à NEVEN Cécile, Ministre de l'Energie, du Plan Air-Climat, du Logement et des Aéroports
De l’hydrogène blanc pourrait se trouver sous nos pieds en Wallonie. Le Gouvernement fédéral vient de débloquer 1,5 million d’euros pour explorer le sous-sol de la Lorraine belge, sur le modèle de ce qui a été découvert en France.
Cette découverte pourrait être une formidable opportunité pour notre région. L’hydrogène blanc, contrairement à l’hydrogène gris produit à partir de gaz fossiles, est une énergie potentiellement décarbonée. Dans un contexte de crise climatique et de hausse des prix de l’énergie, il serait irresponsable de ne pas s’y intéresser. Mais une question fondamentale se pose, et elle est politique : à qui appartiendra cet hydrogène ? Qui l’exploitera ? Et à qui profitera cette richesse ?
Aujourd’hui, nous avons le choix. Soit cet or blanc reste dans les mains publiques, exploitées par des acteurs publics, pour couvrir des besoins énergétiques collectifs, par exemple pour chauffer des bâtiments publics, des écoles, des hôpitaux, ou pour alimenter nos transports en commun. Soit on laisse le privé s’en emparer, avec la bénédiction des pouvoirs publics, et on assistera alors à une nouvelle ruée vers l’or, où quelques multinationales se feront un max de profit sur une ressource naturelle qui est pourtant un bien commun.
La société française de l’énergie est venue voir Mme la Ministre. Elle a indiqué qu’il fallait « lever les obstacles éventuels, notamment au niveau du Code du sous-sol ». Mais lever les obstacles pour qui ? Pour les intérêts privés ou pour l’intérêt général ?
Mme la Ministre compte-t-elle faire en sorte que l’exploitation de l’hydrogène blanc, si sa présence est confirmée, soit placée sous contrôle public, dans une logique de service public et de transition énergétique juste ?
Ou va-t-elle ouvrir grand la porte au privé, au risque de voir une nouvelle fois les richesses de notre sous-sol quitter notre région sans laisser de bénéfices durables pour la population wallonne ?
Réponse du 04/05/2026
de NEVEN Cécile
Les découvertes en Moselle suscitent un fort intérêt pour l’hydrogène naturel, appelé hydrogène « blanc », d’autant plus dans un contexte de tensions géopolitiques majeures avec les répercussions que nous connaissons sur le prix des énergies.
Elles ouvrent indéniablement des perspectives qui méritent une attention sérieuse, mais elles appellent aussi à une prudence scientifique. Bien que la Grande Faille du Midi wallonne présente des similitudes géologiques avec la Moselle, aucune donnée ne permet à ce stade d’affirmer l’existence d’un potentiel exploitable en Wallonie ni d’anticiper les volumes, les conditions d’accès ou la viabilité économique d’une éventuelle ressource.
Le forage français ayant révélé des teneurs pouvant atteindre 40 % d’hydrogène se situe à plus de 3 600 m. Le bassin minier de Lorraine étant sans communications avec les gisements belges, rien n’indique aujourd’hui avec certitude que de telles conditions existent en Wallonie. Notre sous-sol n’a par ailleurs jamais fait l’objet de mesures équivalentes à ces profondeurs,
C’est précisément pour disposer d’éléments objectivés que nous travaillons de manière étroite avec nos partenaires. Mon cabinet entretient des échanges réguliers avec les services fédéraux, tout comme avec la Française de l’Énergie, qui pilote en Moselle le projet REGALOR II et a manifesté un intérêt pour des recherches similaires en Wallonie. C’est dans ce cadre que mon cabinet a rencontré en février 2026 un de ses représentants, et que le sujet de l’hydrogène blanc fera partie des discussions lors de ma visite des installations de la FDE dans les prochaines semaines.
Le Gouvernement fédéral a par ailleurs récemment annoncé un programme scientifique national d’exploration du sous-sol, doté de 3,2 millions d’euros, financés en partie par les recettes ETS. Ce programme viserait à modéliser le sous-sol en 3D à l’échelle du pays et à détecter de potentiels signaux liés à la présence d’hydrogène. La Région wallonne n’en est pas officiellement partenaire, mais des échanges soutenus ont lieu afin de garantir la complémentarité des approches.
Cette initiative fédérale est complémentaire avec le projet WALSCAN que nous pilotons pour la géothermie profonde. La sismique 2D qu’il mobilise ne permet pas de détecter l’hydrogène, mais elle fournit des données structurales essentielles pour comprendre les grandes architectures du sous-sol, notamment les failles profondes qui peuvent, selon les mécanismes étudiés à l’international, jouer un rôle potentiel dans la migration ou l’accumulation de gaz. Les données de WALSCAN pourront donc alimenter utilement la modélisation fédérale. Les deux démarches se renforcent donc mutuellement et permettront à la Wallonie d’aborder, le moment venu, les questions d’exploration avec un socle d’informations plus solide.
S’agissant de la planification énergétique wallonne, je rappelle que la stratégie inter-vectorielle, en cours d’élaboration, constitue le cadre global dans lequel nous devons déterminer le rôle optimal des différents vecteurs, notamment l’hydrogène, dans l’atteinte de la neutralité carbone en 2050. L’hydrogène blanc ne peut y figurer tant que nous ne disposons pas d’éléments scientifiques confirmant son existence, son volume et sa faisabilité d’exploitation. Par contre, la Wallonie poursuit, indépendamment de ce débat, ses efforts de structuration d’une filière hydrogène via la R&D, l’écosystème industriel, les projets pilotes comme VALLHYEGE, le rôle structurant du cluster TWEED ou encore les initiatives d’innovation stratégique tels qu’e-WallhoNY. Cette expertise constitue un actif stratégique, quel que soit le futur de l’hydrogène blanc.
Enfin, il faut être lucide sur les temporalités. L’exploitation éventuelle de l’hydrogène blanc, si elle devait s’avérer pertinente, suppose de nombreuses étapes successives. Il est dès lors probable que ce type de démarche s’étale sur plusieurs années avant d’aboutir à des certitudes. L’idée d’une exploitation à court terme serait donc trompeuse.
Si hydrogène il y a, il faudra en vérifier la viabilité technique, environnementale, économique et financière. La Wallonie suit ces développements de très près, afin de pouvoir saisir toute opportunité pouvant renforcer notre sécurité énergétique et notre autonomie stratégique.