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Les perspectives et les enjeux wallons concernant les micro-data centers domestiques et la valorisation de la chaleur fatale

  • Session : 2025-2026
  • Année : 2025
  • N° : 174 (2025-2026) 1

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  • Question écrite du 18/12/2025
    • de LEPINE Jean-Pierre
    • à NEVEN Cécile, Ministre de l'Energie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports
    En novembre 2025, des expérimentations au Royaume-Uni (notamment le programme SHIELD de UK Power Networks et des startups comme ThermiFy ou Heata) ont mis en lumière le potentiel des micro-data centers décentralisés. Le principe est innovant : un foyer héberge un serveur de calcul (cluster de Raspberry Pi ou unité connectée au ballon d'eau chaude) qui traite des données informatiques tout en fournissant de l'eau chaude sanitaire gratuite grâce à la chaleur dégagée (chaleur fatale). Les résultats pilotes évoquent des réductions drastiques de la facture d'eau chaude sanitaire pour les ménages concernés.

    En Wallonie, les études sur la chaleur fatale (notamment l'annexe PIROTECH au rapport ICEDD, 2024) identifient un gisement de 5 290 GWh/an, dont une part non négligeable provient de processus électriques et d'infrastructures numériques. Ce modèle de « calcul distribué chauffant » pourrait représenter une solution de rupture pour la précarité énergétique, transformant une dépense (chauffage) en une ressource (hébergement de données).

    Mme la Ministre peut-elle préciser si son administration a identifié des initiatives ou startups wallonnes développant ce modèle de « chaudière numérique » ou de micro-data center résidentiel, et si le Gouvernement wallon soutient la recherche et développement dans ce secteur de la « Low-tech » numérique ?

    Peut-elle également clarifier le cadre réglementaire wallon : un particulier installant un tel dispositif (puissance < 5 kW) dans son domicile ou une annexe doit-il se soumettre à des contraintes urbanistiques (changement d'affectation) ou environnementales spécifiques ?

    Comment le Gouvernement wallon appréhende-t-il le revenu généré par l'hébergement de ces serveurs pour un particulier ?

    Une exonération ou un régime fiscal favorable (type production d'énergie verte) est-il envisageable pour encourager l'adoption par les ménages précaires ?

    Enfin, alors que la Wallonie accueille des géants du numérique, le Gouvernement wallon envisage-t-il de lancer un appel à projets pilotes « Chaleur Numérique Solidaire » auprès des communes ou des logements sociaux, afin de tester la viabilité technique et le gain de pouvoir d'achat réel pour les Wallons, à l'instar des projets britanniques ?
  • Réponse du 19/01/2026
    • de NEVEN Cécile
    La récupération et la valorisation de la chaleur fatale constituent une ressource énergétique importante pour la Wallonie. Ce potentiel a déjà fait l’objet d’études d’évaluation par le passé, notamment dans le cadre de l’étude que l’honorable membre mentionne, réalisée en juillet 2024 par Résolia, Climact et accessoirement Pirotech sur le potentiel d’efficacité en matière de chaleur et de froid. La question de la chaleur fatale issue de processus électriques et d’infrastructures numériques s’inscrit donc bien dans ce cadre de réflexion plus large.

    Il est néanmoins important de souligner que mon administration met en avant la nécessité d’une adéquation entre ce type de source de chaleur et les besoins résidentiels. En effet, la chaleur issue d’équipements informatiques se caractérise par une production quasi constante et à basse température, alors que les besoins des ménages sont, par nature, variables tout au long de l’année, en particulier pour le chauffage des locaux. Cette variabilité est dès lors à intégrer dans la valorisation directe de cette chaleur.

    À ce stade, mon administration n’a pas identifié, en Wallonie, d’initiatives structurées ou de start-ups développant spécifiquement des modèles de « chaudière numérique » ou de micro-« data centers » résidentiels comparables aux expérimentations que l’honorable membre mentionne au Royaume-Uni. Il existe en revanche quelques projets isolés, principalement dans des contextes industriels ou ruraux, où la chaleur issue d’équipements informatiques ou de data centers de plus grande taille est valorisée pour des usages spécifiques, par exemple pour le séchage de matériaux ou pour des besoins de chaleur relativement constants, souvent en lien avec une alimentation électrique renouvelable. Ces projets restent cependant marginaux et ne concernent pas, à ce stade, le chauffage résidentiel diffus.

    En ce qui concerne les opportunités de recherche, de développement et de soutien à l’innovation dans le domaine du numérique, y compris lorsqu’il est question de solutions dites « low-tech » ou de valorisation énergétique innovante, je le renverrai vers mon collègue, le Ministre-Président, Adrien Dolimont, qui est en charge de ces matières. Les instruments de soutien à la recherche, à l’innovation et à l’émergence de nouvelles filières relèvent en effet principalement de ses compétences, même si des synergies avec les politiques énergétiques sont évidemment recherchées.

    S’agissant enfin du cadre réglementaire et des éventuelles implications légales, fiscales ou urbanistiques de ce type d’installation chez des particuliers, je ne dispose pas, à ce stade, d’une vue détaillée et exhaustive. A priori, pour des dispositifs de faible puissance installés à titre accessoire dans un logement, il ne semble pas nécessaire de légiférer spécifiquement ni de modifier en profondeur le cadre existant.