’IA. Le RGPD a été intégré dans l’ordre juridique belge par la loi du 30 juillet 2018 et c’est l’Autorité de protection des données qui est responsable de sa mise en œuvre et de son respect.

    L’AI Act, entré en vigueur à l’été 2024, constitue également une avancée majeure. Celui—ci met en place des règles d’utilisation de l’IA en se basant sur les risques liés à l’utilisation d’un outil. Plus ces risques sont élevés, plus des obligations importantes incombent aux acteurs développant et/ou mettant sur le marché ce genre de solutions. Ce règlement vise à promouvoir un développement responsable de l’IA et se base sur les recommandations du groupe d’experts de haut niveau sur l’intelligence artificielle de l’UE. En Belgique, c’est le SPF Économie, P.M.E., Classes moyennes et Énergie qui se charge de la coordination générale de la mise en œuvre de l’AI Act.

    C’est ainsi qu’en Wallonie, l’AViQ, qui contribue par ailleurs à la nouvelle stratégie numérique Digital Wallonia 2025-2029, portée par l’Agence du Numérique (AdN), apporte les orientations à suivre pour développer au mieux l’innovation dans le domaine spécifique de la santé.

    L’ADN y agit en tant que pilote et facilitateur, et veillera à rester attentive aux différentes dynamiques telles que le Plan fédéral de convergence en IA, et le plan d’action interfédéral eSanté auquel l’AViQ participe activement.