à DALCQ Anne-Catherine, Ministre de l'Agriculture et de la Ruralité
La qualité des sols agricoles constitue un pilier fondamental de la productivité agricole et de la durabilité des systèmes agroécologiques en Wallonie. Des sols riches en matière organique, notamment en humus, favorisent la rétention d'eau, la disponibilité des nutriments et la stabilité structurale nécessaires à de bonnes récoltes.
En effet, l'humus est en grande partie le fruit d'une vie microbienne active — bactéries, champignons et micro-organismes — ainsi que de la présence d'organismes essentiels tels que les vers de terre, qui participent à l'aération des sols, à leur structuration et à la transformation de la matière organique. Or, depuis de nombreuses années, diverses observations et études font état d'une diminution progressive de ces composantes biologiques des sols, impactant potentiellement la fertilité et la résilience des terres agricoles.
Dans ce contexte, Mme la Ministre peut-elle dresser un état des lieux de la qualité des sols agricoles en Région wallonne, en particulier en ce qui concerne la teneur en humus, l'activité microbienne et les populations de vers de terre ?
Dispose-t-on de chiffres récents ou d'études permettant d'évaluer l'évolution de ces indicateurs sur les terres agricoles wallonnes ?
Réponse du 17/02/2026
de DALCQ Anne-Catherine
Si les connaissances disponibles à ce jour sont assez étoffées concernant la teneur en carbone organique dans les sols, elles sont nettement plus limitées pour ce qui est des populations de lombrics et de la caractérisation de la vie microbienne dans les sols. Ces domaines font cependant l’objet de projets de recherche dédiés ou connexes.
Le Plan de relance de la Wallonie comprend ainsi 12 mesures spécifiques concernant les sols (agricoles ou non) de son territoire. Ces travaux doivent converger vers un premier état des lieux consolidé et harmonisé de la santé des sols, attendu d’ici la fin de l’année 2027.
En ce qui concerne les paramètres, la teneur en humus n’est jamais réellement mesurée en tant que telle : elle est plutôt estimée sur la base de la teneur en carbone (C) organique totale (COT) qui est mesurée dans les laboratoires.
Une qualité structurale suffisante du sol est une condition indispensable pour assurer une condition satisfaisante tant sur le plan biologique (micro ou macro, dont la présence suffisante de lombrics) que chimique (disponibilité de nutriments pour les plantes).
Le meilleur indicateur de la stabilité structurale du sol n’est pas le COT seul, mais son rapport avec les particules édaphiques minérales très fines.
En ce qui concerne le COT, cet indice étant bien suivi et depuis longtemps, il fait notamment l’objet des constats et points d’attention suivants : - gradient croissant du NO au SE de la RW (surtout déterminé par l’évolution des surfaces sous cultures et de celles en prairies ou forêts) ; - depuis les années 1950, il est en baisse, surtout en sols de cultures, mais aussi sous prairies, peut-être plus récemment ;
Des mesures du COT ont fait l’objet d’une vaste campagne régionale entre 2015 et 2019. Cette cartographie constitue une base solide pour estimer la matière organique des sols agricoles (dont le COT représente environ 50 %), mais un suivi plus régulier et actualisé est nécessaire pour suivre les évolutions plus récentes.
En ce qui concerne l’activité microbienne des sols, il n’existe pas encore d’état des lieux régional consolidé. Un projet en cours a pour but de combler cela notamment via la mise en place d’un suivi de la qualité biologique des sols, et du développement de l’indice de qualité des sols wallons (IQSW).
Le suivi de la qualité biologique permettra d’obtenir un premier état des lieux de certains indicateurs biologiques (tels que les nématodes, la respiration, le métabarcoding bactéries et champignons, et cetera).
L’IQSW, sur la construction duquel travaille actuellement un consortium, permettra d’évaluer la qualité des sols à travers des paramètres physiques, chimiques et biologiques, avec un volet professionnel et un volet citoyen.
L’objectif est d’obtenir un outil opérationnel, à la fois diagnostique et pédagogique d’ici fin 2026.
S’agissant des lombrics, leur présence constitue un bio-indicateur important de la santé des sols, mais il n’existe pas non plus à ce stade de monitoring régional systématique. Le projet de recherche en cours précité relatif à l’IQSW comporte le développement et le test de méthodes de mesures standardisées de biodiversité du sol, dont les lombriciens.
L’utilisation, ciblée (information complémentaire) ou à plus large échelle (mesure systématique), de ces méthodes dans le cadre du programme de surveillance des sols induit par la directive « sols » (cf. ci-après) dépendra notamment de leur faisabilité pratique pour les campagnes d’analyses qui seront menées, s’agissant de protocoles opératoires plus lourds à mettre en œuvre (comptages, et cetera).
Par ailleurs, la nouvelle directive européenne relative à la surveillance et à la résilience des sols - Directive (UE) 2025/2360 - apporte un cadre structurant : entrée en vigueur le 16 décembre 2025 et en cours de transposition, elle impose la mise en place par les États membres d’un système harmonisé de suivi de la qualité des sols, dans un contexte plus large de santé des sols. Le concept est globalement le suivant :
Un sol en bonne santé est un sol dont les conditions physiques, chimiques et biologiques lui permettent de fonctionner de manière optimale et de fournir divers services écosystémiques. Parmi eux se trouvent les services d’approvisionnement (production d’aliments, de biomasse destinée à la production d’énergie, de fibres, et cetera) et de régulation (stockage de carbone, biodégradation de polluants, régulation des pathogènes, filtration et épuration des eaux d’infiltration, et cetera), qui sont également fondamentaux.
Le réseau de suivi à mettre en place et préparé notamment dans le cadre du projet 115 précité du Plan de relance de la Wallonie est donc fondé sur des indicateurs physiques, chimiques et biologiques. Cette directive renforce ainsi considérablement la dynamique wallonne, en l’alignant sur une méthodologie commune à l’échelle de l'Europe.
Dans ce cadre, les États membres doivent par ailleurs mettre en place un soutien notamment envers les agriculteurs.