La récupération de la chaleur fatale des "data centers"
Session : 2025-2026
Année : 2026
N° : 199 (2025-2026) 1
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Question écrite du 21/01/2026
de TELLIER Céline
à NEVEN Cécile, Ministre de l'Energie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports
Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises la consommation électrique des « data centers » qui poussent comme des champignons.
Ces « data centers » sont un gouffre environnemental puisqu'ils produisent une quantité de chaleur faramineuse et nécessitent une quantité d'eau aussi scandaleuse pour le refroidissement.
Nous avons eu des températures glaciales ces dernières semaines, mais rien comparé à ce que la Scandinavie a l'habitude d'avoir. Vu le différentiel entre la température extérieure et la chaleur générée par les « data centers », un ingénieur finnois a mis en place un système qui permet d'échanger ces masses de chaleur. À Espoo (Finlande) et à Stockholm, ce sont désormais 100 000 logements qui sont chauffés en récupérant la chaleur fatale des « data centers ». L'Allemagne emboîte le pas puisqu'elle envisage d'utiliser 10 % de cette chaleur en 2026 pour le chauffage et 20 % en 2028.
Mme la Ministre a-t-elle eu vent de cette innovation ?
Nos infrastructures pourraient-elles accueillir ce système d'échange de chaleur ?
Quelles pistes pour déployer ce type de solutions à plus large échelle ? Quels contacts entrepris ?
Réponse du 27/01/2026
de NEVEN Cécile
J’ai effectivement pris connaissance de cette initiative finlandaise, qui alimente utilement nos réflexions plus larges sur le développement et l’intégration des data centers. Les exemples d’Espoo ou de Stockholm démontrent de manière très concrète qu’une valorisation intelligente de la chaleur fatale peut permettre de transformer une contrainte énergétique en véritable opportunité pour le chauffage des logements.
Il est en effet important de rappeler que les centres de données, bien qu’essentiels à l’économie numérique européenne, sont particulièrement énergivores.
Leur consommation représente aujourd’hui environ 96 TWh par an, soit près de 3 % de la demande totale d’électricité de l’Union européenne. Cette consommation devrait plus que doubler d’ici 2030, sous l’effet conjugué de la numérisation croissante de l’économie et du développement rapide de l’intelligence artificielle.
Dans ce contexte, la récupération de la chaleur fatale constitue un levier particulièrement pertinent.
Jusqu’à 90 % du potentiel de récupération de chaleur des « data centers » se situe à basse température, généralement entre 30 et 50°C. Toutefois, la valorisation de ce potentiel se heurte encore à plusieurs obstacles techniques, économiques et organisationnels. L’un des enjeux réside dans la différence de temporalité entre la production continue de chaleur par les équipements informatiques et les besoins de chauffage résidentiel, qui sont saisonniers. Les solutions les plus efficaces observées aujourd’hui consistent dès lors à alimenter en chaleur des bâtiments situés à proximité, après préchauffage, ou à injecter cette chaleur dans des réseaux de chauffage urbain existants ou à développer.
Au-delà des projets spécifiques menés dans d’autres États membres, mon administration analyse de manière active les bonnes pratiques européennes en la matière, afin d’en évaluer la transposabilité au contexte wallon, tant du point de vue des infrastructures existantes que des besoins territoriaux.
Sur le plan réglementaire, il convient également de souligner que les « data centers », en tant que gros consommateurs d’énergie, sont déjà soumis à plusieurs obligations issues de la directive européenne 2023/1791 du 13 septembre 2023 relative à l’efficacité énergétique. Ainsi, les propriétaires et exploitants de centres de données dont la demande de puissance est égale ou supérieure à 500 kW sont soumis à une obligation de rapportage portant notamment sur la puissance installée, la consommation énergétique, l’utilisation de la chaleur fatale, la consommation d’eau et le recours aux énergies renouvelables.
Par ailleurs, cette même directive impose que les centres de données dont la puissance totale nominale dépasse 1 MW mettent en œuvre des solutions de valorisation de la chaleur fatale ou d’autres applications de récupération de chaleur, sauf s’il est démontré, au terme d’une évaluation spécifique, que cela n’est ni techniquement ni économiquement faisable. Mon administration travaille actuellement en étroite collaboration avec l’administration de l’environnement afin d’assurer la transposition et la mise en œuvre de ces nouvelles obligations dans la législation wallonne.
Il faut également souligner que la Commission européenne prépare actuellement deux stratégies structurantes - l’ « Electrification Action Plan » et la future « Heating and Cooling Strategy », attendue pour le premier trimestre 2026 - qui devraient renforcer encore l’intégration entre production électrique, usages thermiques et récupération de chaleur à l’échelle européenne.
Enfin, au niveau wallon, trois centres de données sont engagés dans une convention carbone avec la Région. Pour rappel, ces conventions visent à accompagner volontairement les entreprises vers la neutralité carbone à l’horizon 2050, tout en contribuant de manière significative aux objectifs climatiques wallons. Elles reposent notamment sur la réalisation d’audits énergétiques réguliers et la mise en œuvre de plans d’action concrets. Dans ce cadre, des projets de récupération de chaleur et d’autres innovations technologiques sont à l’étude afin de réduire l’empreinte environnementale des data centers, de limiter la pression sur le réseau électrique et de favoriser une meilleure intégration de ces infrastructures dans leur environnement local.
Ces différents leviers - réglementaires, stratégiques et volontaires - constituent autant de pistes pour favoriser, à terme, un déploiement plus large et plus systématique de solutions de valorisation de la chaleur fatale des « data centers » en Wallonie.