La planification énergétique régionale face à la croissance des "data centers" et la sécurisation de l’approvisionnement industriel
Session : 2025-2026
Année : 2025
N° : 106 (2025-2026) 1
2 élément(s) trouvé(s).
Question écrite du 03/11/2025
de LEPINE Jean-Pierre
à NEVEN Cécile, Ministre de l'Energie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports
Les dernières analyses publiées par Elia et plusieurs organismes spécialisés indiquent une forte augmentation des demandes de raccordement au réseau électrique émanant du secteur des « data centers » depuis 2022, certaines sources évoquant une multiplication par neuf des volumes selon les catégories d'études considérées.
D'après le Boston Consulting Group et plusieurs médias spécialisés, la consommation électrique des « data centers » représenterait déjà près de 4 % de la consommation belge et pourrait croître significativement d'ici 2035, sous l'effet du développement du numérique, de l'intelligence artificielle et du stockage massif de données.
La Wallonie accueille d'importants projets de développement de « data centers », notamment à Saint-Ghislain. Ces implantations posent la question de la capacité du réseau régional à répondre simultanément à la croissance rapide de la demande énergétique du secteur numérique et aux besoins de l'industrie wallonne, engagée dans un processus de décarbonation fondé sur l'électrification de ses procédés.
Dans ce contexte, Mme la Ministre pourrait-elle préciser comment le Gouvernement wallon intègre cette évolution dans sa planification énergétique régionale et dans son dialogue stratégique avec Elia et les gestionnaires de réseau ?
Quels leviers ou outils de pilotage énergétique – tels que les plans d'adaptation du réseau, les analyses de flexibilité ou la planification de capacité – sont aujourd'hui mobilisés pour garantir la stabilité et la résilience du système électrique wallon, et prévenir tout risque de congestion ou de tension sur l'approvisionnement des secteurs industriels stratégiques ?
Mme la Ministre dispose-t-elle d'indicateurs, de scénarios ou de projections régionales permettant d'évaluer l'impact cumulé du développement des « data centers » sur la demande électrique à moyen et long terme ?
Ces données sont-elles intégrées dans les révisions du plan Air-Climat Énergie et dans les stratégies régionales de transition énergétique ?
Enfin, le Gouvernement wallon envisage-t-il d'encadrer plus spécifiquement l'implantation de nouveaux « data centers » par un cadre réglementaire, des conditions d'éligibilité ou des critères énergétiques précis (comme l'efficacité énergétique, le recours à des sources renouvelables locales ou la valorisation de chaleur fatale), afin d'assurer leur compatibilité avec les objectifs climatiques régionaux et la disponibilité du réseau électrique ?
Réponse du 29/12/2025
de NEVEN Cécile
Tout d’abord, je tiens à assurer l’honorable membre que le Gouvernement wallon est pleinement conscient des défis liés au développement de ce secteur. Les demandes de raccordement déposées auprès des gestionnaires de réseau confirment une dynamique très soutenue depuis 2022, susceptible d’entraîner des pressions non négligeables sur nos réseaux.
Selon les chiffres que le SPW TLPE a à sa disposition, en 2023, leur consommation a été estimée à 1 036 GWh, soit une augmentation d’environ 4 % par rapport à 2022. Pour le futur, il faut plutôt regarder du côté des gestionnaires de réseaux - tant de distribution que de transport - qui disposent de la vision la plus fine et la plus réactive, puisqu’ils sont en première ligne des demandes d’accès pour les futurs projets d’implantation.
Les projections demeurent toutefois très incertaines : ce marché est très fluctuant, et les puissances sollicitées peuvent varier fortement selon les phases d’étude.
Comme l’honorable membre le cite, plusieurs études ont été menées pour estimer les besoins futurs, notamment celle de BCG sur laquelle Elia s’est notamment basée pour l’établissement des scénarios de son plan de développement fédéral 2028-2038.
Dans ses scénarios initiaux, Elia estimait les consommations futures suivantes au niveau belge : 6,6 TWh en 2030 (dont 5.1 TWh en Région wallonne) ; 9,5 TWh en 2035 (dont 7,9 TWh en Région wallonne) ; 12,5 TWh en 2040 (dont 10,5 TWh en Région wallonne). Selon Elia, la part importante du développement des « data centers » en Région wallonne est principalement due au fait que tous les raccordements actuels pour des data centers au niveau d’Elia sont en Wallonie.
Dans le cadre de la consultation d’Elia sur ce plan, le Gouvernement wallon a été informé de ces estimations et a pu transmettre une contribution formalisant la vision wallonne sur les data centers.
Cette position commune a également été partagée avec le cabinet du ministre fédéral de l’Énergie, avec le régulateur wallon (CWaPE) ainsi qu’avec les gestionnaires de réseaux de distribution.
Pour donner suite à cette contribution, Elia a revu à la baisse ses estimations de consommation en Région wallonne : 4.3 en 2030, 6.4 TWh en 2035 et 7.2 TWh en 2040.
J’en profite pour répondre à sa question sur le PACE. Le PACE ne fait pas actuellement de focus particulier sur les « data centers » en assignant à ce secteur des objectifs propres. Par contre, les estimations susmentionnées sont prises en compte, dans le cadre du marché dédié à l’élaboration d’outils de pilotage de la transition énergétique.
L’ensemble des chiffres susmentionnés sont néanmoins bien en deçà des demandes actuellement déposées chez le GRT. Dans sa consultation, Elia mentionnait déjà près de 70 TWh. Bien que, selon Elia, l’ensemble de ces demandes ne se concrétisera probablement pas, cela démontre l’ampleur du phénomène et le besoin de réguler ce secteur.
Pour cela, au niveau fédéral, Elia a notamment instauré un dispositif dit de « swim lanes », qui vise à limiter la puissance allouée aux demandes de raccordement de "data center".
Nous évaluons actuellement la possibilité d’adapter ce mécanisme au niveau régional wallon, notamment dans le cadre des travaux de la « task force Puissance et flexibilité ».
Dans le même temps, nous avons entamé, avec mes collègues du Gouvernement, une réflexion sur les critères d’établissement des « data centers » en Wallonie.
L’objectif est de pouvoir concilier souveraineté numérique, développement territorial et économique, et disponibilité énergétique.